NUAGES FLOTTANTS

浮雲 – Japon – 1955
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Mikio Naruse
Acteurs : Hideko Takamine, Masayuki Mori, Mariko Okada, Isao Yamagata, Chieko Nakakita…
Musique : Ichiro Saito
Durée : 123 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 17 février 2026
LE PITCH
Lors d’un voyage au Vietnam, Yukiko rencontre Kengo. Ils vivent une folle histoire d’amour et Kengo promet de divorcer de sa femme à leur retour au Japon. Hélas, le jeune homme ne tient pas sa promesse…
Ciel ombrageux
Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu le cinéma de Mikio Naruse, découvrir Nuages flottants c’est comme franchir la porte d’entrée idéale pour plonger dans sa filmographie. Œuvre matricielle du cinéaste, il est sans doute son film le plus symbolique.
En dehors de sa compétition officielle, le Festival de Cannes aime mettre en avant les films emblématiques du 7e art. Un moyen honorifique pour les classiques d’antan d’intégrer la Croisette via le prestigieux programme de Cannes Classics. Le privilège est d’autant plus appréciable que le film bénéficie d’une nouvelle restauration élaborée par la Toho elle-même.
Il y a des cinéastes qui ne passent pas à la postérité au même rythme que leurs contemporains. Coincé entre les noms de Yasujiro Ozu, Kenji Mizoguchi ou Akira Kurosawa (dont il fut l’assistant sur le film Avalanche, réalisé en 1937), Mikio Naruse dut faire preuve de patience pour être reconnu en Occident. Pourtant, comme ses illustres collègues précédemment cités, Naruse fait partie de ce que l’on appelle la première génération de cinéastes japonais, celle qui émerge durant l’ère industrielle du pays. Si Nuages flottants est la quintessence de son cinéma, c’est que le metteur en scène a déjà une longue carrière derrière lui. Il débute à l’ère du cinéma muet et sait évoluer en même temps que son art, passant du noir et blanc à la couleur et du muet à l’arrivée du parlant. Contrairement aux plus grands de son époque, il est difficile de repérer d’emblée la patte du cinéaste. La simplicité de sa mise en scène est entièrement au service de l’histoire : ici, pas d’artifice, pas d’effet de caméra, pas d’angles de vue ou de plans-séquences élaborés. La caméra se veut observatrice du monde qui l’entoure.
Savoir s’entourer
Dès le départ, Nuages flottants plonge ses protagonistes dans une relation extra-conjugale alors qu’ils sont expatriés en Indochine durant la guerre. Sujet difficile pour l’èpoque. Le retour au pays les confronte à la dure réalité de leur vie. Le Japon n’est plus celui qu’ils connaissaient ; il est difficile d’y trouver sa place dans un Tokyo dévasté par la crise d’après-guerre. Cette métaphore à peine cachée de la vie des Japonais met en lumière la misère, celle qui creuse les distances entre les gens et les isole. Le cinéaste cherche et trouve le juste équilibre entre le mélodrame qu’il affectionne et les sentiments qu’il transmet dans sa direction d’acteurs. Vedette incontestable du pays du Soleil-Levant, Masayuki Mori, que l’on connaît davantage pour ses rôles chez Kurosawa (Rashomon), évite tous les débordements liés au drame pour se centrer sur la sobriété de son rôle. Il est en revanche plus étonnant de retrouver Hideko Takamine dans le rôle principal. L’actrice, réputée pour son humour et son espièglerie est surtout reconnue pour ses chansons. Elle se retrouve ici propulsée dans une tragédie à l’antithèse de son domaine de prédilection. Un exercice qu’elle relève haut la main. Interviewée au fil de sa carrière, elle n’aura de cesse de citer ce film comme étant son préféré parmi tous ceux qu’elle a tournés. Mais le film doit beaucoup à Fumiko Hayashi. Elle est la romancière préférée du cinéaste, qu’il a régulièrement adaptée tout au long de sa carrière. Nuages flottants est la cinquième des six adaptations qu’il lui consacre. Son influence se ressent dans son cinéma. Mikio Naruse peut être considéré comme un cinéaste féministe avant l’heure. Non seulement il s’approprie les récits d’une autrice, mais il met également un point d’honneur à rendre hommage aux femmes dans son équipe en leur confiant des postes clés.
Considéré comme un chef-d’œuvre, Nuages flottants, avec Les Sept Samouraïs de Kurosawa et Voyage à Tokyo de Ozu, fait partie des trois films élus parmi les plus importants du cinéma japonais selon les critiques du pays. Une autre bonne raison de le visionner.
Image
Restaurée en 4K par la Toho, on ne peut que reconnaître le travail méticuleux apporté à Nuages flottants. L’image se pare de magnifiques contrastes de noir et de blanc, dans un équilibrage parfait et harmonieux. La définition fait revivre le film et nous replonge plus intensément dans le drame vécu par ses personnages.
Son
Le mono d’origine se débarrasse de toute trace de l’âge. Très bavard, le film propose une symbiose réussie entre musique et dialogues, offrant un bon équilibre à la bande sonore. Seule la séquence finale à bord du bateau montre des signes de fluctuation, sans doute dû à la copie d’origine.
Interactivité
Le cinéaste Koji Fukada (Harmonium) exprime, lors de la présentation du film à Cannes Classics, toute l’influence de Nuages flottants sur sa perception du cinéma.
Le prolifique Pascal-Alex Vincent revient, quant à lui sur le travail de Mikio Naruse ; comme à son habitude, sa connaissance du cinéma japonais nous éclaire sur la carrière du cinéaste. Le dernier module revient sur le roman qui a donné naissance à Nuages flottants, et plus particulièrement sur son autrice Fumiko Hayashi, qui a notamment vécu dans la pauvreté à Paris.
Liste des bonus
Présentation du film à Cannes Classics (8’), « Paradis perdu » : Entretien inédit avec Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant à l’Université Sorbonne Nouvelle (28’), « Fumiko Hayashi, chronique d’un vagabondage » : Entretien avec Corinne Atlan (26’), Bande-annonce (2’).





