LA FEMME QUI CRIE

殺夫 – Taiwan – 1984
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Tseng Chuang-Hsiang
Acteurs : Patricia Ha, Bai Ying, Chen Shu-Fang, Ann Lee…
Musique : Luo Yonghui
Image : 1.85 16/9
Son : Mandarin DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 102 minutes
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 2 juin 2026
LE PITCH
Alors qu’elle n’est qu’une enfant, Ah-shih assiste au suicide de sa mère, accusée de vendre son corps pour un peu de nourriture. Devenue orpheline, la petite fille est recueillie par son oncle et sa tante. Mais à vingt ans, Ah-shih est contrainte de quitter les siens pour épouser le boucher Chiang Shui, un homme violent et fruste qui abuse de sa jeune femme. La relative aisance financière du couple fait jaser les habitants du village et Ah-shih devient l’objet de ragots abjects…
La promise
Le titre original mandarin, Sha Fu, veut simplement dire « Tuer son mari ». Un conseil ou un ordre, surtout une ultime solution dans une société taïwanaise patriarcale et moralisatrice où les femmes sont réduite à quelques livres de chair qu’on s’échange contre de la viande.
La Femme qui crie fait partie d’une nouvelle vague du cinéma taïwanais qui au début des années 80 s’attaquait enfin à tous les tabous verrouillés par un gouvernement autoritaire, et se confrontait directement à l’état sociétal du pays. Le réalisateur Tseng Chuang-Hsiang, qui a priori se tournera essentiellement par la suite vers le documentaire et une carrière nettement plus discrète, faisait d’ailleurs partie aux cotés de Hou Hsiao-hsein des signataires du film à sketchs L’Homme sandwich, véritable manifeste du mouvement. Lui aussi cultive une caméra qui se veut crue et directe, en quête constante d’une réalité jusque-là difficilement montrable et surtout de l’illustration sans fard d’un contexte culturel brutal, celui de l’existence des femmes dans la société confusionniste. Il n’est cependant pas l’instigateur de ce projet d’adaptation du roman, à priori nettement plus cru et violent, signé Ang Li, puisque l’idée vient directement de la célèbre actrice de King Hu, Feng Hsu (A Touch of Zen), qui entamait là sa carrière de productrice qui donnera quelques années plus tard des œuvres incontournables comme Adieu ma concubine ou Temptress Moon.
Dévotions
C’est certainement son regard féminin et son soutien sur la création du film qui permet de franchir de nombreux tabous alors encore en vigueur dans le cinéma local et d’embrasser avec autant de rigueur le regard de Ah-shih. Une jeune femme conditionnée par le suicide de sa mère alors qu’elle était enfant, découverte après s’être vendu à des soldats en échange de nourriture, et qui semble avoir subit sa condition toute sa vie. Vendue comme épouse à un boucher de métier, elle semble constamment plongée dans une apathie, une sidération, qui l’empêche de se créer sa propre identité et réclamer véritablement l’autorité sur son corps et sa vie. Le film explore les liens d’oppression qui se tissent entre la femme et son époux qui passe aléatoirement ses nerfs et ses frustrations sur elle et la viole selon ses besoins, mais aussi les jugements inlassables des autres femmes sur leurs congénères ou l’omniprésence de domination de classes qui détruit les uns et les autres comme dans un triste jeu de domino. Tseng Chuang-Hsiang multiplie les parallèles entre les animaux et Ah-shih, battus, martyrisés ou découpés pour leur viande, rappelant constamment l’inhumanité d’un système profondément phallocrate. Si le titre français peut être questionné pour son éloignement avec l’original, il porte cependant avec beaucoup de justesse l’une des terribles ironies du film : les hurlements de la jeune femme, n’abordant la sexualité que par le biais de la souffrance, étant constamment pris par les voisins comme une démonstration indécente du plaisir, voyant en elle une épouse insatiable et motivée par la chair. La transformation du récit en fait divers sanglant n’en est que plus logique.
Quelque part entre le drame réaliste et le rape & revenge d’auteur, La Femme qui crie est une œuvre étonnante qui traite la question du drame conjugale non pas comme une question du couple, réduite, mais bien comme le symptôme d’une société défaillante et, disons-le, arriérée, étouffée par des valeurs d’un autre âge. Un constat qui n’a pas totalement perdu de sa pertinence et de sa justesse de nos jours.
Image
Film longtemps invisible, en tout cas particulièrement rare, La Femme qui crie a été luxueusement restauré à partir de divers négatifs afin de reconstituer le montage le plus complet possible, non censuré. La petite featurette disposée sur le disque montre bien le travail colossal effectué pour retirer toutes les traces des années (taches, griffures…), gommer les instabilités et les variations de cadres tout en redonnant l’intensité nécessaire aux teintes originelles et aux zones noirs des cadres. Le résultat est éclatant assurant une colorimétrie chaude, un grain naturel, des argentiques élégants et une netteté des plus fermes.
Son
Comme pour l’image, la piste sonore mono a été entièrement restaurée et équilibrée. Le rendu est très agréable, stable et clair sans perditions notables.
Interactivité
Pour accompagner le film, outre le segment sur la restauration, Carlotta a invité Wafa Ghermani, grande spécialiste du cinéma taiwanais, à présenter le film, ses thèmes et ses liens avec la nouvelle vague locale. Un travail plutôt nécessaire tant ce cinéma là n’est pas forcément des plus connus par chez nous. Elle revient sur le roman original et les différences avec son adaptation, ainsi que sur la carrière de la productrice, du réalisateur et du scénariste, et certaines spécificités liées à la culture taïwanaise proprement dite. Intéressant.
Liste des bonus
Le Cri et le silence : Un entretien inédit avec Wafa Ghermani, spécialiste du cinéma taïwanais (26’), La restauration, Bande-Annonce.







