LA COLLINE A DES YEUX 1&2

The Hills Have Eyes, The Hills Have Eyes Part II – Etats-Unis – 1977, 1984
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur, Survival
Réalisateur : Wes Craven
Acteurs : Susan Lanier, Robert Houston, Janus Blythe, Dee Wallace, Michael Berryman, Tamara Stafford, Kevin Spirtas, Penny Johnson Jerald…
Musique : Don Peake, Harry Manfredini
Image : 2.35 et 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 7.1, 2.0 et 1.0, Français DTS HD Master Audio 1.0 (La Colline a des yeux), Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono (La Colline a des yeux 2)
Sous-titres : Français
Durée : 90 et 82 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 2 juin 2026
LE PITCH
La Colline a des yeux : La famille Carter traverse les États-Unis en caravane pour se rendre à Los Angeles. Ils sont bientôt victimes d’un accident et doivent se séparer pour aller chercher du secours. Mais ce qu’ils ignorent, c’est qu’une étrange famille de cannibales est en train de les espionner…
La Colline a des yeux 2 : Huit années se sont écoulées depuis les tragiques événements. Bobby, l’un des survivants, fait désormais partie d’une bande de motards. Suite à l’annonce d’une course de motocross dans le désert, toute la troupe décide d’y participer. Mais Bobby a un mauvais pressentiment…
Partie de campagne
Malgré un remake particulièrement réussi signé Alexandre Aja, La Colline a des yeux n’a pas été oublié. Ressortie évènement pour un incontournable du cinéma d’horreur moderne, avec une copie 4K digne de son 50ème anniversaire et un coffret collector le réunissant à nouveau avec sa suite (bien plus honteuse). Mais que l’on se rassure, malgré la restauration, le film est toujours aussi crade.
En 1977, Wes Craven est encore bien loin d’être l’une des icones du genre, et le fier papa de Freddy Krueger ou de la licence Scream… En l’occurrence il ferait presque partie des réalisateurs blacklistés, hanté d’une certaine façon par l’aura sulfureuse qui entoure La Dernière maison sur la gauche, aujourd’hui un classique, à l’époque un film d’exploitation que beaucoup confondent avec le snuff movie. Une situation peu évidente, surtout pour un réalisateur qui craint fortement de se faire enfermer dans l’horreur (et la suite lui montrera qu’il avait raison), mais qui finira par abdiquer après avoir signé le porno The Fireworks Woman. On est donc loin du retour en grande pompe, même si le jeune artisan profite pour ce second (vrai ?) long métrage d’un budget double par rapport à son premier essai et d’une équipe technique bien plus pro, sortie de l’écurie Corman. Mais les deux films sont clairement des frères de sang, cultivant une même confrontation sadique et lucide à la civilisation américaine. Grand affrontement barbare entre deux familles du nouveau continent, La Colline à des yeux se bâtit sur une frontière extrêmement ténue entre la folie dégénérée et consanguine de la tribu cachée dans le désert, et l’illustration presque caricaturale de la bonne éducation républicaine de l’empire triomphant.
Œil pour œil
Les rejetons de Jupiter (tous avec des noms de titans) sont effectivement des abrutis hirsutes, déformés (Michael Berryman, l’icône sans maquillage), véritables hommes des cavernes revenus à un cannibalisme de survivants, mais les Carter n’en sont jamais bien loin, enfermés dans un même patriarcat, riant à une anecdote peu ragoutante, et retombant rapidement dans une violence en miroir. Une absence de regard moral, de parti pris émotionnel, qui donne naissance à un film profondément malsain, à la lisière de l’étude ethnologique, du documentaire animalier en milieu hostile. La question n’est finalement pas de savoir qui va survivre, mais qui des deux familles le mérite le plus, laquelle est la plus soudée. Et si bien entendu au final les figures de la beauferie middle class américaine en sortent vivant (pour certains), ils n’en sortent pas grandis, loin de là.
Wes Craven, par contre, finit de s’imposer clairement comme l’un des petits maitres de l’époque, plongeant le spectateur dans un survival primitif sous tension, souvent assourdissant (bruits stridents, plans rapides), dont la réalisation sèche et le grain de pellicule ne font que creuser le malaise. Des sensations massives et viscérales, en particulier dans une incroyable séquence d’intrusion dans la sacro-sainte caravane : lieu exigüe, caméra frénétique et enfermée, hystérie totale des victimes et démence absolue des assaillants. Une prouesse centrale qui atteint là le niveau de son modèle avoué, Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, avec lequel La Colline a des yeux souffre forcément un peu la comparaison.
Appelez un ophtalmo !
Malgré le succès plutôt solide en salles, La Colline a des yeux va devoir attendre quelques années avant d’avoir sa suite. Une sequelle clairement subie par un Wes Craven, ressorti de l’échec cuisant de son adaptation de La Créature du marais, qui l’a mis dans une situation des plus inconfortables, financièrement et artistiquement. Attendant encore fébrilement, sans doute sans trop y croire, les retours fructueux d’un certain Les Griffes de la nuit qui se tournera dans la foulée, il accepte alors de réponde aux sirènes de la franchise et torche (y pas d’autres mots) un scénario renvoyant deux des survivants crapahuter dans le désert, où ils retrouveront une vieille connaissance et ses nouveaux amis… Écrit à la va-vite, tourné sans conviction et avec un budget faiblard… Est-ce du moins une excuse valable pour livrer cette histoire totalement ridicule où les cannibales font des poursuites de moto avec les ados, où une jeune aveugle à des prémonitions et où même le chien à le droit à son flash-back ? Un excès de facilités qui se retrouve concrètement dans la direction même du film qui s’extirpe du survival pour rejoindre le slasher de bas étages. Un genre bien plus en vogue dans les années 80 et que manifestement Craven ne maitrise pas encore vraiment, se contentant d’ailleurs d’une mise en scène pantouflarde, à peine relevée par un ou deux plans de-ci de-là. La figure de la famille américaine disparaît donc au profit de jeunes gens passablement crétins et portées sur la chose (du coup on a le droit à deux scènes nudies totalement inutiles) et la violence crue et bestiale est remplacée par des morts hors champs bien ternes. La colline a peut-être toujours des yeux, mais elle a plus de balloches. Craven de son côté a très rapidement désavoué ce second épisode assez calamiteux. Comme on le comprend.
Image
Il n’y avait absolument aucune chance que La Colline a des yeux ne puisse ressembler en HD a son très léché remake de 2006, et ce même s’il est manifeste que l’éditeur a mis la main ici sur un travail de restauration exceptionnel effectué à partir d’un scan 4K des meilleurs éléments disponibles. C’est que les origines même du métrage sont complexes à transférer sur les nouveaux standards. La copie intégralement restaurée donc, nettoyées de 95% de ses traces, griffures ou taches, est cependant ici issue d’une source 16mm (format de tournage, mais les négatifs ont disparu) transposée en 35mm (format de projection) expliquant forcément une matière extrêmement présente. Un gros grain de pellicule, presque zoomé donc, qui égratigne les performances du piqué et surtout la tenue générale dès que la lumière baisse en Bluray. Sur support UHD le rendu est nettement plus costaud et si le film garde son esthétique brute et crados, il impose une définition souvent étonnante et surtout une maitrise des noirs et des teintes chaudes et intenses, particulièrement appréciable.
Le second opus est lui proposé uniquement sur support Bluray avec un nouveau master produit par Arrow Vidéo effectué à partir d’un scan 2K des négatifs 35mm. Le rendu est forcément nettement plus propre et stable que son prédécesseur et si certaines petites scènes montre quelques petites failles (dont la scène de douche, peut-être coupée pour certaines exploitations), l’ensemble respire l’énergie colorée et vive des 80’s. Le grain d’origine est bien présent, et le piqué est plus que convaincant.
Son
La version originale de La Colline a des yeux est proposée en pas moins de trois mixages différents disposés en DTS HD Master Audio à chaque fois. Le mono d’origine a le rendu le plus direct et ferme, le 2.0 y ajoute une légère dynamique avant plus efficace mais le 7.1 est peut-être un peu trop modernisant et détonnant pour véritablement convaincre. Le mono français lui reste de qualité assez honorable avec un son clair et sans défaillance notable.
Le second film propose des prestations anglaise et française plus classiques avec quelques échos des années mais un rendu général plutôt solide et confortable.
Interactivité
La collection Prestige de Carlotta films ne cesse de s’étendre et elle se dote ici certainement de sa proposition la plus généreuse et complète. On retrouve donc en ouvrant l’objet les habituels goodies de cinéphiles (affiches, photos d’exploitations…), mais toujours soucieux d’offrir les meilleures éditions possible, l’éditeur n’a pas hésité à reprendre l’essentiel des suppléments déjà offert par ESC Films il y a dix ans dans son coffret Bluray / DVD.
A commencer par une réédition du livre complet du journaliste Marc Toullec sur la carrière de Wes Craven. Une exploration creusée de sa biographie et de sa filmographie, un peu court parfois sur les analyses (tout ne se résume pas forcément à sa vision familiale), mais riche en informations, anecdotes et idéal pour ceux qui ne connaissent que ses quelques succès principaux. Le contenu ne s’arrête bien entendu pas là, puisque les disques UHD et Bluray du premier film sont marqués par la présence de pas moins de trois commentaires audios très complets (et sous-titrés) avec forcément une nette préférence pour celui enregistré par Wes Craven et son producteur, largement plus technique, mais aussi souvent assez drôle en particulier dans le récit « aventureux » de deux citadins dans le désert… Du coté des vidéos on retrouve donc l’interview très intéressante du compositeur (qui révèle que Craven était horrifié par sa proposition), une autre pleine d’anecdote de l’acteur Martin Speer, et une présentation enthousiaste du métrage par le journaliste Stéphane de Mesnildot des Cahiers du cinéma. Du coté des archives, il y a à nouveau une grosse sélection de scènes coupées / prises ratés et la fin alternative qui repose surtout sur des détails du montage.
Vraiment dommage de ne pas retrouver une nouvelle fois le gros documentaire des copains d’Arrow Vidéo. D’autant plus étonnant que pour le troisième disque du coffret, consacré à La Colline a des yeux 2, il y a bien le segment Du Sang, du sable et du feu consacré à la production du métrage. Les interviews du producteur, de l’assistant réalisateur et de certains des interprètes reviennent sur cette suite mise en boite pour de mauvaises raisons, dans des conditions parfois difficiles et avec un jeune casting encore en apprentissage, mais ne fera pas de grande révélation sur les coulisses ou les raisons, finalement assez collégiales et basiques, de l’échec final.
Liste des bonus
Le livre Wes Craven, Le Droit à l’horreur (100 pages), Jeu de 6 Lobby Cards, 2 Affichettes, Flyer Promotionnel Japonais, Planche de 8 autocollants, Affiche, Commentaires audio de Wes Craven et Peter Locke, Commentaire audio de Michael Berryman, Janus Blythe, Susan Lanier et Martin Speer, Commentaire audio de Mikel J. Koven, Une Histoire de famille (16’), Sessions dans le désert (11’), Entretien avec Stéphane du Mesnildot (17’), Du Sang, du sable et du feu : Le Making of de « La Colline a des yeux 2 » (31’), Fil Alternative (13’), Bêtisier et coulisses du tournage (19’), Bandes-annonces.








