L’ELUE

Keeper – Etats-Unis, Canada – 2025
Support : Bluray
Genre : Épouvante, Horreur
Réalisateur : Osgood Perkins
Acteurs : Tatiana Maslany, Rossif Sutherland, Birkett Turton, Eden Weiss, Tess Degenstein…
Musique : Edo Van Breemen
Image : 1.85 16/9
Son : DTS-HD Master Audio 5.1 Anglais et Français
Sous-titres : Français
Durée : 99 minutes
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 24 avril 2026
LE PITCH
Liz et Malcolm s’installent pour un week-end dans une maison isolée afin de se retrouver loin de tout. L’arrivée imprévue de proches du couple vient rapidement perturber cette parenthèse de calme. Des phénomènes étranges commencent alors à troubler le quotidien de Liz, qui sent une présence invisible rôder autour de la maison. Peu à peu, l’isolement transforme ce séjour en expérience de plus en plus inquiétante.
Ce qui affleure dans le noir
Après le succès critique et commercial de Longlegs, Osgood Perkins poursuit son exploration d’un cinéma d’horreur atmosphérique où l’étrange s’infiltre lentement dans le quotidien. Avec L’Élue, le réalisateur américain reste fidèle à ses obsessions esthétiques et thématiques. Un film qui confirme autant ses qualités de metteur en scène que certaines des limites de son approche.
Dès ses premiers plans, L’Élue affiche les ambitions plastiques de son auteur. Perkins compose chaque image avec une précision remarquable, accordant un soin particulier aux décors, à la lumière et à l’occupation de l’espace. Cette maîtrise visuelle impressionne régulièrement, même si elle peut parfois verser dans une certaine préciosité, entre esthétique Instagram haut de gamme et catalogue destiné aux amateurs de design contemporain. Fidèle à son style, le cinéaste privilégie une mise en scène retenue, faite de plans fixes et de mouvements de caméra lents et parfaitement contrôlés. Plus qu’à raconter une histoire, son regard semble chercher à installer un état, à laisser les lieux, les silences et les regards imprégner progressivement le spectateur. Une approche cohérente avec son goût pour les récits de hantise et les atmosphères vénéneuses.
Le problème est que ses personnages principaux, interprétés par Tatiana Maslany (déjà présente dans The Monkey de Perkins) et Rossif Sutherland, finissent par adopter les mêmes caractéristiques que sa mise en scène. Ils apparaissent comme des présences davantage que comme des individus pleinement incarnés. Leurs relations reposent sur une accumulation de non-dits dont le film dévoile progressivement les ressorts, et Perkins déroule ainsi sa métaphore de la masculinité toxique. Le film cultive une approche volontairement subtile, pudique et distanciée, mais à force de privilégier l’ambiance à l’incarnation, Perkins peine à faire exister émotionnellement ses protagonistes. Le spectateur observe ces silhouettes évoluer dans un écrin visuel remarquable sans toujours parvenir à établir un véritable lien psychologique. Une frustration persistante, qui donne parfois le sentiment que le cinéaste accorde davantage d’importance à l’atmosphère qu’à ceux qui la traversent.
Quand le cauchemar prend forme
Là où L’Élue trouve sa véritable singularité, c’est dans son rapport au fantastique. À la différence d’un film comme Wolf Man de Leigh Whannell, auquel il peut être rapproché par son ambiance feutrée et une envie de lorgner du côté de l’« elevated horror », Perkins n’hésite jamais à franchir le seuil du surnaturel. Bien au contraire. Le film gagne considérablement en intensité lorsqu’il abandonne les sous-entendus pour embrasser pleinement ses dimensions les plus étranges. Surgissent alors des visions cauchemardesques d’une grande puissance évocatrice, nourries par une mythologie originale et intrigante. Les influences du réalisateur apparaissent clairement : le cinéma d’horreur japonais, le folk horror britannique ou encore l’univers de Twin Peaks, avec son rapport mystique à la nature et son acceptation progressive du bizarre comme une composante normale du réel.
Le problème est que ces éléments, de loin les plus stimulants du film, n’occupent qu’une portion réduite de son dernier acte. On aurait aimé voir cette mythologie explorée plus largement, ses ramifications développées avec davantage d’ampleur. C’est peut-être là que réside la principale limite de Perkins : sa difficulté à approfondir les idées les plus fécondes de son imaginaire. Dès lors, le spectateur a parfois le sentiment d’assister à une montée en tension dont les promesses ne sont que partiellement tenues. L’attente est soigneusement construite, mais la récompense paraît en décalage avec l’investissement demandé. Ces limites transparaissaient déjà en filigrane dans Longlegs. Reste à savoir si Osgood Perkins acceptera un jour de s’attarder davantage sur les territoires qu’il ouvre lui-même. Son retour annoncé à l’univers de son succès de 2024 constituera à cet égard un test révélateur.
L’Élue demeure une proposition singulière et souvent captivante, portée par une identité visuelle forte et quelques fulgurances fantastiques marquantes. Mais le film laisse surtout persister un sentiment de manque, comme si son univers appelait un développement qu’il se refuse à lui accorder. Perkins confirme ici autant ses qualités que les fragilités d’un cinéma dont la puissance d’évocation dépasse parfois la générosité narrative.
Image
Metropolitan nous propose un Blu-ray 1080p qui restitue une image à la palette volontairement sourde, dominée par les bruns de la cabane, les tons miel et les verts automnaux, installant d’emblée une atmosphère feutrée et organique. Le rendu accompagne la photographie du film sans chercher l’effet démonstratif, en privilégiant une texture douce et cohérente. Les compositions de Perkins gagnent en lisibilité, notamment dans les plans fixes où la matière des décors apparaît avec précision, tout comme la peau des acteurs, rendue dans son naturel. L’ensemble donne de la profondeur aux espaces intérieurs comme extérieurs, renforçant l’impression d’un lieu isolé qui semble presque respirer au rythme du récit. Une restitution exemplaire !
Son
Côté son, cette édition offre deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1 en version originale et en version française. La VO se distingue par la précision de ses dialogues, toujours parfaitement intelligibles, même dans les échanges les plus tendus. Le mixage maintient un équilibre solide entre voix, musique et ambiances, laissant respirer chaque élément sans jamais saturer l’espace sonore. La partition et les textures musicales s’intègrent avec fluidité aux canaux surround, renforçant une immersion discrète mais efficace, tandis que les effets sonores — bruits de la cabane, craquements, signaux plus énigmatiques — participent pleinement à l’installation du malaise.
La version française propose un rendu plus frontal mais propre, avec un doublage soigné qui conserve la lisibilité des échanges et respecte l’intensité des interprètes. Moins subtile dans sa spatialisation, elle reste néanmoins confortable et bien équilibrée, permettant de suivre le film sans perte d’impact dans son travail d’ambiance.
Interactivité
Les suppléments reposent principalement sur un commentaire audio du réalisateur Osgood Perkins, qui apporte un éclairage précieux sur la genèse du film. Il revient sur ses intentions de mise en scène, ses choix thématiques, certains détails de production, ainsi que sur le dernier acte du film. Dommage toutefois que ce commentaire ne soit pas sous-titré, ce qui en limite nettement l’accessibilité, alors même qu’il regorge d’informations passionnantes. Le reste des bonus de la galette se limite à un ensemble de bandes-annonces de L’Élue, à éviter absolument avant la découverte du film sous peine de se voir dévoiler plusieurs de ses moments les plus marquants.
Faute d’une édition riche en interactivité — ce qui n’est d’ailleurs pas plus le cas outre-Atlantique — Metropolitan compense intelligemment par l’ajout des Blu-ray de Longlegs et The Monkey, les deux précédents films de Perkins. Une initiative bienvenue qui permet de proposer un ensemble cohérent autour de la filmographie récente du cinéaste, pour un tarif global plutôt avantageux.
Liste des bonus
Commentaire audio (VO), bandes annonces (3’), le Blu-ray du film Longlegs (101’), le Blu-ray du film The Monkey (98’).






