L’ASTRAGALE

France, Allemagne – 1968
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Guy Casaril
Acteurs : Horst Buchholz, Marlène Jobert, Magali Noël, Claude Génia, Georges Géret, Jean-Pierre Moulin…
Musique : Joss Baselli
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendant
Durée : 102 minutes
Editeur : Coin de Mire Cinéma
Date de sortie : 1 juillet 2025
LE PITCH
Anne, 19 ans, s’évade de prison pour rejoindre son amie libérée avant elle. En sautant le mur, elle se blesse grièvement au pied : une fracture de l’astragale. Le hasard veut que ce soit un ancien détenu, Julien, qui la recueille au bord de la route. Julien, un voleur, la cache dans divers lieux et vient la voir de temps en temps. Anne ne peut s’enfuir, immobilisée par la fracture de son pied et les multiples opérations. Avec le temps, un amour naît entre Anne et Julien, mais Julien se fait arrêter…
Fêlures amoureuses
En 2015 sortait sur les écrans français L’astragale de Brigitte Sy avec Leïla Bekhti et Reda Kateb. Une adaptation du roman éponyme d’Albertine Sarrazin qui rappela alors à certains l’existence d’une première version datant de 1968 mais quasiment invisible depuis lors. En 2025 Coin de mire permet enfin, et d’en d’excellentes conditions, de redécouvrir un essai illuminé par la présence de Marlène Jobert.
L’Astragale est donc le second roman, autobiographique, d’Albertine Sarrazin, publié en 1965 et qui fut un authentique bestseller de l’époque. Il faut dire que la personnalité de l’écrivaine fascine. Figure franche, sulfureuse et romanesque, elle fut abandonnée à l’assistance publique à sa naissance en Algérie, adoptée par un médecin-colonel français, mais subira à l’age de 10 ans un viol de la part de son oncle. Son arrivée suivante sur le territoire français ne se fera pas sans heurts, intelligente voir brillante, mais terriblement insubordonnée, elle finira par se faire renvoyer des établissements scolaires avant que sa famille ne l’envoie en maison de correction. Une jeunesse compliquée qui ouvre la voie à celle d’une jeune adulte qui n’hésitera jamais face à la délinquance et la prostitution entre deux passages pas la case prison. De tout cela, il n’en est pas question directement dans L’Astragale, mais ce destin tragique habite littéralement l’alter ego, Anne, tout juste sortie de l’adolescente qui fait une chute de 10 mètres alors qu’elle s’évadait de son incarcération pour rejointe son amante. Elle se fracture l’os de l’astragale (bénin mais handicapant), se traine comme elle peut, et finit par être recueillie par le beau Julien, petit truand lui aussi. Le début d’une histoire d’amour enflammée et pulsionnelle qui fait directement écho à celle de la romancière et son futur époux. Signant ici sa première réalisation, le très discret Guy Casaril (Le Rempart des Béguines, Piaf…) en propose une illustration qui exacerbe volontairement les accents romantiques les plus tragiques et idéaux, célébrant par son montage et sa réalisation caressante et suave, toute la sensualité de sa cette relation.
La prisonnière
Nous sommes bien en 1968 et la libération des corps est en marche. Interdit à l’époque au moins de 18 ans, le film peut paraitre bien sage aujourd’hui, mais il est vrai que le traitement de la sexualité et de la nudité, franche et licencieuse, pouvait surprendre. C’est qu’au-delà de se donner à son amant éperdu, Anne n’a aucune restriction à se livrer à nouveau à la prostitution ou à se faire entretenir par un gentil client afin de récolter quelques économies pour enfin s’offrir la vie rêvée. Tout en candeur et en fragilité avec sa frimousse irrésistible, Marlène Jobert dans son premier rôle dramatique (on l’avait vu dans Alexandre le Bienheureux et Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages) marque fortement la pellicule par son sa beauté gracile mais aussi par son insolence naturelle et donne corps à un personnage certes parfois pathétique, mais surtout fougueux et épris de liberté. C’est justement cette dernière qui échappe constamment au joli couple qu’elle forme avec l’acteur allemand Horst Buchholz (Les 7 Mercenaires, Fanny…), tous deux passant leur temps à voler leurs nuits communes, à survivre dans un quotidien où ils n’ont pas de place, constamment traqués de toute façon par les forces de l’ordre. Le film oscille alors entre le roman passionnel et la tragédie réaliste, voir misérabiliste, quêtant une certaine forme de beauté et de pureté dans la perdition des protagonistes et la pauvreté de leurs proches et de leurs décors.
Accompagné par le très beau thème musical signé Joss Baselli (surtout connu pour sa carrière d’accompagnateur musical, de jazzman et de roi de l’accordéon), L’Astragale est un joli petit film qui se visionne comme une échappée éphémère, un mélodrame arraché au simple drame, et qui touche à plus d’une occasion. Voilà une œuvre qui méritait effectivement d’être redécouverte.
Image
On n’est jamais déçu avec Coin de Mire. L’éditeur nous offre à nouveau une restauration de très grande qualité à partir d’un nouveau scan 4K des négatifs originaux. Un travail effectué en association avec Les Films de la pléiade et Des Films du jeudi qui assure une restitution extrêmement propre, impeccablement stabilisée et à la définition impressionnante. Bien entendu tout cela ne se fait jamais au détriment des qualités de la pellicule, et retrouve ainsi un grain organique et vibrant et des reflets argentiques omniprésents et gracieux. La définition est impeccable, soulignant la finesse des détails de l’image, les douces variations de teintes et une profondeur inédite.
Son
La piste sonore mono disposée ici en DTS HD Master Audio 2.0 ne démérite certainement pas, délivrant une clarté maitrisée et équilibrée. Les voix sont toujours bien posées, les effets restent discrets mais la bande originale s’y impose avec une certaine gravité.
Interactivité
L’astragale rejoint donc la collection La Séance de Coin de mire proposant de visionner le film accompagné en avant-programme d’une séance de cinéma comme autrefois. On y trouve donc un reportage d’actualité entièrement consacré aux 80 ans de l’illustre Maurice Chevalier, s’offrant au passage un petit retour sur scène. Le monsieur revient sur l’ensemble de sa carrière et livre son regard ses les bouleversements de la société française au cours de toutes ces années. Le sujet est suivi par la bande annonce de Ho ! (disponible dans la même collection) et par une série de réclames nostalgiques célébrant entre autres quelques produits disparus comme les glaces Délico, les appétitifs Impec, le supermarché La Parisienne ou les jus de fruits Poker, premier à être constitué à « 50% de fruits » (no comment).
Mais l’éditeur propose aussi dans la section bonus une nouvelle présentation du film par le journaliste Julien Comelli qui retrace les petites filmographies de tout le monde et s’attarde sur la personnalité d’Albertine Sarrazin. On y découvre aussi quelques documents d’archive comme un reportage tourné durant le tournage avec les interviews de l’actrice et du réalisateur à la clef, une seconde interview télévisée de Marlène Jobert qui subie quelques questions un peu crétines et les témoignages, assez courts, de la romancière en personne et surtout de son époux qui discute de la fidélité de l’adaptation.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque (23’), « Le Pied à l’étrier » : document de Julien Comelli, (17’), Témoignage d’Albertine Sarrazin (2’), Interviews de Guy Casaril et de Marlène Jobert sur le tournage du film (5’), Interview de Marlène Jobert (2’), Interview de Julien Sarrazin (4’).






