COHEN & TATE

Etats-Unis – 1988
Support : Bluray
Genre : Thriller, Action
Réalisateur : Eric Red
Acteurs : Roy Scheider, Adam Baldwin, Harley Cross, Cooper Huckabee, Suzanne Savoy, Marco Perella…
Musique : Bill Conti
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 86 minutes
Editeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 26 août 2025
LE PITCH
Bénéficiaires du programme de protection des témoins, Jeff et Martha Knight vivent désormais incognito dans une ferme de l’Oklahoma, leur fils de neuf ans, Travis, ayant assisté à un règlement de comptes entre deux familles de la mafia. Engagés par l’un des clans ennemis, les tueurs Cohen et Tate y font un massacre et, le gamin capturé, prennent la route de Houston pour le livrer à leur commanditaire. En dépit de son jeune âge, Travis comprend vite qu’il n’échappera à son sort que s’il parvient à monter ses ravisseurs l’un contre l’autre.
Le prisonnier de la route
Inédit en salles en France mais rapidement devenu un petit classique des vidéoclubs, Cohen & Tate est l’une de ces séries B couillues et malines qui habitèrent les nuits cinéphiles des années 80. C’est aussi le premier film réalisé par Eric Red, scénariste de Hitcher. Et là forcément, ça attire l’œil.
C’est à peine sortie de l’American Film Institute qu’Eric Red voit son premier scénario, un sujet de fin d’étude bien corsé, se transformer en véritable long métrage sous la direction de Robert Harmon, avec un tétanisant Rutger Hauer : Hitcher. Un thriller on the road tendu et cauchemardesque suivi d’assez prêt par l’excellente relecture vampire Neard Dark (ou Aux Frontières de l’aube chez nous) cette fois-ci réalisé par la talentueuse Kathryn Bigelow. Deux séries B à petit budget, mais deux classiques presque instantanés du genre qui lui ouvrent, tout naturellement, les portes de la réalisation. Ce sera à nouveau une variation autour du road movie, nocturne cela va de soi, mais qui suivra cette fois-ci deux tueurs professionnels, les Cohen et Tate du film. Ils sont chargés, après avoir éliminé ses parents et les agents du FBI assignés à sa sécurité, de ramener un pauvre gosse, témoin malheureux d’un crime, auprès d’un patron de la mafia. Une escorte qui renvoie très volontairement à La Prisonnière du désert de John Ford et à toute une grammaire du western (le massacre d’ouverture est à ce titre aussi efficace que limpide) mais matinée d’une atmosphère plus proche du neo-noir où la morale et le manichéisme ont été balayé d’un revers de la main.
Deux tueurs sont sur un bateau…
Le scénario d’Eric Red est particulièrement intelligent lorsqu’il enferme ses trois protagonistes sur une longue autoroute américaine, le plus souvent dans la même voiture, et se consacre alors presque exclusivement à faire monter une tension qui ne demande très vite qu’à exploser. C’est que Cohen & Tate, respectivement incarné par un génial Roy Scheider en vétéran froid et implacable, et Adam Baldwin en jeune chien fou tendance sociopathe, ne peuvent allègrement pas se piffrer. Les situations de confrontation s’enchainent, souvent intelligemment provoquées par le gamin à l’arrière qui comprend vite quelle est sa seule porte de sortie. Les acteurs sont excellents (en particulier Scheider forcément), les dialogues font mouche, les situations se renouvellent efficacement laissant augurer un grand final d’une violence impressionnante, mais c’est vraiment la manière dont la pure haine s’immisce entre les deux qui reste fascinante à observer. Eric Red gère habilement les espaces restreints et dissimule de manière tout à fait convaincante les moyens modestes de la production, pouvant se reposer il est vrai sur la photographie ténébreuse et glacée de Victor J. Kemper (Magic, Les Yeux de Laura Mars, Nimitz…) et les sonorités bien pulsés et so 80’s d’un Bill Conti (Rocky) plutôt en forme.
Habité par une ambiance générale plutôt dure, écrasante et sinistre, Cohen & Tate étonne tout autant par les menaces constantes qui pleuvent en direction de l’enfant et la brutalité dont il peut être témoin ou subir plus directement. Un film qui n’a pas peur d’aller jusqu’au bout de sa logique et de ses promesses, et qui reste clairement la meilleure réalisation de son auteur qui signera par la suite de sympathiques Body Parts ou Pleine lune mais nettement inférieurs.
Image
Inédit chez en support vidéo depuis l’antique VHS, Cohen & Tate ne profite cependant pas vraiment d’un master de première fraicheur. Celui-ci date en effet d’un peu plus dix ans et fut proposé par Shout Factory, aux USA, avant d’être repris par Arrow Vidéo, en Angleterre. Il s’agit donc d’une restauration à l’ancienne, effectué sur une source vidéo un peu datée, s’efforçant effectivement de rendre les cadres le plus propre possible, de redonner de la force aux contrastes et d’améliorer considérablement la définition générale. Quelques points blancs persistent et le piqué général à tout de même un peu tendance à s’aplatir dès que la luminosité baisse… et comme l’essentiel du film se déroule la nuit… Ça bruite un peu. Ça scintille un peu. Ça semble souvent un poil trop lissé. Des défauts finalement assez classiques pour un titre « fond de catalogue » de la MGM et qui n’empêche heureusement pas de profiter du film et de son petit rafraichissement. Tout à fait correct.
Son
On nous épargne ici gracieusement le remixage 5.1 peu convaincant apparu sur les éditions anglo-saxonnes au profit d’une stéréo consolidée par un DTS HD Master Audio très clair, net et équilibré. Les dialogues sont bien entendus largement mis en avant, avec une dynamique très fluide, mais les ambiances y préservent une bonne présence. Le doublage français, aux accents très DTV, manque clairement d’énergie et de conviction.
Interactivité
On perd ici malheureusement les bonus des collègues américains (making of rétrospectif, commentaire audio et scènes coupées…) et c’est à nouveau au journaliste Rafik Djoumi de s’efforcer de faire oublier le manque. Un intervenant toujours aussi intéressant qui revient sur les débuts d’Eric Red, les particularités de Cohen & Tate et son rapprochement avec le western, mais qui surtout travaille son analyse en incluant le film dans un corpus constitué avec les précédents Hitcher et Near Dark.
Liste des bonus
Entretien avec Rafik Djoumi, journaliste (27’).







