HALLOWEEN

Etats-Unis – 1974
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : John Carpenter
Acteurs : Donald Pleasence, Jamie Lee Curtis, Nick Castle, P.J. Soles, Nancy Loomis …
Musique : John Carpenter
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais Dolby Atmos, DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 91 minutes
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 21 janvier 2026
LE PITCH
Haddonfield, une paisible localité de l’Illinois. Tandis que toute la population se prépare aux festivités d’Halloween, Michael Myers s’évade de l’hôpital psychiatrique voisin où, après avoir assassiné sa sœur, il attendait sa majorité pour connaître le sort que la justice lui réservait. Un masque sur le visage, vêtu d’une combinaison de dépanneur, le fugitif reprend sa croisade sanglante commencée seize ans plus tôt et utilise tout ce qui lui tombe sous la main pour tuer. Bien que son psychiatre, Sam Loomis, tente d’alerter les autorités du danger qu’il représente, rien ne semble en mesure de l’arrêter.
Intouchable
Si le Black Christmas de Bob Clark et quelques giallo (comme La Baie sanglante de Mario Bava) ont ouvert la porte vers une nouvelle vision du cinéma d’horreur, c’est sans aucune comparaison possible Halloween qui a fait entrer le slasher dans son approche la plus populaire, et surtout imposé irréversiblement les codes qui vont le nourrir encore des décennies plus tard.
Pourtant, le projet ne naît au départ que d’une volonté de la part du producteur Mustapha Akkad d’écouler quelques dividendes faciles, embourbé qu’il est dans le tournage du Message, fresque historique sur la « mission » du prophète. Pour compenser, il imagine donc une simple histoire d’horreur : une baby-sitter est attaquée une nuit par un tueur sadique. Projet vite conçu comme un pur film d’exploitation, confié sur un coup de dés au jeune John Carpenter, qui vient à peine de faire ses preuves avec le bluffant Assaut. Voyant ici l’occasion de faire entrer durablement son nom dans l’industrie (parce que dans le genre mercantile, il se pose là, lui aussi), ce dernier ne demande que deux choses au nabab : d’une part, le director’s cut, d’autre part, que son nom apparaisse au-dessus du titre… Ou comment avoir le nez creux car sous son impulsion créative, le petit film d’épouvante va rapidement devenir l’un des plus gros succès de l’histoire du genre, et initier une série lucrative et vivace (et malheureusement pour une bonne moitié pas franchement à la hauteur).
The first thing
Mais si le succès est au rendez-vous, Carpenter ne table pas ici, comme pour un opportuniste Vendredi 13 (qui malgré ses qualités n’est qu’une copie bourrine de ce premier pas) sur une surenchère de nibards et des séquences gore. Il opte au contraire pour une certaine sophistication : gardant constamment en tête la construction et l’exigence du Psychose d’Alfred Hitchcock, quitte à lui offrir quelques clins d’œil marqués (ne serait-ce que le choix de l’actrice principale, fille de Janet Leigh), Carpenter distille ainsi pendant les deux tiers du métrage un suspens tout simplement insupportable, basé au final uniquement sur l’horreur réelle du seul et unique premier meurtre, le crime matriciel. Une ouverture en plan séquence profondément traumatique qui fait vivre au travers des yeux du tueur le meurtre, profondément sexuel, perpétré par le tout jeune Michael Myers sur sa malheureuse grande sœur. Pas plus haut que trois pommes, mais déjà au-delà de la démence, le regard vide comme happé par l’indicible, Myers glace les sangs. Cette accaparation, extrêmement naturelle finalement, de l’objet filmique conditionnera par la suite l’essence même du personnage. Inactif pendant toute la durée du jump-cut narratif de quinze ans, l’assassin revient dans son village natal affublé d’un masque anonyme (une version remaniée de celui du Capitaine Kirk), ne renvoyant ni caractère ni émotion, le personnage venant bientôt à habiter chaque ponctuation du film.
Mister Sandman
Apparaissant et disparaissant au gré des cadres, jouant avec le hors champ, s’insinuant dans les collages du montage et surtout faisant mentir l’utilisation de la musique (les compositions mathématiques et manipulatrices de Carpenter sont une merveille), Michael Myers, dit The Shape, est le cauchemar ultime, incarné et immortel. Le dispositif de Carpenter est tout simplement lumineux, aussi intelligent que d’une efficacité redoutable, et dépassant dès le premier essai tous les slashers qui s’en inspireront par la suite. C’est qu’au-delà de cette illustration du mal intouchable, impalpable (thème cher au cinéaste), le film remplit à la perfection son cahier des charges, amenant chaque meurtre avec une rigueur exemplaire, offrant une dernière demi-heure en forme d’exutoire cathartique mais n’oubliant jamais en route de donner corps (par opposition justement) à des personnages d’une fragilité, d’une futilité des plus humaines. Jamie Lee Curtis (victime virginale) ou Donald Pleasence (résurgence de la figure du chasseur de vampire) sont d’autant plus attachants, drôles, sympathiques et vivants qu’ils renvoient Myers à son image d’implacable machine de mort. En découle une vision presque mystique du slasher, le talent de John Carpenter s’imposant avec force dans la précision chirurgicale de ses cadres, l’élégance de ses coupes, sa parfaite direction d’acteur, la démence progressive de sa musique faussement simpliste, et un respect inextinguible pour l’angoisse et la terreur, dans ce qu’elles ont de plus noble. Un chef d’oeuvre. Point.
Image
La précédente copie UHD présentée en France sur ESC Films était effectivement une belle avancée par rapport aux sorties vidéos plus anciennes, et en particulier le Bluray FPE qui avait fait débat pour ses retouches plus chaleureuses et saturées apposées sur la photographie du film. La ressortie du film chez BQHL permet de découvrir la prestation plus récente encore de Shout ! aux USA, ayant proposé un sacré travail de peaufinage de la même source 4K, avec en premier lieu une bien meilleure gestion du grain, plus stable, équilibré et organique. Si la photographie, essentiellement, et volontairement, assez terne reste égale à elle-même, l’apport du Dolby Vision permet aussi de faire jaillir des teintes plus chaudes (le vert des bosquets, les rouges automnales…) tout en creusant généreusement les noirs. Jamais les zones d’ombres du film n’avaient été aussi creusées et lisibles, laissant apparaitre comme jamais la fameuse silhouette de Michael Myers. Un bon cran au-dessus du précédent disque 4K français… Déso, il va falloir repasser à la caisse.
Son
Autre nouveauté de l’édition, l’arrivée d’une piste originale en Dolby Atmos. Là où on avait habitude de soutenir farouchement l’efficacité directe et imparable de la prestation DTS HD Master Audio 2.0, le cœur pencherait presque pour cette nouvelle proposition qui, tout en restant fidèle à la nature du métrage et sa frontalité percutante, réussit à distiller une dynamique inédite, aussi fluide qu’enveloppante, qui effectivement fait naitre quelques beaux moments de tension où s’incarne à merveille le synthé de maitre Carpenter. La version française d’origine est elle aussi présente en 5.1 ou mono, mais oscille toujours autant entre le soporifique et le ridicule grâce à sa traduction très localisé et « éducative ».
Interactivité
Si la copie 4K n’est pas tout à fait identique et le Dolby Atmos fait son petit effet, cette nouvelle édition proposée par BQHL reste finalement très fidèle dans son contenu éditorial à celle d’ESC Films sortie il y a six ans. On y retrouve donc toujours l’excellent commentaire audio du réalisateur et de Jamie Lee Curtis, le vaste documentaire rétrospectif sur la saga et le reportage sur la visite de l’actrice iconique dans un salon de fan de la saga, réévaluant finalement l’apport des Halloween sur sa carrière et son aura auprès des spectateurs. On y retrouve aussi les suppléments français prenant la forme d’interviews de spécialistes locaux. Ces dernières permettent à Pascal Laugier et Mathieu Turi de rendre un vibrant hommage au cinéma de Carter, tandis que l’incontournable Jean-Baptiste Thoret (co-auteur du meilleur bouquin dédié au cinéaste) évoque les thématiques profondes du film et Marc Toullec s’attarde sur quelques-unes des séquences les plus significatives.
Les archivistes peuvent aussi être rassurés puisque la version longue d’Halloween est toujours présente. Glissé sur le second Bluray de l’édition, elle fut longtemps inédite chez nous et intègre dans sa longueur les trois séquences tournées pendant la production d’Halloween II afin de rallonger un cut qui avait subit quelques censures pour son passage télévisé sur NBC. L’un de ces ajouts est très anecdotique avec une discussion d’adolescentes lambda (mais Jamie Lee est en serviette de bain…), les deux autres développent considérablement le lien entre le Loomis et Myers (travelling en miroir, l’obsession du psy) tout en plaçant discrètement un indice sur la révélation du second film. Ce n’est pas un director’s cut loin de là, mais le document est indispensable pour les fans. Il est présenté dans une copie HD soignée avec les scènes supplémentaires upscalées.
L’édition propose tout de même un petit inédit chez nous : un second commentaire audio, réunissant directeur de la photographie Dean Cundey, du monteur Tommy Lee Wallace et du comédien Nick Castle, et évoquant tour à tour quelques questions techniques et anecdotes du tournage et de la production. Pas aussi indispensable que celui de Carpenter, mais très sympa à l’arrivé surtout qu’il est lui aussi sous-titré en français.
Liste des bonus
Commentaire audio de John Carpenter et Jamie Lee Curtis (vost), Commentaire audio du directeur de la photographie Dean Cundey, du monteur Tommy Lee Wallace et du comédien Nick Castle (vost), Version longue TV (101’), Documentaire sur Jamie Lee Curtis, le retour de Laurie VOST (59′), Retour sur les 25 ans d’Halloween VOST (83′), Halloween par Pascal Laugier (20′), Derrière le masque par Mathieu Turi (18′), Le génie du mal selon Carpenter par Jean-Baptiste Thoret (36′), Séquences commentées par Marc Toullec (10′), Clip hommage NBC (12′).






