COLOSSAL

Etats-Unis – 2016
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Nacho Vigalondo
Acteurs : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Austin Stowell, Tim Blake Nelson, Dan Stevens, Hannah Cheramy, Sarah Surh…
Musique : Bear Mc Creary
Durée : 109 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Français, Anglais Dolby Digital 5.1, Français, Anglais Dolby Digital 2.0 Stéreo
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 8 juillet 2026
LE PITCH
Gloria n’a plus de travail, plus de fiancé et abuse des soirées trop arrosées. Contrainte de quitter New York, elle retourne dans sa ville natale, où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. Au même moment, une créature gigantesque sème la terreur à Séoul. Gloria découvre que ses actes semblent connectés à ceux de la créature. La situation devient vite incontrôlable.
L’Effet papillon
Et si Les Kaijus avaient un pouvoir thérapeutique ? Ces monstres géants japonais, écrasant tout sur leur passage, seraient en fait les rois de la psychanalyse freudienne. C’est l’idée aussi géniale que tordue que nous propose l’étrange film Colossal.
Si le simple fait de marcher sur une pelouse pouvait provoquer l’effondrement d’un immeuble à l’autre bout de la planète ? Si taper du pied équivalait à écraser des êtres humains par dizaines ? Ce concept aussi intriguant que loufoque devient, dans l’esprit de son auteur et scénariste, une locomotive capable de mettre au jour des traumatismes mal dissimulés. Une jeune femme recluse au fin fond d’un patelin américain s’aperçoit que son ébriété constante fait apparaître à l’autre bout de la planète un monstre géant qui reproduit ses gestes dans un Séoul médusé.
Ce scénario, on le doit à l’Espagnol Nacho Vigalondo, réalisateur s’étant fait connaître dans le cinéma d’épouvante. Ici, le fantastique est de nouveau de mise, l’horreur en moins. Un prétexte original pour aborder des sujets qui lui tiennent à cœur : des moments passés sous silence et des questionnements sans réponse. Son film tente d’en extraire des pistes, à défaut de véritables réponses. Colossal se trouve être constamment dans l’opposition afin d’offrir plusieurs niveaux de lecture et de réflexion. Il se concentre sur une bande de copains gravitant autour du bar de l’un d’eux. Ces retrouvailles entre ses quatre personnes sont comme autant d’appels à l’aide. Ils ont beau passer du temps ensemble, ils n’en sont pas moins seuls. Les fêlures deviennent de plus en plus apparentes et la toxicité des uns envers les autres de plus en plus prégnante.
Actes et conséquences
L’idée de génie du film est d’avoir séduit Anne Hathaway. L’actrice charmée par le projet, décide de le produire tout en s’octroyant le rôle principal. Loin de ses interprétations balisées de comédies romantiques, elle trouve le ton juste dans son jeu d’une femme alcoolique, menottée à sa dépendance et aux ravages qu’elle provoque. Ce monstre tapi dans l’ombre est destructeur et engendre des dommages collatéraux qui lui échappent.
Si ceux-ci peuvent se personnifier sous les traits d’un Kaiju, le réalisateur en profite habilement pour convoquer les relations toxiques entre hommes et femmes. À contre-emploi, Jason Sudeikis, partenaire régulier d’Anne Hathaway dans le Saturday Night Live, incarne cet homme. Personnification du bon copain coincé par l’étroitesse de sa vie, il se laisse dévorer par la jalousie et la rancœur. Il devient une menace latente, progressivement déshumanisée, qui se matérialise sous une autre forme : celle d’un robot géant, une machine froide n’ayant plus rien d’humain. Ces relations bicéphales, dites et non dites, deviennent un ring dont Séoul est la victime, écrasée sous le poids égoïste de ces alcooliques qui font du mal, malgré eux, à leurs proches. Vigalondo n’excuse jamais ses personnages. Il les aime tendrement et c’est avec humour et bienveillance qu’il les amène à se regarder en face. Colossal devient alors une réflexion sur nos choix et leurs conséquences. Au moment du tournage, le réalisateur franchit lui-même le cap de la quarantaine et les crises qui l’accompagnent. S’il ne peut réparer le passé, il peut encore préserver le futur. Tout est lié à la vie. Le Kaiju fictionnel devient alors bien réel pour notre entourage, quel que soit le nom que l’on donne à nos traumatismes.
Colossal fait partie de ces belles surprises qu’il ne faut surtout pas prendre au premier degré, mais décrypter. La Toho elle-même s’y est trompée en attaquant le film pour plagiat de son Godzilla, avant de se rétracter après avoir découvert le résultat final. Le film a cette faculté de parler à chacun, de questionner nos actes et de nous inviter à réfléchir aux conséquences de nos actions. Si tout est ancré dans le réel, tout n’a pas besoin d’être matérialisé.
Image
Le master HD permet de découvrir Colossal dans les meilleures conditions. Les apparitions des monstres, qui font tout le sel du film, parviennent, malgré l’époque et les moyens de production, à très bien tenir la route sur le plan des effets spéciaux. Souvent filmées dans l’obscurité, elles bénéficient d’un rendu particulièrement contrasté. Côté colorimétrie, l’image alterne avec bonheur entre les ambiances feutrées des bars, l’atmosphère froide des habitations et le côté naturaliste des parcs et des bois où transite l’action. Un travail respectueux pour la photographie d’Eric Kress.
Son
Si le film mise avant tout sur sa dimension psychologique et sur ses dialogues, les effets sonores n’en sont pas moins présents. L’apparition du Kaiju et les déchaînements de la foule investissent pleinement les canaux, tout comme les ambiances plus discrètes des scènes de bar. La partition de Bear McCreary est également de la fête, portée par un mixage parfaitement dosé qui la met en valeur.
Interactivité
Petit film, mais jolis bonus. Un bel entretien avec la spécialiste de la science-fiction Natasha Vas-Deyres décortique avec beaucoup de soin les différentes strates du film. Qu’il s’agisse de son approche culturelle ou intime, elle prend le temps de nous guider à travers les multiples influences du fantastique dans lesquelles Colossal semble puiser. L’édition se prolonge avec un making of d’époque où chaque membre de l’équipe livre sa propre interprétation des aboutissants du film.
Liste des bonus
Entretien avec Natasha Vas-Deyres (30’), Making of (20’), Bande annonce (1’).






