CLOCKERS

États-Unis – 1995
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Spike Lee
Acteurs : Mekhi Phifer, Harvey Keitel, John Turturro, Delroy Lindo, Isaiah Washington, Keith David…
Musique : Terence Blanchard
Durée : 128 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : BQHL Editions
Date de sortie : 24 juillet 2020
LE PITCH
Le meurtre d’un petit dealer de Brooklyn devant un fast-food amène la police à s’intéresser aux activités de Rodney Little, caïd local, et de son « héritier » présumé, Ronald « Strike »Dunham …
Spike et Martin
Après le doublé Jungle Fever/Mo Better Blues chez Eléphant, BQHL dégaine Clockers, un Spike Lee mineur, dans une édition haute-définition, vierge de tous suppléments. On aurait pourtant aimé en savoir plus sur cette collaboration entre Martin Scorsese et le cinéaste engagé de Do The Right Thing et Malcolm X. Le film, toutefois, offre quelques pistes de réflexion.
Adapté d’un roman de Richard Price paru en 1992, Clockers a bien failli succéder au Temps de l’innocence dans la filmographie de Martin Scorsese. En effet, depuis La Couleur de l’argent, Scorsese cherchait à retravailler avec le romancier et scénariste Richard Price. Culpabilité, rédemption et criminalité de quartier, thèmes « scorsesiens » par excellence sont au cœur de Clockers et le cinéaste ne pouvait laisser passer une telle opportunité. Il se procure les droits sans tarder, s’assure de la participation d’Harvey Keitel, un fidèle, dans la peau de l’inspecteur Rocco Klein et confie l’écriture du scénario à Price lui-même. Coup du destin, la préproduction de Clockers est stoppée net lorsque Universal donne le feu vert à Casino, fresque pharaonique sur les liens entre Las Vegas et la Mafia et projet passion du réalisateur des Affranchis. Plutôt que de laisser Clockers mourir dans ses cartons ou échouer entre de mauvaises mains, Scorsese approche Spike Lee, alors en plein tournage de Crooklyn, une belle petite chronique familiale aux contours autobiographiques. Les deux hommes, new-yorkais jusqu’au bout des ongles, étaient faits pour s’entendre.
La vie après Malcolm
Biographie polémique à la virtuosité, à l’ambition et à l’intelligence sidérante, Malcolm X aurait dû laisser Spike Lee sur le carreau, vidé et parfois blessé par la virulence de certaines critiques. Il en faut pourtant bien plus pour calmer le cinéaste qui ne s’autorise pas plus d’une année sabbatique pour réfléchir à la direction qu’il souhaite donner à sa carrière. Si Crooklyn le ramène à ses débuts de cinéaste indépendant avec une tonalité presque apaisée, Clockers lui ouvre de nouveaux horizons. Parrainé par Martin Scorsese et à la barre d’un projet dont il n’est pas l’initiateur, Lee doit en outre se frotter aux codes du genre policier. Forte tête et adepte d’une forme de cinéma où se mêle liberté de ton et cadres maîtrisés jusqu’au moindre détail, le cinéaste doit apprendre à jouer les « mercenaires » et sortir de sa zone de confort.
Malin, Scorsese autorise Spike Lee a réécrire le scénario à sa guise et le laisse s’approprier l’histoire. Adieu le New-Jersey, salut Brooklyn. Lee restreint le cadre de l’ »empire » criminel de Rodney Little, limite les scènes d’enquête au strict minimum et injecte tous les thèmes qui lui passent par la tête et qui lui tiennent à cœur : racisme, violences policières, implosion de la cellule familiale, culture hip-hop et soul et l’évasion (tant psychologique que géographique) comme seul remède à l’engrenage de la violence. Malgré ce trop plein thématique, Spike Lee trouve encore la place de caser quelques références au cinéma de Martin Scorsese en conservant Harvey Keitel au générique et en filmant l’arrestation de Victor, le frère de Strike, dans une église qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de Mean Streets.
Le quartier, mec, le quartier
Un peu trop long (plus de deux heures) et bordélique pour son propre bien, Clockers se perd souvent en chemin, accumulant les parenthèses futiles sur une intrigue pourtant très simple. Spike Lee a beaucoup de choses à dire et manque même de se tirer une balle dans le pied en osant une comparaison bien moisie entre jeux vidéo et violence juvénile, images de synthèse très laides à l’appui. Même le parallèle entre drogue, meurtres et gangsta rap tourne court et le dialogue entre jeunes dealers sur lequel s’ouvre le film ne semble être là que pour cocher une case. Refusant d’avancer en ligne droite, Spike Lee diminue sans le vouloir la portée dramatique d’un film qui ne demandait qu’à exploser dans un dernier tiers tragique et suffocant.
Mis en scène avec beaucoup d’élégance et porté par une bande originale aux goûts toujours impeccables, Clockers se rattrape et fait mouche lorsqu’il se concentre sur le personnage de Strike (Mekhi Phifer, intense), un anti-héros comme seul Spike Lee sait les filmer. Dans les faits, Strike est un salaud qui n’assume jamais la portée de ses actions et qui cherche continuellement à se défausser sur les autres. Sa lâcheté et le principal vecteur de violence de l’histoire et pourtant, il est impossible de le détester totalement tant ses réactions sonnent juste et remue les consciences. L’ulcère qui le ronge jusqu’à ce qu’il en dégueule du sang est une métaphore percutante pour la violence qui embrase les cités et pousse ses habitants à s’entre-tuer, à mentir et à tricher. Ce spectacle de la haine ordinaire, Clockers nous invite à le vivre de l’intérieur pour mieux le comprendre et en combattre la banalisation plutôt que d’y assister de loin, bien à l’abri derrière un cordon de police.
S’il avait su faire preuve de concision, Spike Lee aurait pu signer là l’un de ses plus grands films. Un souhait en forme de doux paradoxe, la concision étant la pire ennemie du cinéma bouillonnant de Spike Lee.
Image
Pas de restauration à proprement parler mais un traitement de l’image qui rend justice à une photographie granuleuse et contrastée. Les couleurs sont stables et parfois éclatantes et la compression ne fait jamais défaut aux nombreuses scènes volontairement surexposées et aux changements de sources. Quelques points blancs demeurent et la définition se hisse à peine au-dessus d’un très bon DVD.
Son
Les pistes 5.1 s’adressent avant tout aux possesseurs de home cinema avec une belle spatialisation des ambiances urbaines et des dialogues et une bande-son percutante aux basses bien rondes. Pour les systèmes audios les plus modestes, la stéréo offre les mêmes plaisirs avec une profondeur forcément moindre mais une dynamique redoutable.
Liste des bonus
Aucun.







