CREATURES THE WORLD FORGOT

Royaume-Uni – 1971
Support : Bluray & DVD
Réalisateur : Don Chaffey
Acteurs : Julie Ege, Tony Bonner, Brian O’Shaughnessy, Robin John, Marcia Fox…
Musique : Mario Nascimbene
Durée : 93 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Aucun
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 22 juillet 2020
LE PITCH
La tribu du roc est un groupe d’hommes préhistoriques passant leur temps à se déplacer tant il est impossible de s’installer quelque part définitivement. En effet, dans ce monde, l’environnement est rempli de danger auprès desquels il ne vaut mieux pas s’attarder. Lorsque leur chef meurt, c’est l’un de ses deux fils qui prend sa place et cela attise la jalousie de l’autre frère, résolument tourné vers le mal…
La femme est l’avenir de l’homme
Loin des riches demeures gothiques, la mythique Hammer s’est aussi attachée à décrire à quatre reprises la sauvagerie d’un passé préhistorique fantasmé et sexy. Conclusion d’un cycle assez peu connu en France, Creatures The World Forgot porte certes la marque du studio, mais aussi un déroutant élan vers un réalisme qui annonce avec dix ans d’avance La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud.
Si la Hammer a connu un renouveau grâce à la réinvention des figures gothiques de la Universal et de la littérature classique ce n’est pas que pour une question de sensibilité artistique mais bien aussi par une logique totalement commerciale. Une politique d’exploitation parfaitement assumée par le co-directeur Michael Carreras (régulièrement réalisateur et scénariste) qui entraina la firme vers quelques essais du coté de la science-fiction, le swashbuckler (leurs Robin des bois), les films de pirates, de guerre, de vikings… Dans ce déferlement toujours à forte consonance populaire, l’arrivé de divertissements préhistoriques à une logique implacable. Economique tout d’abord (les costumes et les décors ne coutent pas chers) et publicitaire puisqu’il sera facile de mettre en avant les superbes actrices en peaux de bêtes particulièrement étriquées. Pas étonnant que Un Million d’années avant J.C. fut un succès planétaire, moins parce qu’il affichait de magnifiques dinosaures en stop-motion crée par Ray Harryhausen que les courbes renversantes d’une Raquel Welch (sorry Ray). La marque était lancée, mais comme toujours s’essouffla rapidement avec les deux suivants, mais toujours sympathiques, Les Femmes préhistoriques et Quand les dinosaures dominaient le monde. Affirmant une baisse d’intérêt certaine et une réduction drastique du budget, le terminal Violence et Sexe aux temps préhistoriques (y en a qui ont dû être déçus dans les salles française) n’affiche plus aucune vrai star maison, plus de reptiles spectaculaires, mais semble en faire son parti opérant alors un revirement total sur la fantasy pulp qui avait animé les films jusque-là.
Creatures to remember
Marqué par une esthétique beaucoup plus 70’s faite de caméras portés et de zooms lents, une utilisation du contre-jour et un inattendu réalisme anthropologique, Creatures The World Forgot est l’un des premiers films à prendre cette période préhistorique au sérieux en scrutant sans détour la difficile survie d’une tribu humaine dans un décor hostile et aride. Tourné en Afrique du Sud et dans le désert de Namibie, le métrage écrase ses personnages sous un soleil aveuglant, les recouvre d’une couche de crasse et leur interdit le moindre dialogue qui ne ressemble pas à un grognement animal. Un pari terriblement risqué et particulièrement couillu qui réduit la narration et le scénario à sa plus simple expression laissant au cinéaste Don Chaffey (déjà aux commandes sur Un Million d’années avant J.C., mais aussi de Jason et les argonautes) le soin de donner corps à un survival sec et primitif aux accents de tragédie shakespearienne sur les jalousies familiales et la prédestination. Cela reste parfois assez court, parfois un peu flottant, parfois un peu redondant (l’introduction en particulier) mais l’ambition du projet, portée par une superbe bande originale signée Mario Nascimbene (Les Vikings) et de grands élans épiques qui feraient presque penser au Dernier des mohicans de Michael Mann (la poursuite finale dans les deux cas) impose un cachet certain à l’entreprise. Surtout qu’au milieu de tout cela, les grands amateurs Hammer toujours attirés par les petites déviances du studio y trouveront largement leur compte entre quelques propensions à l’horreur « mondo » entre dépeçage d’animaux et peuplade cannibales, des défaillances kitchs (l’ours-mouth est à mourir de rire) et un casting féminin dont on fait souvent plus qu’entrevoir les formes. Mise largement en avant dans la publicité du métrage avec en particulier quelques nus franchement affolants, la sublime Julie Ege (Aux Services secrets de Sa Majesté, Les 7 Vampires d’or, Mutations) est l’enjeu d’une la bataille fratricide pour obtenir « la » femme qui se dote d’accents bibliques… et gentiment pervers.
Image
Indisponible en HD sur les autres territoires, le Bluray de ESC est donc une petite première locale. Reste que sans grande surprise le master proposé n’est pas de première fraicheur, ou plutôt a été remasterisé à partie d’un transfert vidéo déjà croisé aux USA en DVD. Pas de scan à la source, pas de restauration chimique, l’ensemble est passé par une succession d’outils numériques qui ont fait, il faut l’avouer, un joli boulot. Les cadres sont très propres et les plans lumineux assurent une définition assez honorable, mais les origines modestes de l’objet restent avec un piqué pas toujours aussi pointu qu’il le devrait, des teintes un peu ternes et quelques séquences nocturnes fourmillantes et légèrement bleutées.
Son
Pas besoin de traduire les grognements du film et la seule piste sonore est reproduite ici dans un DTS HD Master Audio d’excellente facture avec une dynamique très souple, une clarté indéniable et une restitution harmonieuse des ambiances et des musiques. Rien à redire.
Interactivité
S’inscrivant dans la collection British Horror de l’éditeur (même si en l’occurrence ce n’est pas vraiment un film d’horreur), le métrage préhistorique est accompagné des désormais habituels livret d’une dizaine de pages par Marc Toullec et de la présentation du studio par Nicolas Stanzick. Nouvel intervenant sur le sujet, le journaliste Christophe Foltzer s’attache plus particulièrement à présenté le film en question et à rappeler ses trois opus précurseurs. Pas franchement de grandes infos inédites, mais l’item se visionne sans déplaisir.
Liste des bonus
Livret 16 pages, Présentation de la Hammer (13’), Entretien avec Christophe Foltzer (16’), Bandes-annonces.






