MYSTERY MEN

États-Unis – 1999
Support : Bluray
Genre : Fantastique, comédie. Super-héros
Réalisateur : Kinka Usher
Acteurs : Hank Azaria, Janeane Garofalo, William H. Macy, Kel Mitchell, Paul Reubens, Ben Stiller, Wes Studi, Greg Kinnear, Geoffrey Rush, Eddie Izzard, Tom Waits…
Musique : Stephen Warbeck, Shirley Walker
Durée : 121 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 21 juillet 2020
LE PITCH
Mr Furious, Blue Raja et Shoveler sont des héros dotés de pouvoirs très limités. L’un a une force décuplée uniquement quand il est très en colère, l’autre lance des fourchettes et des cuillères, et le dernier manie remarquablement sa pelle de mineur. Ils sont constamment éclipsés par le puissant et cabotin Captain Amazing, protecteur de Champion City. Lorsque celui-ci est kidnappé par le super-vilain Casanova Frankenstein, l’heure des Mystery Men pourrait bien être arrivée.
Zoupermen !
2000 : le film X-Men sort sur les écrans et convainc le monde que les films de super-héros sont une affaire sérieuse. 1999: Mystery Men tentait de prouver l’inverse, mais personne, ou presque n’alla le voir. 20 ans après lequel est devenu culte ? Bon les deux, mais là n’est pas la question.
Si effectivement le film de Bryan Singer changea définitivement la perception de l’industrie hollywoodienne et du public envers les adaptations de super-héros, entamant alors vingt ans de blockbusters jusqu’à l’écœurement, le cinéma américain avait déjà connue une première vague de ce genre. Plus restreinte dans le temps et en production, mais tout de même. Une mode comics lancée bien évidemment par le Batman de Tim Burton (1989) auquel ont emboîté le pas des titres comme The Shadow, Les Tortues Ninja, Rocketeer, The Mask, Judge Dredd, The Crow, Le Fantôme du Bengale ou Steel, ménageant essentiellement soit un divertissement très familial et totalement désintéressé de l’œuvre originale, soit des visions entre culture rétro et illustrations gothiques. Dans ce paysage, le curieux Mystery Men débarque comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, venant d’une certaine façon entériner la déconfiture du genre largement décrédibilisé par les deux derniers Batman de Joel Schumacher au ton parodique pas toujours volontaire, et un effritement des entrées en salle. Aussi incongru que cela puisse paraître, cette adaptation extrêmement lointaine d’un titre peu connu imaginé par le spécialiste de l’absurde Bob Burden (Flaming Carrot Comics) fut pourtant envisagée comme un futur succès par la Universal qui rapidement l’accompagna d’un budget plus que solide et dragua ni plus ni moins que toutes les têtes connues de l’époque. L’affiche du film en atteste avec un casting de fou qui réuni autant un acteur rare comme le chanteur Tom Waits (Dracula), que l’oscarisé Geoffrey Rush, le célèbre doubleur des Simpsons Hank Azaria, la bonne gueule des frères Coen Willam H. Macy (Fargo), Paul Reubens l’ex-Peewee Herman, et le roi de la comédie Ben Stiller parfait en vigilante colérique mais peu puissant, qui sortait alors tout juste du carton de Mary à tout prix. On peut ajouter à cela la participation du génial Eddie Izzard en vilain disco et même un caméo sidérant de Michael Bay en super-bizuteur.
Super-ordinaire
Là, on commence certainement à mesurer l’ampleur du film, mais aussi sa furieuse schizophrénie qui forcément va devenir un casse tête pour le studio, incapable de vendre un film qui sort totalement des standards. Un four en l’occurrence, le film ne rapportant en salle qu’une petite moitié des 68 000 000 $. C’est pourtant cet entre-deux (entre trois, entre quatre ?) qui fait toute la réussite de cette comédie super-héroïque qui malgré des allusions très appuyés à la tétralogie Batman (la présence de l’orchestratrice Shirley Walker pour les thèmes additionnels y est aussi pour beaucoup) et à la série des 60, ne versera jamais dans la grosse parodie. Les personnages sont des loosers, dotés de pouvoir aussi pourris que manier la pelle avec habilité ou balancer des pets dévastateurs, mais le métrage ne les rend jamais totalement ridicules, toujours extrêmement attachants par leur volonté désarmante de faire le bien, d’être quelqu’un. Une amorce de fable sociale même lorsqu’on découvre la petite ville difficile de ces costumés de dernière zone combinant leur mission avec des petits boulots peu lucratifs, tandis que la star Captain Amazing, plus occupé par ses sponsors que de sauver son prochain, n’est autre qu’un milliardaire odieux et méprisant. Dès lors leur ascension, leur quête d’un esprit d’équipe qui mènera à l’élimination du délicieusement ridicule Casanova Frankenstein (que Rush aborde avec un sérieux indéboulonnable) n’en sera que plus belle. Ou du moins aussi belle que possible. Mis en boite par l’inconnu Kinka Usher, réalisateur publicitaire qui retournera immédiatement à l’anonymat, Mystery Men repose sur un scénario parfois un poil chaotique (car largement remanié par les acteurs pendant le tournage semble-t-il) doté de quelques pertes de rythme, mais rattrape forcément ses faiblesses par la cohésion post-moderne de sa direction artistique aussi ringarde que fortunée, avec même un déluge d’images de synthèses à la pointe.
Des costumes et des décors de luxe, pour une aventures super-héroïque grotesque, souvent hilarante, toujours bizarrement humaine, qui annonce autant les réflexions identitaires des cannons à venir (non Christopher Nolan n’a RIEN inventé) que les excroissances baroques, indépendantes et azimutées comme Super, Kick-Ass ou la série The Boys. Arrivé trop tard et trop tôt, Mystery Men à cette qualité des petites œuvres intemporelles.
Image
Si en France aucun Bluray du film n’existait jusque-là, à l’étranger Mystery Men avait déjà connu les honneurs de sorties HD-DVD et Bluray… mais avec un master bidouillé à l’ancienne et franchement pas convaincant aujourd’hui. Avec un tout petit peu d’avance sur ses camarades anglais de 88 Films, L’Atelier d’images marque le coup d’envoi d’un tout nouveau Master HD concocté par Universal. Pas évident de connaître les origines de celui-ci même s’il est tout aussi évident que le film n’est pas passé par un scan 2K ou 4K à la source, mais le travail fourni est beaucoup plus réussi. Les cadres sont beaucoup plus propres qu’autrefois et l’on ne dénote que quelques points fugaces. Les couleurs sont largement mieux maîtrisées et contrastées et la définition, malgré là aussi quelques traces de lissage, nettement plus pointilleuse et creusée. Reste bien entendu les quelques scènes abusant des images de synthèse et des effets composites, beaucoup plus difficiles à booster, qui peuvent dénoter dans ce tableau tout à fait satisfaisant.
Son
Proposées en DTS HD Master Audio 5.1 les pistes anglaise et française accompagnent très efficacement le film en s’imposant régulièrement par quelques effets des plus dynamiques (la boule de bowling volante, le psycho-frakulateur, les castagnes finales…) mais restent parfois un peu en retrait sur les ambiances ne se réveillant que pour les moments les plus peuplés (la « fête-casting »). Les dialogues sont ici l’élément central du film et se montrent d’ailleurs, naturellement, beaucoup plus naturels en anglais avec des interprétations plus subtiles qu’il n’y parait… en tout cas plus subtiles qu’un doublage français écrasé et souvent surjoué.
Interactivité
Édition très attendue et présentée dans un classieux steelbook au design très réussi, le Mystery Men de L’Atelier d’images compile dans sa partie bonus tous les suppléments disponibles. Soit les éléments déjà croisés sur DVD et HD-DVD comme ce petit making of promo pour la tv US qui permet d’apercevoir quelques images de tournages et les interviews standards du casting, ainsi qu’un commentaire audio du réalisateur pas forcément très passionnant (il se contente bien souvent de décrire les images). Les scènes coupées elles, développant avec beaucoup de sensibilité le trio d’origine, ne sont plus en 4/3 dégueu mais bien au format cinéma. Un petit gain pas négligeable tout comme les interviews inédites produites par l’éditeur brit 88Films. Une rencontre avec le réalisateur qui cette fois-ci décrit vraiment la production du film et ses difficultés à contenir des spécialistes de l’improvisation, un regard porté sur les costumes et les designs avec la célèbre Marilyn Vance (Les Incorruptibles) et Todd Tucker et enfin une petite analyse bienvenue de la bande originale signé d’un spécialiste de musique de film. Seul inédit français du lot, la présentation signée Quentin Durant se révèle plus intéressant qu’on ne s’y attendait, en particulier dans sa manière de placer le film en dernières lignes des productions 90’s, pivot entre deux grandes époques des films de super-héros.
Liste des bonus
Commentaire audio de Kinka Usher, « Nous sommes les autres gars » : interview du réalisateur Kinka Usher (23’), « Je suis un super-héros, maman »: interview de Marilyn Vance, costumière (12’), « Champion City en son et lumière » interview de Todd Tucker, responsable des effets spéciaux (9’), « Le Disco, c’est la vie » : interview de Daniel Schweiger historien des musiques de film (8’), « Un regard sur le film par le stagiaire des affiches », interview de Quentin Durand, créateur de « The 90’s Movie club » (10’), « Spotlight on Location » : les coulisses du tournage (17’), Scènes coupées (19’), Bande-annonce.







