CITY ON FIRE

龍虎風雲 – Hong-Kong – 1987
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Ringo Lam
Acteurs : Chow Yun-Fat, Danny Lee, Yueh Sun, Carrie Ng, Roy Cheung, Kong Lau…
Musique : Teddy Robin Kwan
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonais et Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 105 minutes
Editeur : HK Vidéo
Date de sortie : 24 avril 2026
LE PITCH
À la suite d’un assassinat en plein quartier populaire de Hong Kong, l’inspecteur Lau charge un de ses meilleurs flics d’infiltrer un gang de dangereux malfaiteurs. Ko Chow devient ainsi une « taupe », suspecté par les braqueurs et poursuivi par la police qui ignore tout de sa véritable identité. Après un hold-up particulièrement sanglant, Chow se lie d’amitié avec son chef de bande, l’implacable mais loyal Lee Fu.
En immersion
Autre film phare de l’émergence du nouveau cinéma hongkongais à la fin des années 80, City on Fire marque la véritablement naissance du cinéaste Ringo Lam et la concrétisation du statut de Chow Yun-Fat juste après Le Syndicat du crime. Un long métrage qui par ailleurs a fait beaucoup d’ombre à cet autre polar local.
A quelques mois d’écarts donc sortent sur les écrans le premier opus du Syndicat du crime, acte d’émancipation d’un certain John Woo, alors relégué comme artisan à tout faire, et City on Fire permettant enfin à Ringo Lam de s’extraire d’une place de petit prince de la comédie (le succès de Mad Mission 4 fut colossal) qui ne lui correspondait pas. Tous deux trouvent dans le genre contemporain du film d’action policier un moyen de faire exister à l’écran leur véritable style et leurs obsessions. Mais les différences entre les deux films sont des plus frappantes : le romantisme chevaleresque, l’iconisation à outrance et la stylisation flamboyante de l’ancien élève de Chang Che laissent place chez Lam à une vision nettement plus crue et réaliste qui serait nettement plus dans la mouvance vériste d’un Alex Cheung (Cops and Robbers, Man on the Brinks), en quête de modernité frappante. Très inspiré par le néoréalisme italien, la nouvelle vague française, les thématiques humanistes d’un Akira Kurosawa (Chien enragé) et la fébrilité éreintante d’un William Friedkin (French Connection est clairement passé par là), Ringo Lam se nourrit surtout de son propre parcours, lui qui a grandi dans les quartiers les plus durs d’une ville qu’il connait comme personne.
Départ de flamme
Rares sont les films à avoir aussi efficacement capturé l’énergie et l’intensité de cette zone sur-urbanisée, aux rues exiguës, chargées, noires de monde et de bruits. Diverses scènes, dont l’excellente poursuite en pleine rue entre quelques policiers et Chow Yun-Fat, durent même être filmé en mode guérilla, se nourrissant des obstacles réels (voitures, passants…) pour sculpter la mise en scène. S’appuyant plus ou moins sur un authentique fait divers, Lam approche son drame sans afféteries, refusant la célébration de ce monde criminel re-popularisé par le fameux Heroic Bloodshed, scrutant les ambiguïtés et la violence systémique des forces de l’ordre, pour recréer à l’écran un quotidien sombre, dur et surtout uniquement composé en dégradés de gris. On reconnait déjà pleinement le futur réalisateur de Prison on Fire ou Full Alert, nourrissant qui plus est cette atmosphère déjà suffocante, des angoisses liées à la future rétrocession. Figure nettement plus incertaine que le séduisant Mark du Syndicat du crime, l’infiltré Ko Chow toujours incarné par un fascinant Chow Yun-Fat, est un personnage dont l’identité semble constamment en transformation, se pliant à ses différents interlocuteurs (policiers, criminels mais aussi compagne) sans jamais vraiment y trouver sa place, son point d’équilibre. C’est sans doute là le seul véritable point noir du film, son scénario un peu bancal se perdant dans une romance chahutée mais jamais vraiment convaincante avec la jolie Carrie Ng, là où l’amitié naissante, mais finalement peu exploitée, avec le braqueur joué par Danny Lee installe un effet miroir troublant dont le chef opérateur Andrew Lau se souviendra sans doute quelques années plus tard lorsqu’il tournera son propre thriller Infernal Affairs.
Un jalon en tous cas incontournable du polar chinois moderne qui ne connut en occident de véritables échos qu’à la sortie du Reservoir Dogs du débutant Quentin Tarantino. Ce dernier s’inspira en effet très largement des quinzes, et meilleures il faut bien le dire, dernières minutes de City on Fire où les survivants d’un braquage foiré, retranchés dans une usine désaffectée, cherchent le traitre de la bande, leurs regards se rapprochant dangereusement du protagoniste déjà blessé d’une balle dans les tripes. Un petit bijou de tension et de désespoir qui laisse éclater tout le nihilisme de Ringo Lam.
Image
C’est une nouvelle restauration miraculeuse que nous propose HK Vidéo, pour un film qui, sans doute plus encore que The Killer ou Histoires de fantômes chinois, avait longtemps souffert d’une copie très abimée à la post-production peu soignée. Ici il s’agit d’une restauration exemplaire effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs, suivi d’un nettoyage éprouvé et extrêmement précis afin de délivrer le film dans les meilleures conditions possibles. Stable, solide, pointu, profond et vibrant, le master est magnifique, offrant une définition totalement inédite, redessinant souvent le film, où toutes les particularités de productions (variations de grain, légers flous sur certains plans…) sont restées intacts. D’autant plus admirable avec l’apport d’un Dolby Vision qui électrise les rues hongkongaises, offre une nouvelle intensité aux néons, aux multiples devantures, aux trottoirs bleutés faisant définitivement oublier les anciennes copies grisâtres.
Son
La version originale cantonaise profite d’une restauration toute aussi impressionnante avec un DTS HD Master Audio 2.0 restituant avec une clarté inédite le mono initial. Sobre mais énergique, la piste est surtout débarrassée de nombreux pics de saturations et petits drops d’autrefois. Elle est aussi proposée dans une prestation DTS HD Master Audio 5.1 qui s’efforce d’apporter quelques effets de spatialisation et une plus large ouverture, sans vraiment se montrer ni gênante ni indispensable. Le doublage français, d’époque donc pas toujours dans les clous, est lui aussi proposé dans ces deux mixages pour des résultats assez équivalents.
Interactivité
HK Vidéo propose City on Fire dans un joli digipack combo avec fourreau cartonné et un livret rédigé cette fois-ci par Sébastien Lecocq. Déjà auteur du très bon ouvrage Ringo Lam L’incendiaire, il livre une analyse précise et déjà très complète du métrage, de ses influences à sa place incontournable dans l’œuvre du cinéaste.
Une réflexion qui se poursuit de manière plus collégiale dans le nouveau segment HK Revisited regroupant les saints patrons de l’ancienne revue de cinéma (Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon) qui se remémorent leur découverte finalement assez tardive du métrage (surtout par rapport à ceux de John Woo) puis échangent longuement sur les différentes particularités du film (thématiques, stylistiques…), la personnalité et le style de Ringo Lam et surtout sa place très particulière, et pas toujours reconnue, dans la grande vague du polar HK des années 80/90. C’est une nouvelle fois passionnant et toujours très animé, brassant finalement l’essentiel des questions qui entourent le film.
Les galettes UHD et Bluray ne s’arrêtent cependant pas là et propose en plus une interview audio du réalisateur qui délivre quelques anecdotes sur la musique ou le tournage (dont la fameuse poursuite en pleine rue de Chow Yun-Fat), une rencontre plus longue et plus approfondie avec le scénariste Tommy Sham qui évoque son plaisir de redécouvrir le film dans de telles conditions techniques, puis délivre quelques souvenirs de la production du film (les risques pris par les acteurs, le professionnalisme de Chow Yun-Fat…) et pousse la réflexion sur la place du scénariste au sein de l’industrie HK. La suite est confiée à trois intervenants britanniques avec le récurrent segment de Hong Kong Confidential, un retour comparatif sur City on Fire et Reservoir Dogs par le toujours enthousiaste Kim Newman et une analyse du film par le biais de l’énergie dégagée par sa star centrale par Ric Meyers.
Encore une fois un programme tout à fait complet.
Liste des bonus
Un livret en collaboration avec Sébastien Lecocq, auteur du livre « Ringo Lam l’incendiaire » (20 pages), « HK revisited, épisode 04 » avec Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon (52’), Interviews de Ringo Lam (10’), Tommy Sham (18’), Kim Newman (14’), Ric Meyers (33), Hong Kong Confidential avec Grady Hendrix (11’), Galerie d’images, Bandes-annonces.







