CASINO

Etats-Unis – 1995
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Martin Scorsese
Acteurs : Robert de Niro, Joe Pesci, Sharon Stone, Don Rickles, Alan King, Kevin Pollack…
Musique : Artistes divers
Durée : 178 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais Dolby Amos & Français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Editeur : L’Atelier d’Images
Date de sortie : 12 mars 2026
LE PITCH
Du début des années 70 jusqu’à la première moitié des années 80, le règne de la mafia sur le casino The Tangiers à Las Vegas par l’entremise de Sam « Ace » Rothstein, génie du pari sportif en quête de respectabilité. Accompagné et protégé par son ami d’enfance, Nicky Santoro, un truand brutal, et bientôt marié à Ginger McKenna, une arnaqueuse et ancienne prostituée toujours attachée à son proxénète, Rothstein va commettre une série d’erreurs qui vont provoquer sa chute…
Faites vos jeux !
Cinq ans après le succès des Affranchis, Martin Scorsese et Nicholas Pileggi replongent ensemble dans les rouages de la mafia et s’intéressent cette fois-ci aux relations entre le crime organisé et la capitale du jeu, Las Vegas. S’articulant une fois encore sur la base d’une histoire vraie, Casino redouble d’ambition formelle et thématique, dissèque la perversité du Rêve Américain, peaufine la dynamique redoutable du duo Robert De Niro / Joe Pesci et laisse les coudées franches à une Sharon Stone incandescente dans le plus beau rôle de sa carrière. Jackpot !
Martin Scorsese ne s’en cache même pas : Casino a bel et bien été pensé comme une « suite » aux Affranchis. S’il ne fait jamais directement référence au destin d’Henry Hill, ni à la bande de malfrats de la côte Est dirigés par Paulie Cicero (incarné par Paul Sorvino), il reprend à son compte tous les codes du chef d’œuvre de 1990, sa narration en voix-off, sa violence parfois estomaquante, son humour noir qui irrigue une saga où se mêle la tragédie (structure en deux temps du « rise & fall ») et des velléités documentaires, sa bande-son en forme de jukebox transcendée par le montage étourdissant de précision de Thelma Schoonmaker.
Et, bien évidemment, c’est encore un trio qui mène la narration, avec des similitudes attendues mais bien moins envahissantes que ce que certaines critiques de l’époque ont pu exprimer, reprochant à Casino des facilités et une certaine prévisibilité. S’il sollicite les mêmes accords, Scorsese ne reproduit pourtant pas la même mélodie et renforce ses orchestrations. De Niro, calme et réfléchi, sa maîtrise de soi parfois mise à mal par une colère sourde et une frustration maladive, apporte ici à Sam Rothstein une fébrilité et un malaise que l’on ne retrouvait guère chez Jimmy Conway, toute la différence entre un criminel endurci et peu scrupuleux et un cérébral bercé d’illusions, éminence grise d’un casino où se brouillent les frontières entre la légalité et l’illégalité. Pesci, pour sa part, nuance sa partition de psychopathe imprévisible et pétri de contradictions, laissant paraître les failles et des éclairs de lucidité derrière les coups mortels et les insultes en rafale, allant jusqu’à provoquer une empathie presque contre nature dans ses derniers instants à l’écran. Au centre d’un triangle « sentimental », la Ginger McKenna de Sharon Stone évoque quant à elle viscéralement le Henry Hill de Ray Liotta, et pas seulement par ses addictions et ses origines irlandaises mais aussi et surtout par un besoin dévorant d’affection et de reconnaissance. A ceci près que Ginger ne trouvera jamais de frein à sa déchéance, ses démons finissant par la rattraper et la consumer, un effondrement au propre comme au figuré.
Rien ne va plus !
Plus long, plus cher, plus violent, plus complexe, Casino intègre sans sourciller la surenchère bling-bling de Las Vegas à son ADN. Avec la même ambition, le même goût du risque et la même maestria, Martin Scorsese rejoint la démarche du Sam Raimi d’Evil Dead 2 ou du James Cameron de Terminator 2 – Le Jugement Dernier : repousser les limites de son art, enchaîner les moments de bravoure et saturer les sens du spectateur sans provoquer de rupture pour autant. Il faut apprécier en réalité l’instinct de Scorsese pour jouer avec le rythme et la temporalité de son film, la masse considérable d’informations transmises par l’image et par le dialogue et qui menace en permanence de phagocyter l’émotion et les sensations passant pourtant comme une lettre à la poste – et sans entamer le plaisir des visionnages multiples, bien au contraire ! La musique (on tremble en imaginant la part du budget allouée aux droits d’auteur), les mouvements de caméra (une alternance sidérante de panoramiques filés et de plans captés en steadycam) et la fluidité du découpage font cause commune pour aboutir à une projection de trois heures, bien plus digeste que ne le suggère un menu pourtant copieux.
Tout en explorant les thématiques qui lui sont chères, de l’impossibilité du couple à l’inévitable pulsion d’autodestruction de l’être humain en passant par la quête inassouvie de la perfection et un regard foutrement ambivalent sur la violence, Casino est sans nul doute l’un des films les plus fascinant qui soit sur l’envers de ce foutu Rêve Américain, point névralgique du cinéma made in Hollywood depuis son avènement. Davantage que la métaphore presque trop évidente de Las Vegas, capitale du fake et mirage décadent planté au beau milieu du désert du Nevada dans le seul but de faire les poches des millions de pigeons consentants qui se perdent sur le strip et dans les allées bruyantes des casinos, le film de Martin Scorsese s’attache pour l’essentiel à démontrer à quel point les hommes et les femmes qui pérennisent, perfectionnent et profitent de ce système en sont les premières victimes. Le capitalisme est un ogre qui bouffent ses rejetons les plus zélés et personne n’est à l’abri. Dans son ultime ligne droite, Casino démontre avec un sourire de sale gosse vissé aux lèvres l’inconséquence de la mafia (organisation criminelle dont la dangerosité est contrebalancée par son caractère familiale et artisanale, avec un code désuet et bafouée à la moindre occasion) face au libéralisme et au « système ». Tout n’est qu’illusion et le dollar est le seul et unique maître du jeu. A la fin, la banque gagne toujours. L’amour, la confiance, la loyauté, le travail ? ça ne vaut pas un copeck, les amis !
Geste nihiliste XXL et fresque fulgurante, Casino s’affirme avec le temps comme le plus savoureux et pourtant le plus acide des chefs d’œuvres de Martin Scorsese, à mille lieux du cynisme cool du Loup de Wall Street, son héritier direct. Il est même permis, loin de toute polémique ou des comparaisons inévitables, de le préférer aux Affranchis, son « brouillon » de fait.
Image
On ne va pas se mentir, l’apport du Dolby Vision, absent de la précédente édition 4K de 2019, ne propose pas de changements significatifs si ce n’est pour les yeux les plus aiguisés. Le gain de définition est bien réel mais néanmoins anecdotique. Les scènes les plus sombres (avec des noirs plus profonds et des sources de lumière à la diffusion plus naturelle) ainsi que la restitution du grain argentique sont les grands bénéficiaires de cette mise à jour que l’on devine aujourd’hui définitive.
Son
Victoire par KO technique pour la version originale dopée au Dolby Atmos avec une restitution musicale dont la dynamique enivrante enterre une version française en « simple » DTS-HD qui doit jongler entre le doublage et les effets sonores avec une mise en retrait parfois notable de la musique. Ce qui ne veut pas dire que ce mixage ne vaille pas le détour, grâce à une clarté impeccable et une ouverture multicanale qui fait aussi bien, sinon mieux, que l’expérience en salle de l’époque.
Interactivité
Un mot, bien évidemment, sur le packaging dont la charte graphique fait le lien avec l’édition 4K UHD des Infiltrés, sorties quelques mois plus tôt. Une collection Scorsese qui pourrait – croisons les doigts ! – s’enrichir de rééditions d’Aviator et de Hugo Cabret dont les droits sont également aux mains de Seven Sept, partenaire de L’Atelier d’Images. Les bonus, pour leur part, sont répartis sur le disque 4K et le bluray standard. Sur la première galette, on retrouve un long entretien inédit avec le journaliste et critique Nicolas Schaller, lequel propose une analyse aussi pertinente qu’exhaustive du film, insistant sur le montage de Thelma Schoonmaker et le rythme très soutenu de la bande-son. Autre gros morceau, le commentaire audio (sous-titré) construit autour d’interventions de Martin Scorsese, Sharon Stone, Nicholas Pileggi et Thelma Schoonmaker et qui a le mérite de nous éclaircir sur tous les aspects de la production, de l’écriture au montage en passant par la mise en scène et la direction artistique. La section des scènes coupées s’apparente davantage à des prises ratées, des chutes de montage et des bouts de scènes rallongées et ne présente qu’un intérêt limité avec une démonstration d’improvisation de certains membres du casting, Joe Pesci en tête. Le bluray accueille des suppléments déjà visibles auparavant tels que le documentaire sur Martin Scorsese issu de la série « The Directors » ainsi qu’un reportage sur l’histoire vraie qui a servi de point de départ au film. Passionnant.
Liste des bonus
« CASINO, L’AMÉRIQUE DU MIRAGE » analyse du film par Nicolas SCHALLER, spécialiste de Martin Scorsese, Scènes coupées, Bande-Annonce et Teaser restaurés, Commentaire audio : moments choisis avec Martin Scorsese, Sharon Stone, Nicholas Pileggi, “MARTIN SCORSESE – THE DIRECTORS” : documentaire exceptionnel sur l’œuvre du cinéaste, « BACK HOME YEARS AGO – THE REAL CASINO » : reportage sur l’histoire vraie des personnages.







