LE PRINCE ENCHAINÉ

El principe encadenado – Espagne, Italie – 1960
Support : Bluray & DVD
Genre : Fantastique, Aventure
Réalisateur : Luis Lucia
Acteurs : Antonio Vilar, Maria Mahor, Paul Naschy, Luis Prendes, Javier Escrivá, Javier Loyola…
Musique : Cristóbal Halffter
Image : 1.66 16/9
Son : Espagnol LPCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 88 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 3 mars 2026
LE PITCH
Le roi de Pologne Basilio a fait enchaîner son fils Segismundo dans une tour, suite à une prophétie qui prédit que le prince apporterait le désastre dans le pays et la mort du roi. Aimant malgré tout son fils, le roi ordonne sa libération le temps de le mettre à l’épreuve. Mais, ayant goûté à la liberté, Segismundo refuse de reprendre les chaînes.
Une affaire de príncipe
Nombre de petits trésors encore oubliés dorment dans les coffres du cinéma populaire d’autrefois de nos voisins européens et Artus n’oublie jamais d’y dégotter quelques curiosités, témoins d’un genre, d’une époque et d’une culture comme ce Prince enchainé, grand spectacle très Technicolor entre fresque médiévale et péplum mythologique.
Manifestement motivé par la volonté de se confronter aux fameux péplums italiens rencontrant de grands succès dans tous les cinémas du monde, le prolifique (mais presque inconnu chez nous) cinéaste ibérique Luis Lucia (Un ange est arrivé) retrouve ici toute la démesure des grandes aventures de l’époque. Dans une Pologne imaginaire qui n’a jamais autant ressemblé à la campagne madrilène, où seigneurs et braves gens répondent tous à des noms typiquement espagnols, se multiplient ainsi les grands tableaux mettant en avant les belles scènes de studios aux décors cartons-pâtes débordants de couleurs et les extérieurs bucoliques, régulièrement traversés de centaines de figurants prêts pour la bataille. Les costumes semblent échappés d’une bande dessinée chevaleresque, mais Segismundo, le héros du récit, est lui affublé d’un pagne en peau de bêtes et de quelques lanières de cuirs pour faire échos aux prouesses de ses cousins italiens bodybuildés et huilés. Combats aux glaives, belles princesse (qui s’ignore) combattant aux cotés de son aimé, sidekick pleutre pour délivrer quelques gags… tout est fait pour délivrer un spectacle entrainant et généreux et ce même si le réalisateur ne montre pas la même énergie ou la même inspiration que les modèles italiens.
Unchained
Il s’agit cependant là au départ d’une adaptation d’une célèbre pièce de théâtre, La vie est un songe (La vida es sueño) rédigée par Pedro Calderon de la Barca en 1635. Un classique baroque, mainte fois adaptés en Espagne, et qui évoque la confrontation entre le réel et l’illusion, la liberté et le destin, donnant lieu à de grandes tirades poétiques et philosophique. Même si le film modernise fortement le texte, il en préserve les phrasés en vers, les échanges piquants et des postures dramatiques appuyées. Étonnant, et pourtant ce mélange de grand spectacle presque forain avec les longues explorations des jeux et traitrises de la cour, permettent au film de laisser affleurer une critique évidente d’un pouvoir qui serait trop incontesté et donc inévitablement corrupteur. Ces envolées presque shakespeariennes déclamées, entre autres, par un colosse aux airs faussement candide, où on célèbre le déclin d’un vieux roi resté trop longtemps, entouré de traitres, prêt à sacrifier son propre fils pour se maintenir sur le trône, devaient être d’autant plus savoureuses en 1960 de par leur léger potentiel subversif. Les spectateurs écrasés par la réalité de l’Espagne franquiste pouvaient alors eux aussi rêver à pouvoir s’échapper de la dure réalité et reprendre un jour la maitrise de leur destin. C’est aussi ça le cinéma.
Image
Artus nous offre une très jolie restauration du film. Un master 2K qui en dehors de quelques décoloration jaunâtres discretes sur les arrière-plans et de rares instabilités, donne un sacré coup de jeune au film retrouvant ses couleurs d’antan, puissantes, chaudes et vives, et des cadres étonnement propres, délicatement dessinés. La définition est de qualité et redonne un peu de caractère et de profondeur à l’ensemble, et même le grain de pellicule retrouve sa place dans un tableau général des plus harmonieux.
Son
La version originale mono est disposée dans un petit mixage porté sur deux canaux à la prestation aussi claire que sobre. Les dialogues sont bien posés, les bruitages très discrets et les musiques puissantes quand il faut. Pas de saturation, souffle ou craquements intempestifs.
Interactivité
Le combo Bluray / DVD est disposé dans un digipack deux volets avec fourreau cartonné. Sur les disques, c’est à nouveau l’incontournable Christian Lucas, spécialiste du cinéma populaire européen, qui nous livre une présentation simple et complète dont il a le secret. Il y évoque la pièce d’origine et son adaptation libre, les filmographies des grands noms, la beauté des décors et les particularités du film et celles du cinéma espagnol de l’époque.
Liste des bonus
« Le Prince déchaîné » : Présentation du film par Christian Lucas (20’), Diaporama d’affiches et photos (30”).





