BLOW OUT

Etats-Unis – 1981
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Brian De Palma
Acteurs : John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz, John McMartin, Peter Boyden…
Musique : Pino Donaggio
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 108 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 10 décembre 2025
LE PITCH
Alors qu’une nuit il enregistre des sons dans une forêt, Jack Terry, ingénieur du son spécialisé dans les effets sonores pour le cinéma, assiste à un accident de voiture. S’il parvient à sauver Sally, la passagère, le conducteur meurt quant à lui dans l’accident. Ce dernier n’est autre que le gouverneur de l’État en lice pour les élections présidentielles. En écoutant attentivement ses enregistrements, Jack découvre qu’il ne s’agit pas d’un simple accident : il a capté le son d’un coup de feu précédant la sortie de route…
Le cri qui déchire l’écran
Échec cinglant malgré un budget des plus confortables et la présence d’un John Travolta starisé par La Fièvre du samedi soir, Blow Out a pourtant depuis été largement réhabilité. Et pour cause, il s’agit sans doute du film le plus pointu et le plus maitrisé de toute la carrière de Brian De Palma. Et ce n’est pas rien.
Dans la foulée des succès de Carrie, Furie et Pulsions, Brian De Palma enfin installé comme nouvelle valeur sûre du cinéma américain (cela ne durera pas longtemps) aurait dû réaliser Le Prince de New York, qui finalement lui échappe et tombe entre les mains de Sydney Lumet. Reste alors ce petit scénario, Personal Effets, comme un exercice de style où l’auteur y concentre toutes ses lubies, ses obsessions et sa vision très noire, qu’il imagine à l’instar de son précédent Home Movie, comme un petit budget indépendant. Le copain John Travolta tombe cependant dessus, se passionne pour le sujet et se réjouie de retrouver sa copine Nancy Allen de Carrie, et fait instamment grimper le budget de l’objet et l’intérêt des studios. Mais le cinéaste préserve, et ça se voit, le fameux Director’s Cut. Blow Out n’est donc pas un film de studio, ou une commande, mais bien une œuvre profondément personnelle, dans laquelle en premier lieu le réalisateur aborde plus frontalement que jamais sa fascination totale pour le cinéma et ses composantes. Jack Terry est ainsi bruiteur de cinéma (même si ce n’est que de la série B) et par son point de vue central, il reconstruit constamment la forme du film et ce dès le générique avec son métronome dont le son sourd se transforme en crissement / hurlement.
Le son et l’image vraies
Sa captation du réelle, primordiale dans la séquence inaugurale du film, celle de l’accident, va ainsi conditionner tout le reste de la fiction. On le voit diriger son micro performant en direction d’effets divers et naturels (une grenouille, le vent dans les arbres, un couple d’amoureux…) tandis que De Palma à la caméra et au montage, dirige son optique, panote ou compresse les cadres par des montages dans le plan, pour en capter la source et l’effet. Mais le fameux accident lui ne sera que sonore, échappant à la mise en scène. Blow Out, hommage évident à Blow Up d’Antonioni, sera donc à son tour non pas la quête d’une image manquante, mais d’une séquence complète, celle qui va très vite s’avérer un meurtre politique. Le fantôme de JF Kennedy hante aussi, comme tout ceux de sa génération, le cinéma De Palma. Mais si son film scrute avec obsession le moindre recoin de l’image, et en particulier celles reconstituées dans une séquence « making of » renversante qui renvoie directement aux fameux films de Zapruder, il n’espère à aucun moment détenir ou mettre en évidence une quelconque vérité.
A la différence d’Oliver Stone et son JFK, De Palma n’y croit déjà plus depuis longtemps et il y nettement plus intéressé par la mise en évidence d’une obsession dévorante, d’un échec tragique, d’une impossibilité de faire sens dans un monde, absurde, où le complot n’a déjà plus aucune forme, aucun sens. Palpitant dans ses atours de thriller paranoïaque, Blow Out joue à la perfection de son efficacité toute hitchcockienne, revisite à sa manière le mythe de Jack L’Eventreur dans l’Amérique des années 70, mais distille surtout un venin acide et particulièrement cruel où tout semble constamment voué à la débâcle. Sublimement accompagné par l’une des plus belle BO de Pino Donaggio, la belle histoire d’amour et l’enquête policière, s’achèveront d’un même mouvement dans un plan aussi déchirant que terriblement ironique (le feu d’artifice d’une fête national en guise de ciel étoilé). Le cri parfait lui, attendu durant tout le métrage, ne servira in fine que dans une série B sans importance.
Au sommet du cynisme mais aussi de son cinéma, De Palma livrait là une œuvre cinématographie totale, où l’outil se confond avec le sujet d’étude, où toutes les réflexions de son auteur semblent trouver un point d’encrage fort et profond. Chaque séquence est une leçon de cinéma, et la gravité et l’intensité du suspens sont inoubliables.
Image
Même si Blow Out avait été plutôt bien doté en Bluray avec une copie 2K de très bonne qualité chez Carlotta, il n’avait clairement pas encore la forme qu’il affiche ici. Restauration plutôt récente (2022) effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs, elle fait disparaitre définitivement les dernières rares traces de vieillesses connues, solidifie définitivement l’image et surtout lui offre une précision et une fermeté totalement inédites. Sans jamais dénaturer les instances pellicules d’origines (grain, argentiques magnétiques, légers effets vaporeux…) l’image accompagne mieux que jamais la profondeur des champs, tout en délivrant une colorimétrie nettement plus riche, fine, variée et subtilement contrastée. Les noirs sont de la même façon absolument impeccable.
Son
On ne touche pas à un mixage sonore de De Palma ! En particulier lorsque c’est Blow Out où justement le son a une importance aussi primordiale. Le DTS HD Master Audio 2.0 reste donc extrêmement fidèle à la stéréo intense d’origine avec un grain de clarté et de pureté permis par les outils actuels. Les cinéphiles le savent certainement déjà mais la version française, très réussie dans son ensemble, est particulièrement notable par la présence de la voix de Gérard Depardieu, à qui Travolta avec expressément fait la demande de le doubler.
Interactivité
Le Chat qui fume propose Blow Out (comme Pulsions distribué à la même date) sous la forme d’un Mediabook sobre et élégant, orné d’un superbe visuel signé Tony Stella, avec piqué en son centre un livret comprenant quelques articles analytiques (avec malheureusement la dernière phrase manquante) signés Inès Hamdi et diverses photos de production.
Un bel objet qui comprend le disque UHD et le Bluray qui comportent tous deux les mêmes bonus à savoir en premier lieu trois entretiens qui avaient déjà été proposés sur le bluray de Carlotta Films. Des rencontres passionnantes où Nancy Allen se remémore avec plaisir ses retrouvailles avec Travolta et l’état d’esprit de De Palma à l’époque, où le producteur George Litto rivalise d’informations et d’anecdotes sur les coulisses et où le directeur photo Vilmos Zsigmond explore le traitement particulier des couleurs choisit, les nombreux trucages optiques et l’utilisation de la Steadycam.
Le Chat y ajoute un segment maison avec une interview inédite du grand compositeur Pino Danaggio. Si l’inspiration pour les thèmes musicaux principaux du film et l’ambiance mélancolique générale de la BO sont au centre de l’entretien, le monsieur évoque aussi plus généralement toutes ses collaborations avec De Palma, de Carrie à Passion, leurs méthodes de travail mais aussi ses petits regrets puisque le cinéaste ne l’envisageait toujours que pour le même type de thriller selon lui.
Liste des bonus
Un livret rédigé par Inès Hamdi (40 pages), « Souvenirs d’une poupée de chiffon » avec Nancy Allen (20’), « Le Noir et blanc en couleurs » avec le directeur de la photographie Vilmos Zsigmond (26’), « Retour à Philadelphie » avec le producteur George Litto (18’), « Frissons sonores » avec Pino Donaggio (30’), Bandes-annonces.







