VIETNAM JOURNAL VOL.8 : AU-DELÀ DE L’HORREUR

Vietnam Journal : Brain Dead Horror – États-Unis – 1991 / 2011
Genre : Guerre
Dessinateur et scénariste : Don Lomax
Nombre de pages : 158
Éditeur : Delirium
Date de sortie : 4 septembre 2026
LE PITCH
VIETNAM, été 1969. Scott « Journal » Neithammer, reporter de guerre, poursuit sa couverture du conflit sur le terrain en compagnie des jeunes marines. Dans la première grande histoire de ce recueil, « Journal » accompagne une équipe de mécaniciens envoyés réparer une épave abandonnée en pleine jungle, en territoire ennemi. Au cours de cette mission, ils vont croiser le chemin d’une patrouille traquée par les forces nord-vietnamiennes, qui leur racontera son périple, avant de devoir revenir sur ses pas récupérer les corps de leurs compatriotes laissés derrière…
L’apocalypse vue d’en bas
La première partie de la grande fresque militaire de Don Lomax touche à sa fin avec ce huitième volume édité par Délirium. Une œuvre puissante et terrible, vision de l’intérieur de l’un des conflits les plus meurtriers (et inutiles) de l’histoire américaine, servie par un noir et blanc tranché, direct, réaliste et brutal.
Entamé en 1987 chez Apple Comics puis repris par divers éditeurs américains, transposé en strip voir même publié directement sur le site officiel de l’auteur pour les derniers chapitres regroupés ici, Vietnam Journal est véritablement l’œuvre d’une vie pour Don Lomax. Ce dernier a bien œuvré de-ci de-là dans les comics plus traditionnels (Heavy Metal, American Flagg !, The Punisher…) mais Vietnam Journal est une création éminemment personnelle, motivée initialement par le besoin d’exorciser ses propres souvenirs du conflit. Envoyé sur le front en 1966, témoin direct du chaos absolu dans lequel était plongé le pays, du niveau de sauvagerie des actions perpétrés d’un coté puis de l’autre, il raconte pas à pas l’évolution de cette guerre (de 1965 à 1969 pour ce tome) mais en restant constamment à hauteur de soldat. Pas de grande vision stratégique lointaine, pas de regard politique venu du terrain américain, chaque histoire d’une vingtaine de pages conte quelques jours, quelques heures, dans la vie d’une troupe ou de braves bidasses confrontés à l’enfer sur terre. Comme fil conducteur on trouve le personnage de Scott « Journal » Neithammer, soit un journaliste de guerre qui passe d’une division à l’autre, d’une région à l’autre, assistant à l’héroïsme ordinaire, mais aussi à la terreur, la folie et la barbarie qui peut s’emparer des uns et des autres.
En attendant Charlie
Dans ce Au-delà de l’horreur, on le voit ainsi s’embarquer avec une troupe qui s’efforce de fuir les vietcongs en s’embarquant dans un mini-tank en forme de tombeau de métal, assister aux missions de récupérations des cadavres de soldats en hélicoptère et assister une ligne de front maintenue, difficilement, par un aumônier au bord de l’illumination, s’efforçant de comprendre ces camarades d’infortunes, de toucher un moment la réalité de leur vie, mais aussi bien souvent être obligé de prendre part au combat. Très marqué par ses lecteurs des grands classiques d’EC Comics (Two-Fisted Tales et Blazing Combat en particulier), il mène constamment un réalisme acide et désespéré à des débordements ultra violents et ultra crus très loin de l’acceptable hollywoodien par exemple. Des corps transformés en charpie, des cranes explosés, des charniers infâmes, des corps suppliciés et éventrés accrochés sur une croix en guise d’avertissement… Ces tableaux exposés dans un noir et blanc sculpté, ultra détaillé, granuleux voir craspec, rendent les épisodes de Vietnam Journal extrêmement proches du lecteur, presque palpable, à la fois fascinant et repoussant, sans jamais tomber dans un gore « rigolo » ou une distance confortable. Une BD qui triture les entrailles, qui montre la guerre pour ce qu’elle est, une immonde boucherie qui broie les corps autant que les âmes. La camaraderie, les restes d’honneurs et le besoin constant d’espoirs et d’échappées qui affleurent dans ces instantanés où on ressent presque les odeurs de sueurs, de sang et de mort, révèlent parfaitement cette espèce de réalité alternative qui se met en place, loin des lois et de la logique du monde normal.
Vietnam Journal est un comics aux accents documentaire imparables, à l’authenticité douloureuse qui creuse encore et toujours son sillon pour que rien de tout cela ne soit oublié. D’ailleurs entre chaque chapitre, l’auteur dispose une page contenant le portrait de véritables portés disparus, fantômes de sacrifiés pour une gloire, une fierté nationale, l’intérêt de quelques-uns et dont le destin n’a rien à envier aux personnages « fictionnels » de cet incontournable du comic de guerre.




