TAMAGO APOCALYPSE T.1

France – 2022
Genre : Action, Fantastique
Dessinateur : Fred Pham Chuong
Scénariste : Clotilde Bruneau, Laurent Sarfati
Nombre de pages : 112 pages
Éditeur : Editions Oxymore
Date de sortie : 26 novembre 2025
LE PITCH
Dans un monde en révolte, la population des Ryu, menée par Tanaï, renverse l’impératrice Éternelle, issue de la classe dirigeante des Kyo. Tori, une imposante métisse tricératops, se voit alors confier par son mentor Rojin, dernier survivant de la garde royale, la destruction d’un oeuf capable de provoquer la fin du monde selon une vieille légende. Aidée par Kurinto, aventurier et amoureux transi, Tori va s’engager dans une quête périlleuse qui l’amènera à détruire l’oeuf dans les flammes d’un volcan sacré, libérant ainsi deux bébés dinosaures : l’un rougeoyant et monstrueux, symbole de destruction, l’autre replet et blanc, symbole de renouveau.
le sabre à sang froid
Il y a eu les Tortues Ninja, il y aura désormais les Dinosaures Samurai. Une proposition bien française cela dit, signée par deux des auteurs de la série Lastman, qui mixe allègrement chanbara et aventure fantastique dans un monde médiéval où l’évolution aurait laissé la place aux fameux sauriens.
Si le mélange entre les ancêtres reptiles et une iconographie japonaise fait forcément penser à la création d’Eastman & Laird, Tamago Apocalypse ne se présente cependant pas comme un joyeux divertissement adolescent et une simple succession d’épisodes délirants motivés essentiellement par l’action. Ici l’influence serait plutôt à aller chercher véritablement du coté des modèles cinématographiques nippons (les films de sabres, les drames historiques, les anime) et même dans son mélange des genres, entre chanbara et western, au Soleil Rouge de Terence Young où Charles Bronson et Alain Delon, rois de la gâchette, cohabitaient avec le légendaire samouraï Toshiro Mifune.
Ainsi Tori aux airs de Tricératops, se veut l’héritière de son père et espère reprendre à son tour la voix du sabre en trouvant l’enseignement auprès du maitre Rojin. La première étape d’une aventure qui va la mettre sur le chemin de Kurinto, aventurier bien plus fantasque, adeptes des modernes révolvers et fusils, mais aussi d’un clan qui s’efforce de retrouver un œuf mystérieux, pondu juste avant son exécution par l’impératrice Eternelle. L’un est sage, l’autre est colérique et le troisième joue souvent les trublions entre deux déclarations d’amours enflammées, et ensemble ils forment un trio disparate mais finalement assez bien ajustée et équilibrée qui va devoir faire front pour mener à bien sa mission.
Hors de sa coquille de confort
La force de l’album est moins dans son enchainement d’évènements, volontairement classiques et surtout voués à initier des enjeux véritablement annoncés que dans les dernières pages du tome, que dans la présentation très efficace de protagonistes foncièrement attachants, reflets d’un monde certes improbables mais terriblement accrocheurs. L’humour est très présent, l’action tout autant, mais la dynamique mise en place entre les trois héros et en particulier le caractère colérique et rentre-dedans de Tori, que l’on imagine déjà bien plus tendre à l’intérieur, fait véritablement moteur dans cette lecture souvent savoureuse. Clotilde Bruneau (La Sagesse des mythes, Hippolyte…) et Laurent Sarfati (coréalisateur de l’excellent Mars Express) offrent une épopée dépaysante, exotique, rythmée et toujours fun, signant ainsi les débuts d’une saga que l’on imagine déjà prometteuse et doté d’un certain potentiel dramatique fort, avec une volonté bien marquée de diluer les premiers élans manichéistes. La réussite de l’album tient aussi dans la proposition visuelle étonnante de Fred Pham Chuong (Boulevard des monstres, Steam West…). Il évite la rondeur que l’on attache habituellement aux dinosaures en BD pour les approcher avec un crayon beaucoup plus tranchant, anguleux, les dotant d’une efficacité toute comics (le découpage est précis et nerveux) et se laissant aller à quelques délires plus spectaculaires dont un affrontement très kaiju contre un mégalodon de garde.
Une centaine de page bien denses et imaginatives pour ce 1er tome de Tamago Apocalypse qui s’avère une très bonne surprise en effet.



