POUR SEUL CORTÈGE

France – 2026
Genre : Drame, Historique
Dessinateur et scénariste : Alfred
Nombre de pages : 280
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 22 octobre 2026
LE PITCH
Soudain, Alexandre s’écroule, terrassé par la fièvre. Ses généraux se pressent autour de lui et, déjà, se disputent l’héritage. Des confins de l’Inde, un étrange messager se hâte vers Babylone. Et d’un temple éloigné où elle s’est cachée du monde, on tire une jeune femme de sang royal, que le destin appelle auprès de celui qui a vaincu son père.
La mort d’un roi
Alfred, auteur de bandes dessinées que certains renomment régulièrement romans graphiques, s’attaque à l’un des romans les plus mémorables de Laurent Gaudé (Le Soleil des Scorta, Chien 51, Terrasses…) : Pour seul cortège. L’évocation grandiose et funeste des derniers jours d’Alexandre Le Grand et de l’effondrement de son empire.
Après avoir passé des années à conquérir le monde, traverser les empires et changer son temps, Alexandre, l’homme le plus puissant d’Asie, à peine âgé de 32 ans s’effondre en pleine célébration devant ses généraux et ses courtisans. Empoisonnement, maladie ? L’histoire ne l’a jamais vraiment su et le récit ne s’y attarde que peu, s’intéressant beaucoup moins à la cause de la mort qu’à ses conséquences. Mais Alexandre ne sait mourir, agonise longuement, fiévreux, maigrissant à vu d’œil, attendant l’arrivée de Ericleops, messager qui doit ramener des nouvelles importantes du lointain orient et Dryptéis, la veuve de son ami Héphaiston, qu’il a envoyé chercher de toute urgence. Lui est immobile dans son lit, les deux autres doivent à leur tour traverser son royaume, ses paysages, ses dangers, avant d’arriver à Babylone et recueillir la parole de leur seigneur. Lui est déjà mort et porte dans un coffret sa propre tête et elle doit dissimuler la naissance d’un fils, illégitime, forcément menacé par les futurs jeux de pouvoirs qui ne manqueront pas d’exploser sous peu.
La mort et après
Gaudé ne conte certainement pas une mort comme les autres et ne la raconte certainement pas comme un autre, abordant la disparition programmée d’une véritable légende sous la forme d’une tragédie puissamment épique où la nature humaine, les ambitions personnelles, l’impériosité du destin et la force impérissable des légendes se mêlent dans un poème funèbre foisonnant et flamboyant. Par sa puissance d’évocation, Pour seul cortège se plie alors parfaitement à l’adaptation visuelle en bande dessinée. D’autant mieux qu’Alfred (Pourquoi j’ai tué Pierre, Les Jardins invisibles…) ne l’aborde certainement pas avec une docilité classique, s’emparant du récit pour y poursuivre ses propres expérimentations graphiques et ses propres recherches d’éternité. C’est certainement son album le plus imposant (presque 300 pages) mais c’est aussi celui où il mélange le plus de technique, l’aquarelle laissant la main à la gouache, l’encrage au feutre noir au stylo bic avec des variations de papiers et de transparences qui structurent constamment les espaces mais aussi les niveaux de narrations. Suivant parfois d’un regard lointain les faits historiques connus, ou l’action proprement dites, les planches se laissent surtout constamment envahir par les pensées, les rêves et les souvenirs des trois narrateurs qui ont bien souvent tendance à se compléter et se répondre.
C’est souvent superbe, fascinant et admirable, c’est aussi habilement construit grâce à une mise en scène et un découpage qui n’hésite jamais à piocher dans quelques codes antiques, que ce soit du côté des mosaïques, gravures ou des représentations théâtrales dont finalement Pour seul cortège pourrait être une grande extrapolation où les héros et les dieux dissimulent par leur aura et leurs mythes, les nombreux drames et les aspirations de ceux qui vivent dans leur ombre. Avec Alfred, le texte de Laurent Gaudé s’envole littéralement.



