THANKSGIVING

États-Unis – 2026
Genre : Comédie noire
Dessinateur : Mauricet
Scénariste : Mark Russell
Nombre de pages : 48
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 1 octobre 2026
LE PITCH
La plus connue des fêtes américaines où il est question de dine et de marrons, mais aussi l’occasion de réunions familiales. Un moment particulier dans la vie des Américains. Fait de retrouvailles, mais aussi de révélations sulfureuses, et de vérités pas toujours bonnes à dire.
Comment bien fourrer la dinde
Il y avait le slasher bourrin d’Eli Roth, il y aura aussi désormais la comédie noire de Mark Russell et Mauricet. Dans les deux cas, l’envie de détourner les joies d’une fête culturelle centrale de la culture américaine, mais aux origines douteuses, pour mieux en montrer les limites idéologiques et politiques. Une comédie noire qui aurait cependant pu faire beaucoup plus mal.
Auteur un peu à part dans le tout venant des comics, Mark Russell s’est fait une spécialité entre deux séries mainstream Marvel ou DC de délivrer quelques comédies plus cruelles et surtout des petites satires venant dénoncer la fameuse « chute de l’empire américain ». Dans la continuité de Not all Robots, Le Retour du messie ou Prez, il invite ici le lecteur à découvrir les petites coulisses intimes de la fête de Thanksgiving dans une famille moyenne américaine. Les préparatifs vont bon train, la dinde est bien cuite, les premiers verres ont déjà été bus et les têtes tournent un peu tandis que les langues de délient entre les plats. Et la table est bien dressée avec l’artiste français Mauricet qui continue tranquillement sa conquête du marché américain après Les Crossovers, GILT, Harley Quinn ou Porchery et propose une ligne claire faussement simple, plutôt expressive et juste. Sous couvert justement d’illustrations propres à la petite chronique douce, à la comédie légère, et de découpages épurés en quelques cases, il avance à visage couvert pour mieux jouer sur une apparente normalité bien trompeuse. C’est le retour des vieilles rengaines familiales, des mêmes reproches, des mêmes regrets et puis de cette petite tradition des confessions où chacun doit délivrer un acte quelque peu honteux afin de gagner la soirée. Et là c’est tonton, la star qui passe à la télé, qui fait une révélation qui pourrait bien plomber la soirée.
Une couille dans le potage
A la manière de Festen, en bien moins malsain, ou du Prénom, en bien plus méchant, Thanksgiving use de cet élément perturbateur, de cette remise en cause d’une certaine vitrine bien établie, pour étudier les réactions de chacun, les possibles remises en cause morales, et surtout opérer un parallèle évident avec les dérives idéologiques des Etats-Unis actuel. Presque conçu effectivement comme un huit clos resserré aux airs de pièce de théâtre dessinée Thankgsgiving ne fait pas vraiment de pitié à ses personnages, absents, racistes et relativement lâche qui ne voit plus le monde que par la petite lorgnette de leur propre existence, de leur unique point de vue. Il y a bien cette menace d’un serial killer saisonnier qui sévit dans la région et qui pourrait menacer le bon esprit des fêtes mais comme il a la bonne idée de ne s’en prendre presque qu’à des Mexicains cela n’est pas si grave. Certains dialogues font vraiment mouches, les protagonistes sont parfaitement odieux pour que la comédie fonctionne plutôt bien, mais jusqu’à une certaine limite. Composé comme un comic en one-shot avec une pagination courte, l’album est obligé de se concentrer sur les situations et n’a pas forcément la place d’apporter un peu de subtilité psychologique à tout cela, et encore moins à la charge frontale du propos. De la même façon le petit jeu de massacre tourne un peu court dans une poignée de dernières pages aux métaphores trop appuyés, là où le scénario aurait pu dériver vers des notions et des situations nettement plus ambiguës voir dérangeantes plus à même d’illustrer le propos général.
Le plat semble donc un peu trop bourratif pour dépasser la petite comédie un poil affreuse et porter tous les fruits d’une recette pourtant bien prometteuse.



