ARSÈNE LUPIN : LE BOUCHON DE CRISTAL

France – 2026
Genre : Aventure
Dessinateur : Alain Janolle
Scénariste : Jérôme Felix
Nombre de pages : 72
Éditeur : Grand Angle
Date de sortie : 7 octobre 2026
LE PITCH
Gilbert, jeune protégé d’Arsène Lupin, est accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Avant d’être emmené à la guillotine, il confie au gentleman cambrioleur un mystérieux bouchon de cristal. L’objet, d’apparence insignifiante, suscite pourtant bien des convoitises au sommet de l’État. Tandis que d’anciens secrets et une vengeance vieille de vingt ans refont surface, Lupin se lance dans une course contre la montre où scandale politique, trahisons et intrigues se mêlent. Chaque pas le rapproche de la vérité… et du salut de Gilbert.
« Oui, mais c’est un gentleman… »
C’est l’un de nos plus grands héros romanesque et populaire français et pourtant sa carrière moderne semble bien trop éteinte. Depuis quelques temps cependant Grand Angle s’efforce de redonner à Arsène Lupin une nouvelle accessibilité avec une série d’albums plus ou moins inspirés de Maurice Leblanc mais toujours très sympathiques.
On a donc eu le droit à un confrontation en deux tomes entre Lupin et son « homologue » britannique Sherlock Holmes, un petit détour vers la jeunesse du personnage, un mystère entourant la lignée des Cagliostro (oui comme chez Miyazaki) et une enquête tarabiscotée autour des écrits de Nostradamus… Mais d’une certaine façon la sortie de ce Bouchon de cristal résonne finalement comme un retour à un récit plus classique. Sans doute parce que celui-ci s’inscrit dans l’âge d’or du personnage et qu’il s’avère une adaptation nettement plus fidèle à l’une des nouvelles les plus plébiscités des amateurs. Lupin lui-même y est assez mis à mal puisque l’un de ses jeunes acolytes a été écroué lors d’un cambriolage et condamné à mort en grande partie pour atteindre le roi des voleurs. Sous pression, s’efforçant de trouver une solution avant que la lame de la guillotine ne tombe, Arsène y multiplie les échecs et peine à découvrir où pourrait se cacher une liste politique avec laquelle un député machiavélique fait chanter toute une partie de la classe politique et industrielle française. Une affaire qui prend qui plus est ses racines dans le passé de certaines des personnages avec une vengeance bien perverse à la clef.
« Son flair infaillible »
Si l’indice visuel bien plus présent en BD qu’en littérature va peut-être donner un peu trop facilement la clef de l’énigme à certains lecteurs, on ne peut que reconnaitre à Jérôme Felix une belle maitrise du récit, emballant la trame de Maurice Leblanc dans une énergie plus moderne, parfois proche d’un grand thriller à suspens de cinéma où les péripéties se multiplient de pages en pages, autant que les plans et effractions nocturnes d’un héros toujours prêt à se mettre en danger pour révéler la vérité et sauver son camarade. Son Lupin est aussi plus proche d’un héros de cinéma, moins roublard, séducteur et ambiguë que celui des romans, mais on y retrouve tout de même l’essence du personnage, et son élégance bien de chez nous. On reste dans une narration de BD assez classique, école franco-belge à l’ancienne, mais sans que cela ne sente le vieillot ou la facilité, plus une certaine continuation d’une tradition littéraire mais aussi bédéphile. Tout comme d’ailleurs les planches d’Alain Janolle déjà présent sur Arsène Lupin contre Sherlock Holmes et Le Dernier secret de Nostradamus, qui garde une touche semi-réaliste très portée sur la légèreté, les lignes franches et la lisibilité. Les décors parisiens sont impeccablement posés et les couleurs bien tranchées finissent de faire glisser l’esthétique générale vers une atmosphère de dessin-animé pas désagréable du tout.
Idéal pour faire découvrir les grandes aventures d’Arsène Lupin au jeune public, mais même les vieux connaisseurs pourront prendre du plaisir à redécouvrir cette grande aventure du personnage dans ce qui est, pour l’instant, le meilleur album de la série.



