CIMES SPECTRALES & DARK COLORS

山怪談 , 伊藤潤二自選傑作集 Dark Colors – Japon – 2014/2017, 2025
Genre : Horreur
Dessinateurs et scénaristes : Junji Ito, Akihito Yoshitomi, Daisuke Imai, Akemi Inokawa, Mimika Ito
Nombre de pages : 240 et 208 pages
Éditeur : Mangetsu
Date de sortie : 7 octobre 2026
LE PITCH
Cimes spectrales : Entre folklore, solitude des sommets et terreur surnaturelle, ces histoires explorent la montagne comme lieu mystique, où la frontière entre monde humain et royaume des esprits s’efface.
Dark Colors : Pour la première fois, les histoires les plus emblématiques du maître de l’horreur prennent vie en couleurs et sortent de la nuit. Entre ombres profondes, teintes oppressantes et visions cauchemardesques, Dark Colors offre une nouvelle lecture de l’imaginaire terrifiant de Junji Ito.
Les Montagnes hallucinées
Mangestu étoffe encore et toujours sa grande collection Junji Ito avec deux volumes cette fois-ci bien au format des mangas reliés dédiés à l’auteur. Des mangas oui, mais une anthologie collective et surnaturelle pour le premier et une compilation inédite entièrement en couleurs pour le second.
Largement mis en avant sur la couverture et forcément intégré à la fameuse collection, Cimes Spectrales ne contient en définitive qu’une vingtaine de pages signées par l’artiste en personne. Il faut dire qu’il n’est pas dans la mouture japonaise du volume la véritable star mise en avant puisqu’il s’agit d’adaptations de contes célèbres imaginés par Junpei Azumi, spécialiste des récits se déroulant dans les paysages évocateurs des montages et cimes qui occupent une grande part de la géographie du Japon. Pré-publiés initialement dans le magazine Honkowa cette mini collection de cinq chapitres offrait donc l’opportunité à quelques auteurs bien installés dans le manga d’épouvante d’aborder une histoire du romancier en toute liberté. Parmi ceux-ci Junji Ito est forcément celui qui en propose l’approche la plus graphique, la plus terrifiante et la plus mémorable, combinant deux petites rencontres fantomatiques, l’une avec des silhouettes venant écraser la toile de la tente en pleine nuit, l’autre dont la couverture se fait écho implique un étrange fantôme au rictus terrifiant, entre haine et sadisme, qui pousse les randonneurs à la chute. Le reste du volume est cependant loin d’être honteux et on découvrira derrière le trait un peu plus fragile de Mimika Ito (en interview croisée avec Junpei Azumi en fin de volume) deux apparitions cadavériques bien orchestrée avec une victime oubliée sur un télésiège qui se serait effondré quelques années plus tôt et un pauvre garçon mort quelques mètres avant d’atteindre le refuge enneigé, attendant patiemment sur un rocher. S’ils incluent de la même façon de pauvres victimes de la rudesse de ces paysages escarpés, les chapitres concoctés par Daisuke Imai (Sangsues), Akihito Yoshitomi (C’est une belle journée pour un labyrinthe) et Akemi Inokawa relèvent plus du conte kwaidan où les revenants veulent moins effrayer le protagoniste, et le lecteur, que se rappeler à leurs proches et donner quelques notes poétiques à la mort avec une certaine mélancolie.
L’Horreur en Technicolor
Dans son genre, Dark Colors est aussi une proposition qui bouscule un peu les habitudes des grands habitués de Junji Ito puisque comme son nom l’indique toutes ses pages sont en couleurs. Conçu comme un prolongement aux deux volumes compilations qu’étaient Les Chef d’œuvre de Juni Ito, mais ici les neuf histoires déjà bien connues des amateurs ont été pertinemment choisies en fonction de leur potentiel à être colorisées. Un travaille effectué en numérique, mais qui revêt joliment des textures et des effets assez délicats et naturels, sous la supervision de Ito en personne. Les puristes peuvent questionner la pertinence de l’expérience, mais les pages permettent tout de même de redécouvrir quelques chapitres aussi mémorables que Le Moût où le corps transformé en charpie de Tomie est transformé en un saké rouge sang et enivrant, La Fenêtre d’en face et sa voisine plus répugnante que jamais, Adorable minou dans lequel l’atroce chat carnivore de Soichi bouffe des créatures peu ragoutantes ou Petits contes hémorragiques de Shirosuna et son sol traversé de veines géantes et d’habitants cadavériques. Avec des touches de chair, des jeux d’éclairages et des noirs écrasants, le traitement donne effectivement de nouvelles saveurs aux ombres et aux contours noirs. Junji Ito s’est même fait plaisir en replaçant ici deux petites anecdotes plus personnelles avec sa chatte bien trop autoritaire. Mais le clou du volume reste certainement Le Marchand de glace, cauchemar déliquescent et malsain au possible dont les trois premières pages avaient été pré-publiées en couleurs, avec un superbe traitement signé Ito en personne. Elles sont pour la première fois visibles en recueil, dans ces mêmes teintes pastelles, vives, enfantines et déstabilisantes, et admirablement poursuivies par le travail du studio DNP Shuppan Products.
Deux nouveaux volumes à ranger dans la large collection Junji Ito de Mangetsu qui comme à chaque fois proposent de très belles éditions avec surjaquettes aux effets de brillances, introductions et postfaces analytiques maisons et illustrations bonus diverses.




