MACBETH

France – 2025
Genre : Tragédie
Dessinateur : Paul Brizzi, Gaëtan Brizzi
Scénariste : Paul Brizzi, Gaëtan Brizzi
Nombre de pages : 120 pages
Éditeur : Daniel Maghen Editions
Date de sortie : 8 octobre 2025
LE PITCH
Un seigneur écossais est convaincu par un trio de sorcières qu’il deviendra le prochain roi d’Écosse. Son ambitieuse épouse le soutient dans ses plans de prise du pouvoir.
« La vie n’est qu’une ombre qui marche »
Après avoir réincarnés les œuvres monumentales L’Enfer de Dante et le Don Quichotte de Cervantes, les frères Brizzi continuent de gravir les Everest littéraires en s’attaquant cette fois à l’infranchissable Macbeth de William Shakespeare. La tragédie extrême, totale, de l’effondrement du pouvoir désormais sculpté dans les feuilles de papier d’une très grande bande dessinée.
C’est sans doute la tragédie la plus sombre et la plus baroque de son auteur. Une réflexion puissante et hallucinée autour du pouvoir corrupteur, de l’ambition démesurée et de la poursuite d’un destin glorieux. Macbeth, seigneur pourtant apprécié de son roi, décide sous les insistances de son épouse d’assassiner Duncan 1er afin, comme l’aurait prédit quelques sorcières, de monter à son tour sur le trône. Mais le crime, dont les conséquences ne se satisferont pas d’une seule victime, laissent une marque indélébile dans l’esprit des époux peu à peu poursuivis par leur culpabilité et ce jusqu’à sombrer dans la folie, suicidaire et destructrice. Orson Welles en avait fait conte noir gothique et pesant, Roman Polanski un drame déliquescent et décadent (pour ne citer que les adaptations les plus réussies), Paul et Gaëtan Brizzi par leurs toiles blanches maculées de coups de crayons noirs et de fusains charbonneux, l’emportent vers une abstraction quasi mythologique. Sans doute parce que leur adaptation met fortement l’accent sur les deux grandes scènes ésotériques du récit, rencontres avec des sorcières / shamans que l’on n’est pas surpris ici de découvrir comme sorties des enfers dans des tableaux qui renvoient au Nibelungen de Fritz Lang, sans doute aussi car en limitant le texte, ils poussent le lecteur à explorer toutes les anfractuosités des toiles.
« Il y a des poignards dans les sourires »
Connus pour leur travail admirable du noir et blanc, renvoyant aux gravures de Gustave Doré et autres maitres de l’enluminure, les deux artistes se laissent aller cette fois-ci à quelques éléments en couleurs. Rien de très extravagant, mais simplement des contours, des stries ou des ombres qui se teintent d’un rouge entre rouille de fin de règne et sang obsédant, qui accompagnent les visions et multiples délires des époux Macbeth. En les privant bien souvent des mots et des sublimes dialogues du barde immortel, l’album souligne moins leur fièvre que leur désemparement face aux évènements qu’ils ont mis en branle, et surtout leur effondrement progressif mais total. La superbe illustration de couverture où Lady Macbeth ressemble à un fantôme échappée d’un film muet, renvoit à un jeu de planches qui la voient errer presque nue dans les couloirs du château poursuivie elle-même par les fantômes de son esprit. Les mains se crispent, les yeux se figent, les corps se décharnent, offerts en offrande à un règne qui ne durera qu’un temps si infime. Tout est absolument splendide dans ce Macbeth, que ce soient les scènes intimes entre les époux, les jeux de regard à la cour, la mise en scène du crime constamment revisité ou les grandes batailles médiévales qui le concluent, profitant généreusement des talents de narrateurs et d’illustrateur de ses créateurs… presque trop même parfois.
La finesse absolue du trait, la justesse des détails, la grandeur des décors, le choix des angles de vue, le sens du mouvement et la force des textures joueraient presque parfois à rebours d’un drame que l’on imaginerait bien volontiers plus sale et macabre. On le sait, il n’y a pas qu’un seul Macbeth et c’est là la force des œuvres immortelles.




