LE VILLAGE

France – 2025
Genre : Policier, Fantastique
Dessinateur : Kamil Kochanski
Scénaristes : Niko Tackian, Franck Thilliez
Nombre de pages : 160 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 12 novembre 2025
LE PITCH
La découverte de dizaines de cadavres dans une rivière marque le début d’un cauchemar. Les corps, vêtus de blouses d’hôpital, sont intacts mais leurs cerveaux ont mystérieusement fondu. Une enquêtrice est entraînée dans un tourbillon de secrets où science, ésotérisme et terreur se croisent. Mais ce qu’elle découvre dépasse de loin l’horreur conventionnelle. Quelque chose d’ancien et d’inexplicable se tapit dans l’ombre : un village, capable de faire disparaître des populations entières, qui apparaît et disparaît à travers les âges, laissant derrière lui un sillage de mort.
Entre les vieilles pierres
Deux spécialistes du thriller très très noir à la française, Franck Thilliez (Le Syndrome E, Sharko…) et Niko Tackian (La Menace, La Lisière…) s’associent pour un album qui déjoue toutes les pistes et sème le trouble. Tous les chemins mènent au Village, mais il est difficile d’en trouver la sortie…
Les deux auteurs et scénaristes savent que dans ce genre de récit, il faut frapper vite et fort. L’ouverture de l’album effectue parfaitement le travail avec cette vision grotesque de dizaines de cadavres pourrissants découverts dans le lit d’une rivière. L’enquête révélera très vite qu’il s’agit de personnes disparues une vingtaine d’années plus tôt et dont le cerveau a été, littéralement, liquéfié. Le point de départ d’une enquête particulièrement tortueuse qui démarre entre les mains de la police, lancés sur les traces d’un possible serial killer ou d’une secte apocalyptique, avant d’être reléguée dans les mains de l’une des cibles de ces crimes. Le récit joue constamment avec les appréhensions et les certitudes du lecteur, l’entrainant de révélations en révélations vers des règles de moins en moins clairs et un univers qui tressaille sous les coups d’un fantastique de plus en plus présent. Pas question ici de révéler les tours et détours du scénario, mais l’on peut tout de même y souligner une nette propension à abattre les frontières entre les genres pour aboutir à une réflexion beaucoup plus vaste sur la place de l’humanité sur cette bonne vieille planète. Et le fameux village dans tout cela ? Presque insaisissable, il oscille entre la légende urbaine, les mythes moyenâgeux plus anciens et le délire lovecraftien tendance métaphysique avant de dévoiler une nature plus prosaïque et finalement plus effrayante encore.
Le hameau maudit
La lecture est forcément accrocheuse et happe les lecteurs aventureux, même si ces quelques 150 pages ne semblent pas toujours suffire pour donner corps comme il se doit à toutes les idées mises en place, les changements de protagonistes et des flashbacks qui auraient pu être plus approfondis encore. Ambitieux certainement, et constamment sombre, lourd et inquiétant, tendance désespérée, alors que l’on observe une histoire humaine faite de tragédies et d’injustices (le passage sur la chasse aux sorcières est particulièrement marquant), annonçant un choix dramatique qui se borne à la peste ou au cholera. Le Village est d’autant plus efficace qu’il écarte la démonstration pour se reposer essentiellement sur une tension constante et une suggestion jamais très loin de l’horreur macabre. Un ton et une identité creusé avec épaisseur par l’illustrateur anglais Kamil Kochanski qui avait déjà solidement développé le troisième tome de la série Survival de Christophe Bec. Ses contours lourds, ses visages creusés, fatigués et marqués et ses décors comme privés de lumières vives et naturelles, travaillent une atmosphère bleutée et grisâtre où les quelques apparitions de violence et de macchabés font moins dans le sensationnalisme que dans la froideur clinique.
Une proposition originale et inédite, au carrefour de multiples styles et histoires qui a forcément le défaut de ses qualités en semblant se disperser à chaque chapitre, s’imbriquant parfois en forçant un peu sur les bords, mais qui marque autant par sa conclusion que par sa tonalité ténébreuse.



