JEKYLL & HYDE : LE DOCTEUR ET L’ASSASSIN

Jekyll e Hyde : Il bianco e il nero – Italie – 2024
Genre : Epouvante, Fantastique
Dessinateur : Corrado Roi
Scénariste : Marco Cannavo
Nombre de pages : 112
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 20 août 2025
LE PITCH
À Londres, le docteur Jekyll, un philanthrope obsédé par l’idée de cohabitation en un même être de plusieurs personnalités, met au point une potion pour séparer son bon côté de son côté sombre. Mais c’est ce dernier qui bientôt prendra le dessus pour le transformer en monstrueux Mister Hyde…
Puissance 4
Poursuivant le sillon exploré dans leurs relectures très libres de Dracula et Frankenstein, Marco Cannavo et Corrado Roi s’attaquent désormais au classique de Robert Louis Stevenson : L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Une fois encore la variation appuie volontiers sur le sanglant et l’étrangeté scabreuse.
Ces albums gothiques signés Corrado Roi (Druuna Au Commencement, Dylan Dog…) frappent naturellement en premier lieu par leur élégance de façade. Des planches dans un noir et blanc vaporeux, dégradés au fusain, qui mettent en avant la ligne fine et précise de l’école italienne, frôlant le réalisme poussé pour mieux dévier vers le gothique angoissant et les lourdes atmosphères victoriennes. Derrière cette prestance parfois même un peu figée se cache cependant une authentique fascination pour un sentiment d’horreur beaucoup plus cru et malsain. Roi n’hésite jamais à mettre en évidence la bestialité et la folie de ses personnages, la violence de leur exaction et l’œil vide et froid des cadavres, souvent mutilés, qu’ils laissent derrière eux. Un artiste classique mais talentueux que l’on s’étonne de ne pas avoir encore croisé du coté de Poe et de Lovecraft tant c’est effectivement l’art de la suggestion qui lui sied le mieux. Les plus belles planches de ce Jekyll & Hyde sont là, lorsque les deux entités jumelles se disputent face à un miroir, lorsque Jekyll tente de résister à une superbe photographe aux secrets aussi ténébreux que les siens où lorsque les contours d’une simple ruelle laissent échapper une silhouette des plus reconnaissables.
Un quartier malfamé
Des pages envoutantes au service d’un récit qui capture de manière assez intéressante l’immuable affrontement entre le bien et le mal, l’ordre et le chaos, le refoulé et le libéré, qui fait la force du roman initial et de nombreuses de ses adaptations. Marco Cannavo fait même preuve d’une certaine pertinence lorsqu’il ouvre l’album par un prologue venant éclairer de manière inédite l’enfance de Jekyll et offrir des « origines » plutôt crédibles à son mal être et à l’avènement de sa double personnalité. De quoi nourrir le récit, lui offrir un aspect psychologique plus trouble qu’à l’accoutumée, mais qui n’est pas le seul apport à l’histoire que se permet le scénariste. Si la protagoniste féminine, à la fois séductrice et mortelle, fascinante et repoussante, donne une bonne résonance au personnage masculin, le rapprochement supplémentaire avec les véritables meurtres de Jack L’éventreur tente d’ajouter à l’ensemble quelques ingrédients de récit policier un peu brouillon. Comme pour le précédent Dracula, à force de vouloir apposer sa patte sur le mythe archi-connu, Marco Cannavo accumule les fioritures et les détails pas toujours des plus utiles (la trame secondaire avec le prêtre et le majordome ennuie plus qu’autre chose…) et perd en cours de route la cohésion de l’histoire qui semble s’évader vers quelques ramifications mystérieuses comme si ce dernier préparait, avec autant de finesses et de naturels que les essais Universal des années 2000, la création d’un univers partagé « Classics Monsters ».
Les illustrations de Corrado Roi sauvent une nouvelle fois l’entreprise dans cette nouvelle collaboration avec le camarade Marco Cannavo. Là où l’un maitrise la retenue l’autre se précipite dans la démonstration faussement flamboyante. Un peu dommage.



