GREEN ARROW : THE LONGBOW HUNTERS

Green Arrow: Longbow Hunters #1-3 + Detective Comics #549-550 + Adventure Comics #418-419 – Etats-Unis – 1972 / 1985 / 1987
Genre : Super-héros
Scénaristes : Mike Grell, Alan Moore, Dennis O’neil
Illustrateurs : Mike Grell, Klaus Janson, Alex Toth
Nombre de pages : 192
Editeur : Urban Comics
Date de Sortie : 12 juin 2020
LE PITCH
Revenu à Seattle, le tandem d’Oliver Queen et Dinah Lance, plus connus sous les pseudonymes de Green Arrow et Black Canary, partagent leur temps entre leurs aventures nocturnes et la boutique de fleuriste de Dinah. Mais une enquête particulièrement violente concernant un trafic de drogue va sévèrement ébranler leur relation, d’autant qu’une nouvelle et mystérieuse mercenaire débarque en ville et va faire chavirer l’archer d’émeraude. Son nom ? Shado.
Dans la ligne de mire
Au milieu des grands crossovers, crises diverses et longs runs historiques, l’histoire de DC a tout autant, voir plus même, été marquée par quelques mini-sagas moins spectaculaires, mais dont l’impact se ressent encore aujourd’hui. Totalement inédit en France, les trois chapitres de The Longbow Hunters ont en l’occurrence redéfini l’archer Green Arrow et largement inspiré sa récente série TV.
Il y a tout de même de grands manques qui persistent dans la traduction du catalogue DC Comics en France, des pans entiers de personnages peut-être moins célèbres que Batman et Superman, mais néanmoins incontournables dans le paysage de l’éditeur américain. Affublé d’un costume de robin des bois vert pétant jusqu’à une barbichette pointue, Green Arrow a clairement souffert de son apparence vieillotte et gentiment datée… en particulier dans sa longue période bondissante où Oliver Queen se passionnait pour les flèches à gadget digne d’un cartoon. Une vision un peu naïve déjà largement bousculée par la série Green Lantern / Green Arrow de Dennis O’Neill et Neil Adams, faisant du personnage un super-héros terrien et politiquement engagé, voir activiste. Un angle que va reprendre et creuser plus encore l’artiste complet et indépendant Mike Grell (Jon Sable, The Warlord, Superboy) qui se voit confier le titre en 1987 dans la foulée d’un certain Batman Year One de Frank Miller. Dans la même mouvance, proposé dans un format luxe et avec une grande liberté éditoriale, The Longbow Hunters ne réécrit pas totalement les origines du personnage mais opère une drastique mise à jour. Il revisite par flash-back et avec une ironie cruelle la naissance du super-héros, mais essentiellement pour montrer le chemin parcouru entre cet âge d’or lointain et la cruauté du monde actuel.
Boys in the Hood
On retrouve ainsi Oliver Queen sans un sou (lui qui était milliardaire comme son copain Bruce Wayne), la quarantaine passée, espérant passer à une vie de famille sérieuse avec son amie Dinah (alias Black Canary) qui est loin d’être prête, tout cela dans la ville réelle de Seattle. Green Arrow entre de plein pied dans l’Amérique contemporaine et ne combattra plus les petits super-vilains d’autrefois mais bien la criminalité réelle : moins les truands à la petite semaine que les consortiums industriels, les réseaux de trafiquants de drogues, les services secrets finançant les dictatures en Amériques du sud… Un monde de pourris que Queen observe, capuche (hood) sur le nez, comme le chasseur qu’il est redevenu. Un passage définitif à l’âge adulte que Grell illustre, tout en peinture directe, comme un croisement entre le thriller urbain aux reflets crasseux digne des vigilantes des 70’s et exacerbation stylistique des programmes TV de Michael Mann (Miami Vice, Les Incorruptibles de Chicago…). Seulement trois chapitres mais extrêmement denses où se croisent viscéralement les méfaits d’un serial killer qui massacre les prostituées, une enquête sur les victimes d’une nouvelle drogue et la vengeance d’une étrange archère venue du Japon (la désormais célèbre, Shado) avec comme point d’orgue une séquence de torture particulièrement osée sur la pauvre Dinah qui va profondément traumatiser Black Canary et son partenaire Green Arrow. En tant que « super-héros » glissant vers les justiciers. En tant que couples comme le montrera la longue série que scénarisera par la suite Mike Grell.
Jalon incontournable pour qui aime le personnage de Green Arrow et certainement l’un des classiques du genre de cette décennie toute en inventivité, The Longbow Hunters est accompagné dans son édition française de deux petits bonus loin d’être anecdotiques. Un court récit sur le personnage imaginé par Alan Moore et Klaus Janson en 1985 et un autre dédié à une Black Canary face à quelques demoiselles coriaces, conté par Denis O’Neill et Alex Toth (les planches sont sublimes) en 1972. Quelques pages en compagnie de quatre talents de cette envergure, cela ne refuse pas.



