BATMAN UNIVERSE

Batman Universe #1-6 ; « Citizen Wayne » (Batman Chronicles #21) ; « I Know » (Detective Comics #1000) – Etats-Unis – 2019/2020
Genre : Super-héros
Scénariste : Brian Michael Bendis
Illustrateur : Nick Derington
Nombre de pages : 192
Éditeur : Urban Comics
Date de Sortie : 26 juin 2020
LE PITCH
En tentant d’empêcher le vol d’un œuf de grande valeur par le Sphinx, Batman ne va pas tarder à embarquer dans une aventure qui va l’emmener à travers l’espace et le temps. En effet, l’œuf en question possède des pouvoirs surnaturels et le commanditaire du Sphinx, Vandal Savage, tient absolument à le récupérer. Le Chevalier Noir devra faire appel à de nombreux alliés dont Green Lantern et le chasseur de primes du Far-West Jonah Hex !
Batou & Friends
Nouvelle porte d’entrée dans l’univers complexe, sombre et chargé de ce pauvre Batman, Batman Universe se veut un spectacle grand public, léger et accessible. Mais avec Brian M. Bendis et Nick Derington aux commandes le divertissement est rapidement teinté d’un second degré et d’un grain de folie qui séduisent.
Les origines de la minisérie Batman Universe ne sont pas vraiment glorieuses, puisqu’il s’agissait pour DC d’aller ouvertement draguer la clientèle populo des grandes chaines Wallmart aux USA. Proposées sous la forme de recueils mélangeant épisodes classiques, séries plus anciennes et chapitres inédits, les publications avaient pour vocation d’attirer le chaland, de le faire mordre à l’hameçon et peut-être dans la foulée d’en faire un nouveau client des comics « classiques ». Une opération commerciale comme on en a tant vu au cours des décennies, mais ici traitée avec soin comme le montre déjà les deux noms attachés à Batman Universe. Deux auteurs et artistes solides, reconnus et appréciés par les lecteurs, deux signatures incontournables du DC d’aujourd’hui qui auraient pu se contenter de servir la soupe, voir même de nous rejouer le pénultième retour sur les origines de la chauve-souris. Il n’en est rien, et Bendis, qui s’amuse comme un petit fou depuis son départ de Marvel, prend plaisir à déjouer les attentes en dépassant rapidement son amorce volontairement classique (une nouvelle énigme du Sphinx et un œuf de Fabergé dérobé) pour embarquer le vigilante de Gotham dans des péripéties assez hallucinées qui vont l’amener à voyager dans le temps et l’espace.
MacGuffin
Un artefact un alien qui sert presque d’excuse à l’auteur pour faire collaborer le temps de quelques pages seulement parfois, d’autres figures connues comme Green Arrow, Green Lantern, le cowboy de l’étrange Jonah Hex, Cybord ou Nightwing, ou le faire voyager de Gorilla City à la planète des thanagariens (peuple de Hawkman) avant de le faire atterrir en plein ouest sauvage face à l’immortel Vandal Savage. Sans compter sur un assaut terminal du Green Lantern Corp. L’influence ici de la fameuse anthologie The Brave and the Bold jouant les entremetteuses est évidente et totalement assumée, jusque dans les dialogues ironiques et pleins d’entrain qu’échangent nos super-héros préférés. On n’est jamais très loin de la comédie, voir de la parodie comme pouvait le faire le dessin animé L’Alliance des héros (sous évalué pour sûr), mais avec une manière assez brillante d’apporter constamment une émotion sur ces personnages, de les rendre plus proches et plus humains. En particulier dans cette relation quasi-filiale qui lie Bruce Wayne et Alfred, invisible mais constamment relié à son protégé par une oreillette. Mieux, sous ces dehors d’aventure exotique bourrée d’action et de second degré, Batman Universe fait preuve d’une sacrée précision dans sa construction, accumulant pour mieux réorganiser le récit dans la seconde moitié vers un portait coloré, mais très juste, du Batman. Croisé récemment sur le délirant Doom Patrol de Gerard Way, Nick Derington était clairement l’illustrateur idéal pour donner corp à cette approche dynamique et vive, brossant avec talent les caractéristiques incontournables des célébrités invités, tout en leur offrant une ligne plus douce, presque européenne, doublée d’effets de découpages et de castagnes séquentielles tout à fait réjouissantes.
Bonne surprise, la mini-série est accompagnée pour son édition française par deux très courts récits (dont un détournement de Citizen Kane) plus anciens et plus sombres du même Bendis.




