BÊTES DE SOMME T.2 : SURVEILLANCE DE VOISINAGE

Beasts of Burden: Neighborhood Watch, Beasts of Burden:The Presence of Others #1&2 -Etats-Unis – 2010 / 2019
Genre : Fantastique
Scénaristes : Evan Dorkin, Sarah Dyer, Mike Mignola
Illustrateurs : Jill Thompson, Benjamin Dewey
Nombre de pages : 182
Éditeur : Delcourt
Date de Sortie : 01 juillet 2020
LE PITCH
Les chiens et chats de Burden Hill protègent leur communauté contre les dommages causés par les menaces surnaturelles qui rôdent, que cela soit un démon décidé à se venger, un tueur invisible ou… un troupeau de moutons égarés. Alors qu’un mal croissant cherche à submerger la ville, les animaux trouvent un allié aussi inattendu qu’improbable en la personne de Hellboy !
52 ans plus tard
Huit ans (en années humaines) après la publication d’un premier tome remarqué, la petite bande à poil et à puce de Bêtes de somme revient enfin chez Delcourt pour un second volume tout aussi riche en fantômes, sorcellerie, démons et humour félin. Mais en coulisse il semblerait que la laisse va bientôt changer de main.
Imaginé comme une petite nouvelle en forme de one-shot pour l’anthologie The Dark Horse Book of Hauntings, Bêtes de somme a rapidement rencontré une énorme reconnaissance. Aussi bien du coté des lecteurs que de la profession qui en sélectionna les épisodes pour de multiples prix régulièrement gagnés (Meilleurs illustrations au Eisner Awards en 2004, Meilleur histoire courte au Eisner Awards en 2005…). Cela aurait pu entraîner une production plus régulière, plus imposante, mais la co-créatrice Jill Thompson, illustratrice déjà très occupée et demandée, a un emploi du temps chargé et le scénariste Evan Dorkin ne cache pas qu’il est constamment dans l’attente d’un moment de calme dans son planning pour lui confier le nouvel épisode de sa série. D’où un espacement évident aux USA dans les apparitions de Sans-famille, Begueule, Cador, Carl et les autres au cours des années suivantes, et l’arrivée de ce second volume une poignée d’année plus tard en France. Une attente qui rend peut-être ce Surveillance de quartier plus précieux encore et qui donne à l’album cette petite saveur appréciable des retrouvailles avec de bons amis trop longtemps perdus de vue. La petite troupe à quatre pattes est toujours aussi investie dans la protection de Burden Hill, et partage son temps entre petites chamailleries, plaintes de leurs humains domestiques et l’affrontement des forces obscures : sorcière, gobelins, basilics, moutons fantômes, démons & co. Avec en prime ici, un épisode inaugural où l’équipe se fait épauler par le célèbre Hellboy !
Cubitus
Et la magie opère naturellement tant le changement de perspective (on est quand même plus prêt du sol) et le caractère terriblement attachant de ces héros d’un autre genre, donne à ces petits détours du coté de l’American Gothic une aura assez unique. Une douce poésie funèbre aussi bien portée par le naturalisme peint de Jill Thompson que la simplicité et l’émotion de l’écriture d’Evan Dorkin. Ce dernier profite d’ailleurs de ces petites péripéties souvent très courtes pour creuser par touches légères la mythologie qui sous-tend Bête de somme. Celle de la Ligue des sages bergers, autrefois alliée aux humains, dont la mission est de préserver l’équilibre du monde entre les forces naturelles et surnaturelles. Celle d’une armée de rats et de corbeaux qui répondent une voix désincarnée et qui préparent une reconquête du royaume animal. Celle aussi des relations de plus en plus chaleureuses qui se lient dans le groupe, où s’intègre désormais Dymphna, la chatte noire repentie (un peu) sorcière et ancienne ennemie de premier ordre. Et le présent tome de s’achever alors sur le récent récit en deux chapitres, La Présence des autres, venant clairement relancer les enjeux de la série et situer nettement la menace qui pèse sur nos héros tout en introduisant une famille d’enquêteurs du surnaturel tout à fait humaine. Un rebond où s’aperçoit aussi ce qui s’apparente clairement à une passation de pouvoir entre Jill Thompson et le non moins doué Benjamin Dewey (The Autumnlands), peut-être un peu moins atypique dans son trait mais pratiquant lui aussi la colorisation directe. Déjà responsable de la mini-série / spin-off Wise Dogs and Eldricht Men (encore inédite chez nous), il reprend le flambeau sur le second chapitre annonçant peut-être un avenir plus riche encore pour la série. Dans tous les cas on reste dans le voisinage au cas où.




