ALVA ODYSSÉE

Scandinavie – 2025
Genre : Aventure, Fantastique
Dessinateur : Daniel Hansen
Scénariste : Aksel Studsgarth
Nombre de pages : 320 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 2 juillet 2025
LE PITCH
On retrouve nos deux fugitifs, Alva et Mini, qui ont quitté la Scandinavie pour trouver refuge dans une petite maison perdue quelque part dans le désert du Moyen-Orient avec un âne nommé Hafir. Mais cette tranquillité relative est vite rompue. Leur voisin est brutalement assassiné et un puissant artefact, La Fleur de Lazare, est volé par une milliardaire toute vêtue de fourrure et complètement zarbi : Madame Zobel. Alva et Mini n’ont d’autre choix que de remonter sa piste jusqu’au Danemark pour l’empêcher d’assouvir sa terrible vengeance.
D’une nuit à l’autre
Belle surprise en provenance de Scandinavie, Alva dans la nuit avait fait le bonheur des amoureux de contes noirs et modernes en modernisant les légendes locales et en les pliant à la forme du thriller endiablé. Deux ans après, sa suite directe, entraine l’héroïne et son comparse Mini, vers le Moyen-Orient… mais c’est pour mieux revenir.
Pas si loin de la revivification des mythologie ancienne façon Mignola et son Hellboy, Alva dans la nuit avait ainsi permis de découvrir autant une nouvelle héroïne au caractère bien marqué (pour ne pas dire asociale), d’entamer une défloraison de sa nature et de ses origines, que d’aborder des créatures magiques, inquiétantes et dangereuses, avec une modernité enthousiasmante. Quelques temps après le final dramatique, ce second tome propose donc de retrouver la demoiselle à l’autre bout du monde, cachée au milieu d’un vaste désert – mais dans un abri ultra-climatisé – espérant tout simplement pouvoir profiter du junkfood importé et des programmes en streaming. Le calme ne peut jamais durer bien longtemps, puisque son sympathique voisin, éleveur d’abeilles et sorcier, se fait assassiner par des mercenaires engagés par une milliardaire plus psychopathe qu’excentrique, pour récupérer un artefact magique, la fleur de Lazare, capable de redonner la vie aux morts. Et comme Mini, à qui l’on prêtait déjà des pouvoirs d’immortalité, devient le nouveau véhicule des pouvoirs du djinn et que leur âne portant la marque du malin montre la voie… Il faut reprendre la route jusqu’au Danemark.
Choc thermique
Un voyage qui ne sera pas de tous repos entre les bombardements aériens, les truands qui bloquent la route avec leur tank, les trafiquants de migrants qui menacent de débarquer tout le monde au moindre bruit et une armée de morts-vivants aquatiques qui assaille un paquebot en perdition. Un épisode parmi d’autre dans cette odyssée qui n’a pas volé son nom, succession de dangers divers et variés, ensorcelés ou pas, sur terre ou en mer, pour mieux s’achever comme il se doit dans un Ikea flambant neuf construit sur un cimetière indie… de visions. Neuf mais pas pour longtemps donc. Aksel Studsgarth marie une nouvelle fois avec talent les grands élans du récit d’aventure avec l’atmosphère sombre du thriller d’action, sans jamais oublier une bonne dose d’humour et beaucoup de fantastique, pour aboutir à un pavé de plus de 300 pages qui se déguste d’une traite. On apprécie aussi d’y desceller sous les ressorts du feuilleton picaresque quelques réflexions jamais gratuites sur le monde qui nous entoure, des injustices sociales omniprésentes, des conditions de vie de certaines populations ou consumérisme malade des nations occidentales, misent ici en exergue par un artéfact magique et quelques diableries altermondialistes. Toujours à bord naturellement, le dessinateur Daniel Hansen creuse encore plus son approche noir et blanc charbonneuse, mettant en avant les formes, le mouvements et les atmosphères plus que les lignes trop définies, signant des planches qui réussissent malgré leurs profusions d’aplats de noirs et de gris et de contours esquissés, à rester parfaitement lisibles et entrainantes. Un travail impressionnant et spectaculaire même lors de quelques morceaux de bravoures que n’auraient pas reniés un blockbuster américain bien inspiré.
Avec un tel étalage de qualités et une fin ouverte qui annonce d’ores et déjà un troisième tome en forme de conclusion, Alva Odyssée concrétise le talent et l’univers de ses deux auteurs et donne l’envie d’aller jeter un œil plus sérieusement ce qui se passe rayon BD dans ces pays du froid.



