ALASTOR DE SOMBREGARDE T.1 : L’INFÂME GENTILHOMME

France – 2026
Genre : Fantasy
Dessinateur : Aurélien Morinière
Scénariste : Dobbs
Nombre de pages : 88
Éditeur : Oxymore
Date de sortie : 21 janvier 2026
LE PITCH
Alastor n’est pas un héros. Chevalier de la Mort cynique et amoureux désabusé, il traverse un monde où le Bien et le Mal se confondent en absurdités sanglantes. Tout cela pour rejoindre sa bien-aimée : une sorcière insaisissable, aussi fatale que fascinante. À ses côtés chemine un maître-gobelin philosophe et roublard, expert en poisons et en sarcasmes, membre comme lui de la tristement célèbre Sombre Garde. Son seul horizon : la Forteresse Noire.
La Geste du Nécromancien
Les histoires, même celles de Fantasy, sont toujours contées par le point de vue du camp des vainqueurs, celui auto-proclamé du bien. Dans Alastor de Sombregarde, il s’agit cependant de la quête sombre et macabre d’un chevalier noir, héros ressuscité traversant les mornes plaines en direction de son destin… tout en taillant le bout de gras avec un gobelin adepte de la sorcellerie.
La grande bataille s’est achevée, et les forces du bien, du moins celle des hommes réunis derrière une bannière blanche de croisés, ont fini par anéantir les armées maléfiques. Mais l’album commence par une résurrection. Celle d’Alastor, force noir, chevalier déchu et nécromant à ses heures aidés par Guulghar, Maitre Gobelin toujours accompagné de son sceptre où repose la tête de son frère, sorcier lui aussi toujours en fonction. Un drôle de duo qui reprend la route, découvre finalement le monde d’après aidant ici une vouivre à nourrir ses rejetons rachitiques depuis que les lavandières polluent les eaux, participe joyeusement (enfin autant que faire se peut) à un mariage campagnard, libère un fort annexé par quelques clercs trop zélés, échappe de peu à un esprit de la forêt colérique et fait évader une collègue orc as de la forgerie. L’album s’écoule tranquillement au grès de ses chapitres, construits comme des épisodes, des étapes, montrant que les apparences sont souvent trompeuses et qu’une âme aussi noire que celle du héros, maussade, taciturne mais certainement pas dénuée d’ironie, peut aussi venir en aide à son prochain et se faire quelques précieux alliés en cours de route.
La bave de la colombe n’atteint pas le sombre crapaud
Le monde de Fantasy d’Alastor de Sombregarde n’est certainement pas un décor manichéen, mais bien un large dégradé de gris, d’alignements fluctuants, de moralités toutes personnelles où la fascination pour la mort n’est pas forcément une mauvaise chose. Dans ces pages se dessine surtout l’idée d’une troupe d’individualité face à une armée d’illuminée, d’une église totalitaire qui semble toujours en décalage avec les créatures fantastiques, la sauvagerie et la liberté qui les entoure. Alastor est donc bel et bien un authentique héros, figure mystérieuse, épéiste hors pair, poète à ses heures, lancé dans une aventure picaresque dont on ne perçoit pas totalement pour l’instant la finalité, mais dont le voyage ne manque certainement pas de sel, de surprises et d’humour. Le scénariste Dobbs (Sa majesté des ours, Aléa Drumman, Loki…) propose là une excellente alternative aux grands classiques de la Fantasy et installe des personnages décalés, inquiétants mais étonnements sympathiques, que s’empresse de mettre en valeur l’artiste Aurélien Morinière. Aux commandes sur L’Enfant démon, la série Visages ou Le Choix du Roi, l’illustrateur préserve ses contours un peu secs, la fébrilité de son trait et un réalisme poussé dans les détails, pour mieux donner corps à ce théâtre médiéval très loin du conte de fée. Le choix ample et épique des compositions, les couleurs souvent sombres voir lugubres, la bestialité des créatures qui jalonnent le chemin… tout concours à dépeindre un album d’un sérieux total… et pourtant.
C’est sans doute aussi ce contraste entre l’ambiance affichée et finalement l’étrange bonne humeur qui habite les pages de ce premier tome du diptyque qui fait une bonne part du charme de ceAlastor de SombreGarde.




