CONAN : LE CULTE DE LA LUNE D’OBSIDIENNE

Conan : Cult of the Obsidian Moon – Etats-Unis – 2024
Genre : Fantasy
Auteur : James Lovegrove
Nombre de pages : 330
Éditeur : Bragelonne
Date de sortie : 11 février 2026
LE PITCH
Après la mort tragique de Bêlit, capitaine de la Tigresse dont il partageait la vie et les aventures, Conan le Cimmérien a perdu de sa superbe. Dans la cité shémite d’Eruk, désœuvré et sans le sou, il se laisse entraîner par Drusus, un Némédien, dans un cambriolage qui tourne à la catastrophe. Son complice agonisant, le Cimmérien quitte à la hâte les lieux et, pour se remettre du désastre, trouve refuge dans une taverne mal famée. C’est alors qu’il rencontre Gudrun et Hunwulf, un couple d’Ӕsirs, des Nordiques comme lui, avec qui il se lie aussitôt d’amitié. Les deux époux et leur jeune fils étant traqués depuis dix ans par des tueurs impitoyables – une sanglante vengeance de tribu –, le Cimmérien va devoir reprendre les armes… une bénédiction pour lui !
Conan le champion
Alors que le projet King Conan refait encore surface, le cimmérien n’a en effet rarement été aussi présent dans la pop culture. Du coté des comics naturellement, mais aussi du coté de la littérature avec une nouvelle poignée de romans inédits édités par Titan Books. Bonne nouvelle, Bragelonne (qui édite aussi l’intégrale historique) nous propose la traduction du premier volume : Le Culte de la lune d’obsidienne.
Proposer ainsi de nouveaux romans consacrés à l’univers de Conan pourrait sembler sacrilège, ce n’est cependant pas la première fois que de nouveaux livres sous licence officielle sont proposés depuis la disparition de son créateur Robert E. Howard. De 1982 à 2004, une très productive série de bouquins fut édité aux USA par Tor avec dans l’idée de proposer une version nettement plus fun et décomplexée du personnage. Une relecture entre les comics et le flashy Conan Le Destructeur qui proposait certes des aventures plutôt sympathiques mais forcément de plus en plus éloignées du modèle massif, taiseux et philosophique du canon d’origine. Censé s’inscrire au sein d’un plus vaste programme éditorial anglo-saxon intitulé The Battle of the Black Stone incluant quelques comics inédits, Le Culte de la lune d’obsidienne partage quelques caractéristiques de ces anciens pastiches en s’efforçant de moderniser quelque-peu son personnage principal, autant dans la langue, moins rugueuse, que dans son comportement, plus souple et presque plus tendre parfois. Même si le récit s’inscrit directement dans la suite du mythique La Reine de la côte noire, montrant dans un premier temps un Conan pleurant (intérieurement) la disparition de son amante Belit, la tentation du spectacle grand public est bel et bien là avec cette amitié naissante envers un gamin d’origine Aesir (sorte de viking local) et un sauvetage qui inclura in fine de nombreux enfants kidnappés.
Toujours pas sur son trône
Le regard fort et ironique du guerrier sur le monde qui l’entoure et l’effondrement des civilisations n’existe plus que par quelques vagues allusions, l’auteur James Lovegrove préférant clairement s’engouffrer dans une énergie plus pulp, façon Marvel, avec un accent plus prononcé Fantasy (la constitution de la petite troupe de héros) que purement Sword & Sorcery. Cela ne l’empêche pas cependant de renouer avec ses petites marottes personnelles, s’amusant après sa série des Sherlock Holmes Les Dossiers Cthulhu, à installer en antagoniste un peuple de monstres mutants et une lumière cosmique que n’auraient pas renié H.P. Lovecraft. A ce titre, la dernière grande partie du roman, s’engouffrant dans des terres maudites en putréfaction habité de créatures voraces et délirantes et la découverte des ruines de cet ancien peuple devenu des sauriens ailés, propose certainement les meilleurs passages du livre. On peut en effet regretter que l’action proprement dîtes mettent un peu trop de temps à démarrer, se perdant dans quelques épisodes truculents mais sans véritables suites dans une citée mal famées typique du quotidien de Conan, et que certains éléments ésotériques (les différents pouvoirs évoqués, les prémonitions de Hunwulf…) ne soient en définitive que des gimmicks un peu accessoires. N’est pas Robert E. Howard qui veut, mais si on prend Le Culte de la Lune d’obsidienne pour ce qu’il est, soit un chapitre plus léger et récréatif, un épisode dépaysant plus qu’une fresque sombre et intense, on y prend effectivement un certain plaisir.
Le combat contre le félin géant, les bagarres de tavernes, la visites des geôles, les affrontements contre le monstre titanesque façon Godzilla et l’atmosphère entre bis italiens et féerie à la Ray Harryhausen, fonctionnent plutôt bien. Conan peut survivre à tout… même à quelques petites trahisons en prose comme celle-ci.

