ZOULOU

Zulu – Royaume-Uni – 1964
Support : Bluray
Genre : Aventure
Réalisateur : Cy Enfield
Acteurs : Michael Caine, Stanley Baker, Jack Hawkins, Ulla Jacobsson, James Booth, Patrick Magee, Nigel Green…
Musique : John Barry
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais LPCM 2.0, Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 138 minutes
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 3 juin 2026
LE PITCH
Afrique du Sud, 1879. Au lendemain d’une cinglante défaite anglaise, un régiment britannique soutient un siège de deux jours face à une armée de 4000 guerriers zoulous.
Assaut !
Modèle absolu du film d’aventure épique, souvent cité comme référence par des cinéastes de la trempe de Peter Jackson (revoir la bataille du Gouffre de Helm…), Zoulou est aussi une œuvre engagée et puissante. Le premier grand rôle de Michael Caine au cinéma et sans aucun doute le meilleur film de son réalisateur Cy Enfield.
Un cinéaste américain au parcours assez particulier puisqu’après un début de carrière encourageant dans son pays d’origine avec des films comme The Underworld Story et Fureur sur la ville à l’orientation politique tout à fait transparente, il est blacklisté à Hollywood par la Commission des activités anti-américaines et obligé de s’exiler en Angleterre pour poursuivre sa carrière. Le film d’action Train d’enfer et le grand film d’aventure L’île mystérieuse avec les animations de Ray Harryhausen, l’installent comme un artisan des plus solides. Mais avec son camarade acteur Stanley Baker, il espère retrouver une indépendance totale et fonde ainsi la Diamond Films dont Zoulou sera le premier projet. Un film conçu comme un porte-étendard puisqu’il s’identifie comme une œuvre à grand spectacle en contant la résistance de quelques soldats britanniques (dont de nombreux malades et blessées) face à une armée zoulou de près de 4000 guerriers à la manière d’un western luxueux. Si dans la structure dramatique et les ambitions épiques le métrage est effectivement très marqué par l’ambitieux Alamo de John Wayne, il porte aussi la fibre humaniste et la conscience politique de ses deux instigateurs. Tourné dans une Afrique du Sud alors en pleine Apartheid, Zoulou n’a rien du simple véhicule patriotique et décrit les soldats anglais comme un groupe extrêmement éclectique dont la plupart des membres auraient préférés être ailleurs, tandis que la tribu belliqueuse n’a pas l’image de simples sauvages massacrant tout sur leur passage. Cy Enfield les décrit comme des guerriers valeureux, un peuple habité par sa propre culture (superbe ouverture sur la cérémonie dansée du mariage collectif) et capable de tactiques élaborées. En accentuant le rouge des tenues militaires de l’empire envahisseur, le film visualise même l’idée d’une population blanche en forme d’anomalie dans ces superbes paysages constamment célébrés par le format scope.
Le dernier combat
Un message qui sera mis en pratique d’ailleurs dans les coulisses de la production, les équipes contournant les directives du régime pour embaucher de véritables tribus locales, les payer de manière équitable et les intégrer totalement au projet. Cette porté anti-manichéenne et ce regard anticolonial et gommant la plupart des clichés de l’époque, nourrissent totalement cette incroyable tension qui habite tout le film, constamment accentuée par les compositions de John Barry qui mélange rythmiques africaines et élans orchestraux puissants. L’assaut annoncé dès les premières minutes se fait sadiquement attendre alors que la caméra s’attarde sur la vie du camps et les premières oppositions qui rejaillissent entre ses occupants (ceux prêts à prendre les armes et ceux qui aimeraient fuir, le petits jeux des galons et de l’expérience entre les deux officiers impeccablement interprétés par Stanley Baker et Michael Caine) et transforme la menace trimbale en un opposant quasiment abstrait et mystique (comme dans le Assaut de Carpenter) qui ne sera longtemps perceptible que par un étrange son qui rappelle à « l’homme civilisé » celui d’un train. La gigantesque et meurtrière bataille qui constitue la quasi-intégralité de la seconde moitié du métrage n’en est que plus impressionnante et intense, modèle de construction et de montage, de spatialisation et de tempo héroïque, mais qui malgré une très belle scène de reconnaissance mutuelle (la dernière danse des guerriers pour célébrer la résistance inattendue de leurs ennemis) s’achève comme il se doit sur une note assez amère, celle d’un gâchis humain et historique.
Un vrai classique toujours aussi ample et spectaculaire et qui surtout par ce mélange d’énergie commerciale grand public et pertinence d’un propos subtilement évoqué, reste d’une étonnante modernité.
Image
Zoulou arrive enfin en HD en France, mais il s’agit cependant toujours de la même copie apparus il y a presque vingt ans chez nos voisins anglais. Une prestation qui avait déjà provoqué quelques gros débats chez les adeptes du Home Cinema, partagés entre l’appréciation d’une copie très propre et particulièrement vive et l’utilisation appuyée, voir très lourde, de logiciels de dégrainage et d’accentuation des contours. Le master n’a donc pas les matières cinéma que l’on aurait apprécié retrouver ici et affiche constamment une patine lissée, presque trop propre. Par contre, les couleurs sont effectivement ravivées (les costumes rouges des troupes anglaises en particulier), les cadres ont été impeccablement nettoyés et l’ensemble est tout à fait confortable pour apprécier le film… On est ici très loin des anciennes copies DVD très abimées et comme aucune restauration à la source n’est annoncée pour l’instant…
Son
Les deux pistes sonores restent très fidèles aux stéréos d’origines avec des performances LPCM (vo) et DTS HD Master Audio (vf) claires et assez équilibrées. Ce dernier est bien posé entre les dialogues et les musiques de John Barry et même si la dynamique frontale est forcément un peu succincte, l’ensemble est à chaque fois très agréable. Et puis c’est toujours un plaisir de retrouver les doublages français solides et incarnés de la belle époque même si on perd au passage tout le jeu des accents de la version anglaise.
Interactivité
Rimini propose à nouveau une très belle édition pour l’un de ces classiques du cinéma d’aventure après Karthoum ou Le Lion et le vent avec un boitier cartonné contenant un livret conséquent de presque cent pages explorant toutes les coulisses du film. Des informations qui, il faut bien le dire, seront à nouveau évoquées sur le disque Bluray bonus s’ouvrant par une longue et très complète, présentation du film par l’historien du cinéma Florent Fourcart (auteur d’un excellent ouvrage sur le Péplum italien) qui va revenir sur la création du studio indépendant Diamond Films dont Zulu fut la carte de visite, le choix des acteurs, le tournage en Afrique du Sud et l’opposition d’une bonne part de l’équipe au régime de l’Apartheid, la mise en scène et le succès mérité à sa sortie.
es thèmes qui se retrouvent aussi dans les quatre segments hérités d’une ancienne édition collector DVD. Découpé en quatre parties, ce making of à l’américaine donne tout d’abord la parole à l’historien Sheldon Hall qui retrace les débuts de Cy Enfields, passe par une exploration courte mais précise des thèmes musicaux par John Barry en personne et enfin s’embarque pour un voyage très complet dans les coulisses de la production à grand renforts d’interviews d’acteurs et de techniciens. Les anecdotes et les informations pleuvent à chaque intervention, avec quelques moments étonnants comme cette première confrontation entre le cinéma et les figurants issues de véritables tribus.
Liste des bonus
Un livret (92 pages), Analyse du film par Florent Fourcart (49’), Interview de Sheldon Hall (12’), Le Making of de Zoulou en 2 parties (45’), La Musique de Zoulou (6’).







