SIRĀT

Espagne, France – 2025
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Oliver Laxe
Acteurs : Sergi López, Bruno Núñez Arjona, Richard ‘Bigui’ Bellamy, Stefania Gadda, Joshua Liam Herderson, Tonin Janvier…
Musique : Kangding Ray
Image : 1.85 16/9
Son : Espagnol Dolby Atmos, DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 115 minutes
Editeur : Pyramide Vidéo
Date de sortie : 23 janvier 2026
LE PITCH
Au coeur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites.
Dernière dance
Après trois longs métrages (Vous êtes tous des capitaines, Mimosa La voie de l’Atlas et Viendra Le feu), le réalisateur espagnol Oliver Laxe connait la consécration avec un prix du jury ex aequo au dernier Festival de Cannes, mais aussi un bouche-à-oreille conséquent qui lui permet d’affirmer une jolie carrière en salles. Jolie surprise pour ce survival métaphysique sur fond d’ultime rave party.
Un père de famille (Sergi Lopez), accompagné de son jeune fils, cherche au milieu d’une gigantesque rave organisée aux pieds de l’Atlas marocain, sa grande fille qui a disparu sans donner de nouvelles depuis des mois. Elle est là, pas loin, il le sait. Alors lorsque certains de ces marginaux aux looks de sympathiques punks-à-chien parlent d’une autre teuf, plus loin dans le désert, il décide de les suivre. Un voyage à travers un paysage aride, dangereux, presque aliens parfois, s’engage, alors que les allez-et-venues de militaires et les multiples annonces captées à la radio parlent d’une guerre mondiale prête à éclater. Ces gens là refusent ce monde de violence, ce suicide collectif, préférant cultiver leur esprit de groupe, de famille, s’éloigner de tout et se laisser emporter par les pulsations de la musique. Sirāt (terme arabe évoquant un pont entre le paradis et l’enfer) est ainsi l’histoire d’un voyage, un road-trip au-delà des frontières où se dessine une volonté constante d’évasion et un besoin de vivre en liberté, en contact avec la terre, le vent et des notions plus primitives encore.
Purgatoire de sable
La quête de la jeune femme s’oublie presque en cours de route, effacé derrière cette notion de rencontre avec un autre monde, une autre population, une autre culture, et ce sentiment d’assister à un bien curieux film d’aventure, tour à tour planant, psychédélique, puis intensément réaliste, quelque-part entre la caméra d’un Gus Van Sant période Gerry et la dangerosité du Salaire de la peur de Clouzot… Ou plutôt son formidable remake signé William Friedkin, Sorcerer, qui déjà mariait à l’écran le voyage physique extrême avec une transformation mentale, psychologique prenant le pas sur l’image. Car si les premiers temps de Sirat évoquent justement une forme de pèlerinage dans un culte qui ne serait que musique électro cyclique et obsédante (excellent score signé Kangding Ray), l’échappée se fait rattraper par le monde qu’elle tentait de fuir, par une cruauté absurde et banale, par une fatalité qui ne leur avait jamais réellement lâché les basques. Le film bifurque, s’enfonce dans le cauchemar éveillé, entrainant un sentiment de sidération chez le spectateur, capté, hypnotisé, désormais conscient que l’éveil attendu n’aura jamais vraiment lieu. Ou alors pas tout à fait comme il l’imaginait au départ.
Là Oliver Laxe ne fait pas toujours dans la demi-mesure et montre une sévérité inédite, qui aurait pu amoindrir l’expérience si ce spectaculaire presque apocalyptique (Mad Max n’est pas parfois pas loin) n’ouvrait pas le propos à une réflexion plus universelle sur la condition humaine, son impossible fuite face à sa mortalité et l’inéluctabilité d’un réel que toutes les drogues et les teufs de monde ne pourront jamais effacer. Sacrée expérience !
Image
Tourné en 16mm et « gonflé » en 4K pour la postproduction et les projections, Sirat impose une image granuleuse, parfois neigeuse même, et donc les couleurs peuvent volontairement se mettre à glisser, à baver, sous les pressions de la chaleur. Le transfert n’a donc rien de la limpidité classique, mais le Bluray lui rend honneur en préservant ces particularités tout en y apportant une définition solide, des contrastes vibrants et des noirs impeccables, sans accrocs de compression visible. Belle prouesse.
Son
Très généreuse, la section sonore dispose la piste originale, essentiellement espagnole mais avec quelques dialogues français, soit dans un DTS HD Master Audio 2.0 sobre et resserré, soit dans un DTS HD Master Audio 5.1 bien ample et costaud sur les basses, soit une prestation Dolby Atmos effectivement idéale pour revivre les sensations de résonances et de dépaysements ressentis en salle. Enveloppant, dynamique et intense.
Interactivité
Le film est accompagné d’un petit making of filmé dans les coulisses de la production. De nombreuses images du tournage et surtout quelques petites interviews entre autre des acteurs de seconds rôles, non professionnels, qui évoquent justement cette expérience inédite pour eux. Il est bien complété par une rencontre avec le réalisateur Oliver Laxe, qui explicite sa vision du film et du cinéma, ses recherches esthétiques et les thèmes du métrage avant de laisser la main à Sergi Lopez (avec un superbe t-shirt antifasciste) enthousiaste par sa collaboration avec les collègues acteurs et par un tournage intense au milieu du désert. Les deux interventions sont en français.
Liste des bonus
Entretien avec Sergi López (13’), Entretien avec Oliver Laxe (22’), « Sur le tournage de Sirāt » : Entretiens avec l’équipe du film (16’).






