ROUSLAN ET LUDMILA

Руслан и Людмила – URSS – 1972
Support : Bluray & DVD & Livre
Genre : Conte, Aventure
Réalisateur : Aleksandr Ptushko
Acteurs : Valeri Kozinets, Natalya Petrova, Vladimir Fyodorov, Mariya Kapnist, Andrei Abrikosov, Igor Yasulovich…
Musique : Tikhon Krennikov
Image : 1.37 16/9
Son : Russe et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 145 minutes
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 17 février 2026
LE PITCH
Vainqueur des ennemis à l’est, Rouslan rentre triomphalement à Kiev, où le roi Vladimir lui a promis la main de sa fille Ludmila, attisant la haine de trois prétendants jaloux. La nuit-même, Ludmila se fait enlever par un être maléfique, envoyé par le sorcier Tchernomor. Le roi promet sa fille au premier preux qui la ramènera. S’engage alors une longue quête pour Rouslan, semée d’embûches et de péripéties, pendant laquelle il devra affronter aussi bien des créatures fantastiques que ses rivaux.
Histoire éternelle…
Pour la troisième et dernières fois, le maitre du cinéma fantastique russe Aleksandr Ptushko adapte « l’âme russe », soit le grand Pouchkine, avec le grand conte Rouslan et Ludmilla. Un grand spectacle féérique, succession presque ininterrompue de tableaux renversants et de trouvailles esthétiques et techniques mémorables.
Comme à peu près tout le peuple russe, Aleksandr Ptushko a toujours voué une admiration sans borne au grand romancier et poète Alexandre Pouchkine dont le verbe semble irriguer tous les films du metteur en scène, que ce soit dans une certaine célébration de la culture et de l’imaginaire slave, dans la volonté constante de renouveler la narration et les outils de l’image ou dans une certaine vision onirique naïve mais profonde. Ptuscko a d’ailleurs déjà adapté directement par deux fois cet auteur, avec le court métrage animé Le Conte du pécheur et du Petit poisson (1937) et le long métrage ambitieux Le Conte du Tsar Saltan (1967) lorsqu’il s’attaque à l’un de ses récits les plus ardus, Rouslan et Ludmila, à la fin des années 60. Compliqué car il s’agit d’un conte structuré intégralement en vers, multipliant les personnages et les épisodes pas toujours connectés, et demandant pour une transposition complète à l’écran un budget tout simplement pharamineux. Même si Ptuscko a réussi à traverser presque sans trop de vagues les différentes bouleversements politiques de l’URSS et qu’il s’est installé comme une valeur sure et même l’un des rares auteurs connus de l’autre coté du mur, il ne peut totalement se dédouaner des carcans de la production de l’époque et obtenir une liberté totale. Certains passages doivent être coupés, d’autres devront être aménagés pendant le tournage, mais le cinéaste, qui se sait déjà très malade (il décèdera quelques mois après la sortie en salles) réussit tout de même à mener sa vision jusqu’au bout et surtout à maintenir les dialogues théâtralisés pour préserver le rythme et la nature hors du temps du récit.
La dernière quête d’un prince
Un aspect solennel qu’il n’hésite pas à tempérer par l’apport de petites notes d’humour et par l’appui de séquences qui justement arrivent très bien à se passer de dialogues. Si la fidélité est primordiale (et de nombreux spécialistes l’ont depuis loué), Poutchko est avant tout roi du spectacle cinématographique et cette histoire surannée d’un beau prince parti à la recherche de sa dulcinée ravie par un vilain sorcier nain le soir des noces, est naturellement l’occasion de déployer une nouvelle démonstration de tous ses talents : des grottes maintenus par des colosses enchainés, des forêts terrifiantes et hantées, une tête de géant décapité qui parle encore, des créatures des marais, un sorcier volant, une sorcières machiavélique qui se transforme en chat et autres donzelles plus appréciables, une couronne qui permet de se rendre invisible… Les trucages de montage les plus classiques s’allient avec moult effets de transparences, de superpositions et de jeux d’échelles aussi spectaculaires que ravissants. Un monde moyenâgeux où se mêlent combats de chevaliers, invasions barbares, ballets orchestraux et grandes scènes de repas composés comme des tentures médiévales, jusque dans les couleurs, toujours éclatantes, contrastées, riches et aux reflets pastels. Difficile de ne pas être subjugué par la beauté constante du film, certes pas toujours palpitant dans sa romance idéalisé et ses petites trames secondaires trop anecdotiques (les autres chevaliers en missions de sauvetage connaissent, comme dans Sacré Graal, quelques mésaventure), et d’être touché par ce qui ressemble clairement à un film sommes pour son auteur.
Les amateurs y reconnaitront certains éléments rémanents d’autres films comme les armées barbares faisant le lien avec celles du Géant de la steppe, le monde ensorcelé de Sampo, les scènes de cours de Le Conte du Tsar Saltan, le palais troglodyte de La Fleur de pierre… Comme un grand adieu à une certaine idée du cinéma, resplendissant et magique.
Image
Il est loin le temps où les grands classiques du cinéma russe ne s’exposaient que dans des copies tristes et fatiguées ! Restauré par Mosfilm à partir d’un nouveau scan 4K des négatifs 35 mm Rouslan et Ludmila retrouve presque toute sa splendeur d’autrefois. Presque parce que les nombreux plans à trucages optiques, superpositions et divers collages entrainent forcément quelques passages plus troublés, au grain fluctuants et aux teintes moins fermes. Le reste du métrage (et même ces segments qui restent toujours très jolis) sont un absolu ravissement pour les yeux reflétant enfin toute la richesse de couleurs vives et pastelles rappelant inévitablement la belle époque du Technicolor (et ses dérivés) tout en affirmant une profondeur et une finesse de détails des plus impressionnantes.
Son
La piste russe a connu comme il se doit un bon coup de frais avec stabilisation et nettoyage d’usage. Le rendu est très centré et frontal, mais toujours clair, équilibré et doté de petites fioritures sonores (nature, instruments de musique) à nouveau bien perceptibles. Rien à redire. Le doublage français est de très bonne qualité (superbe traduction qui reprend même les dialogues en vers) même si les années passées entrainent quelques petites saturations et légères instabilités. Surtout, le film ayant été légèrement raboté lors de son exploitation française, la piste est parsemée de petits moments (dialogues, chansons) qui repassent brièvement à la vost.
Interactivité
Pour Rouslan et Ludmila, Artus Films propose un nouveau Mediabook dont il a le secret. Loin d’être un simple accessoire commercial (ce qui est parfois le cas chez la concurrence), le livret de près de 100 pages piqué au centre est un véritable ouvrage historique et analytique rédigé avec passion et érudition par Matthieu Rehde. Un texte dense qui analyse la force des textes de Pouchkine et l’importance de son œuvre pour mieux éclairer le travail novateur et la pertinence des adaptations de Ptushko. Il y retrace aussi toute la production du film, de l’écriture du scénario jusqu’à la sortie final sans jamais oublier de conter les tensions entre le cinéaste et le studio d’état et d’évoquer les grandes séquences abandonnées (dont une ouverture assez incroyable). Passionnant.
Le programme ne s’arrête pas là puisque l’éditeur propose du côté des disques vidéo quelques bonus sans doute hérités d’une édition russe. Une évocation assez complète de la confection de toutes les scènes à effets spéciaux par l’historien Nikolaï Mayorov qui eu d’ailleurs l’honneur d’une visite du plateau à l’époque (avec une petite anecdote à la clef), suivi d’un travelling un peu plus large des trois adaptations de Pouchkine par Ptouchko et enfin un très rapide passage (assez anecdotique malheureusement) sur la création des superbes costumes. L’ensemble s’ouvre par une longue discussion entre les deux spécialistes du cinéma européens et du fantastique Christian Lucas et Stéphane Derderian, qui reviennent sur leur découverte du cinéma de Ptouchko, discutent de la nature de Rouslan et Ludmila et son rattachement au genre du merveilleux, des diverses adaptations du conte à l’écran ainsi que de la distribution très particulière des films fantastiques venus de l’est durant de longues années.
Liste des bonus
Le livret « Ultime rencontre entre génies » par Matthieu Rehde (96 pages), « À la redécouverte du merveilleux » : Présentation par Christian Lucas et Stéphane Derderian (49’), Les effets spéciaux, par Nikolaï Mayorov, historien du cinéma (32’), « Les adaptations de Pouchkine par Ptouchko » par Nina Spoutnitskaya, historienne du cinéma, membre du VGIK (38’), La création des costumes, par Dina Kharkova, enseignante au VGIK (3’), Diaporama d’affiches et photos (1’).





