NEW YORK CONNECTION

Night of the Juggler – Etats-Unis – 1980
Support : Bluray & DVD
Genre : Action, Policier, Thriller
Réalisateur : Robert Butler, Sidney J. Furie
Acteurs : James Brolin, Cliff Gorman, Richard S. Castellano, Linda Miller, Dan Hedaya, Barton Heyman, Julie Carmen, Sully Boyar…
Musique : Artie Kane
Image : 1.77 16/9
Son : DTS-HD Master Audio 2.0 mono Anglais et Français
Sous-titres : Français
Durée : 101 minutes
Éditeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 7 mai 2026
LE PITCH
Sean Boyd revient à New York pour l’anniversaire de sa fille adolescente. Lors d’une sortie à Central Park, elle est enlevée sous ses yeux par un inconnu. Boyd aperçoit immédiatement le ravisseur et se lance à sa poursuite à travers la ville. Commence alors une traque frénétique dans un New York labyrinthique et hostile, entre embouteillages, métro et bas-fonds du Bronx, où chaque minute compte pour retrouver l’enfant.
Manhattan Cavale
Invisible pendant 40 ans, Night of the Juggler fait partie de ces films qui semblent avoir absorbé leur époque jusque dans leur pellicule. Sorti chez nous sous les titres New York Connection puis Fort Bronx, le thriller de Robert Butler apparaît aujourd’hui comme une capsule temporelle fascinante du New York de la fin des années 70.
James Brolin est Sean Boyd, ancien policier devenu chauffeur routier après avoir dénoncé des collègues corrompus, voit sa fille se faire kidnapper. Sans hésiter, il se lance dans une course-poursuite effrénée à travers New York, entraînant le film dans un rythme sans relâche qui ne faiblit pratiquement plus pendant une heure et demie. Cette cavale permanente donne au long-métrage une énergie physique impressionnante. Dès le premier acte, entre taxis, métro, circulation infernale et rues bondées, la mise en scène transforme la ville entière en piège géant. Le spectateur court littéralement avec James Brolin, dont la performance très physique participe énormément à la réussite du film. La caméra trébuche parfois avec lui, semble manquer d’air, se cogne aux murs et aux passants. Cette urgence quasi documentaire donne à New York Connection une rugosité extrêmement particulière.
Mais ce qui frappe surtout aujourd’hui, c’est l’état du New York filmé ici. Ce thriller appartient à cette grande vague de films urbains, héritiers de Mean Streets, Un justicier dans la ville ou French Connection – auquel il fait évidemment référence –, préfigurant les visions dégénérées d’un William Lustig ou Abel Ferrara. Les immeubles du Bronx paraissent déjà abandonnés, les couloirs de métro ressemblent à des entrailles métalliques peuplées de silhouettes épuisées et de voyous errants. New York Connection capte une ville en état de fatigue avancée. Le Bronx devient presque un paysage mental. La spéculation immobilière, la pauvreté, les terrains vagues et les bâtiments délabrés nourrissent directement le récit. Même le ravisseur incarné par Cliff Gorman apparaît comme un produit de cette déliquescence urbaine : un homme brisé, ruiné, écrasé par un système qui l’a laissé derrière lui. Le film ne cherche jamais à rendre New York séduisante. Il filme au contraire une métropole qui semble dévorer ses habitants à mesure qu’elle s’effondre elle-même.
Une ville qui refuse de mourir
Le plus étonnant est que New York Connection ne sombre jamais totalement dans le nihilisme. Malgré sa noirceur, malgré ses policiers corrompus (dont un Dan Hedaya totalement halluciné), ses gangs dignes des Guerriers de la nuit et ses rues menaçantes, le film conserve une forme d’attachement très profond à la “grosse pomme”. C’est même probablement ce qui le rend plus humain que beaucoup d’autres thrillers urbains de la même période. Cette tendresse discrète passe d’abord par les détails du quotidien : un hot-dog avalé au coin d’une rue, Central Park au petit matin, les différences très marquées entre les quartiers… Le film rappelle constamment que New York reste une ville-monde, un organisme vivant dont chaque bloc possède sa propre identité. Derrière le chaos subsiste encore une forme de communauté urbaine.
Même les personnages secondaires participent à cette idée. Boyd croise des inconnus agressifs, des types louches et des policiers pourris, mais aussi des gens ordinaires qui acceptent d’aider, de renseigner ou simplement de tendre la main quelques secondes, comme la toute jeune Julie Carmen (L’Antre de la folie, Vampires… vous avez dit vampires ! 2). Le film garde toujours l’idée qu’au milieu du désordre, quelque chose peut encore tenir debout si les habitants continuent malgré tout à se serrer les coudes. Cette dimension apparaît d’autant plus fortement que le film fut lui-même une production chaotique. Commencé par Sidney J. Furie puis terminé par Robert Butler après plusieurs accidents et conflits de tournage. Comme son héros, New York Connection avance constamment sur le fil et semble improviser sa survie d’une rue à l’autre. Cette fragilité nourrit paradoxalement son énergie.
Vu aujourd’hui, le film apparaît aussi comme un jalon évident du cinéma d’action du “papa héroïque”, annonçant des œuvres comme Commando ou Taken : même mécanique de course contre la montre, même père prêt à tout pour sauver une jeune fille kidnappée. Mais là où ses héritiers transformeront leur héros en machine de guerre, New York Connection conserve quelque chose de plus brut, fatigué et humain, ce qui lui donne encore toute sa force.
Image
La restauration 4K proposée ici par Sidonis Calysta (déjà exploitée par Kino Lorber outre-Atlantique) impressionne immédiatement par son équilibre. L’image gagne nettement en précision sans jamais trahir la nature profondément rugueuse de New York Connection. Le grain argentique d’origine est parfaitement préservé et conserve cette texture épaisse typique du cinéma urbain new-yorkais de la fin des années 70. Les rues délabrées du Bronx, les couloirs de métro sales ou les néons fatigués retrouvent un relief remarquable, tandis que les visages marqués des personnages gagnent une présence presque tactile. Les couleurs demeurent volontairement ternes et sales, fidèles à l’esthétique du film. Quelques variations légères de grain ou de définition subsistent dans certaines scènes sombres, mais elles relèvent clairement de la photographie d’origine et non d’un traitement numérique agressif. Surtout, cette restauration n’essaie jamais de lisser ou d’assagir le film : malgré le confort évident du scan 4K, New York Connection conserve intact son caractère profondément grindhouse, brut, nerveux et poisseux.
Son
Côté son, cette édition française propose le film en VF et en VO dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 particulièrement convaincants. Les deux pistes se montrent solides : la version originale offre une ambiance urbaine plus naturelle et immersive, avec des dialogues toujours parfaitement intelligibles, tandis que le doublage français d’époque satisfera les plus nostalgiques autant qu’il fera grincer des dents les puristes. Sa restitution reste toutefois impeccable, claire et parfaitement équilibrée. Sirènes, moteurs et cris de rue profitent d’une belle présence sonore, sans saturation notable. Là où l’édition américaine proposait également un remixage 5.1 plus démonstratif, ce Blu-ray français fait le choix de conserver uniquement les pistes 2.0 mono d’origine, privilégiant ainsi le respect de l’identité sonore rugueuse du long métrage.
Interactivité
Les suppléments de New York Connection s’avèrent à la fois nombreux et très bien construits, offrant un véritable éclairage sur un film longtemps resté dans l’ombre. La présentation d’Olivier Père (25 minutes) replace l’œuvre dans son contexte historique et dans la galaxie des thrillers urbains post-Vietnam, tout en revenant sur sa production chaotique, entre le départ de Sidney J. Furie et l’arrivée de Robert Butler pour terminer le film. L’entretien avec James Brolin (14 minutes) revient sur les conditions de tournage dans les rues bondées de New York et sur une mise en scène souvent improvisée au gré du chaos urbain. Celui de Julie Carmen (15 minutes) apporte un éclairage plus social, notamment sur son personnage et son lien avec le South Bronx, son quartier natal. Enfin, le module “Pandemonium Reflex” (15 minutes) analyse plus en profondeur la place de Sidney J. Furie (réalisateur de Ipcress, danger immédiat… et Superman IV !) dans la genèse du projet, en intégrant un extrait audio rare de conversation avec son biographe, Daniel Kremer. Passionnant !
L’ensemble forme un corpus solide, cohérent et particulièrement généreux pour un film longtemps invisible, confirmant l’importance de cette redécouverte. À noter également la présence d’un livret, qui accompagne cette édition promise à s’imposer comme une référence incontournable.
Liste des bonus
Présentation du film Par Olivier Père, directeur cinéma ARTE (25’), « 47 ans plus tard » : Entretien avec James Brolin (14’), « La Douce Maria » : Entretien avec Julie Carmen (14’), « Pandemonium Reflex » : Sydney Furie et « New York Connection » (14’).







