DE L’EAU TIÈDE SOUS UN PONT ROUGE

赤い橋の下のぬるい水 – Japon, France – 2001
Support : Bluray
Genre : Comédie dramatique, Erotique
Réalisateur : Shôhei Imamura
Acteurs : Koji Yakusho, Misa Shimizu, Mitsuko Baisho, Mansaku Fuwa, Isao Natsuyagi…
Musique : Shinichiro Ikebe
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais DTS HS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 119 minutes
Editeur : Roboto Films
Date de sortie : 21 mai 2026
LE PITCH
Yosuke, un cadre d’une quarantaine d’années au chômage et en instance de divorce, décide de partir à la recherche d’un trésor caché dans un village de pêcheurs. Sur place, il va rencontrer la jeune et belle Saeko, capable de secréter une eau aux pouvoirs mystérieux lorsqu’elle éprouve un plaisir charnel…
Sa dernière étreinte
Dernier long métrage de Shohei Imamura (La Femme insecte, La Ballade de Narayama, Cochons et cuirassés…), définitivement l’un des plus grandes cinéastes japonais, De l’eau tiède sous un pont rouge n’est pas un film testament. C’est une célébration de la vie, de ses surprises et de ses petits riens, et surtout de cette chair, féconde et vitale, temple de tous les désirs.
Ancien enfant terrible de la Nouvelle Vague du cinéma nippon au coté d’un auteur comme le beaucoup plus sérieux Nagisa Oshima, Shohei Imamura montra à l’approche des années 2000 un inattendu revirement dans une carrière qui avait presque pris la voie d’un certain académisme. Presque 10 ans après Pluie noire, et alors âgé de 70 ans, il entamait avec L’Anguille (sa seconde Palme d’Or à Cannes au passage) une curieuse trilogie revenant à des paysages plus contemporains, à une certaine vision de la campagne japonaise et dégageant les contours du drame pour s’emporter dans des consonances nettement plus légères, presque fantastiques parfois, et où se rejoue de manière apaisée et amusée les sempiternelles frictions entre le masculin et le féminin. L’Anguille donc, mais aussi le suivant et presque bondissant Docteur Akagi et le présent De l’eau tiède sous un pont rouge abordent finalement des sujets tout à fait sérieux mais toujours avec un œil qui frise, presque enfantin. Ne serait-ce que par son point de départ, son dernier film est une aventure, une chasse au trésor, celle d’un quadra (joué par le génial Kôji Yakusho, acteur fétiche de Kyoshi Kurosawa) victime de la crise économique qu’une connaissance, philosophe sans domicile fixe, envoit chercher un objet mystérieux dans un village de pécheurs. Un bouddha en or caché au font d’un vase. Le vase, comme on le comprendra vite est Saeko, une femme qui sans explication produit dans son corps une eau qui ne peut être expulsé qu’en lui donnant un orgasme.
Le pornographe
Une femme fontaine. Mai une fontaine magique dont l’écoulement spectaculaire semble redonner la vie à la rivière qui coule en bas de chez elle, faisant revenir poissons et pécheurs, mais aussi à cet homme fasciné, flatté, qui retrouve dès lors un moteur à sa triste existence. Comme le souligne le double sens du titre, la science du film est à la fois purement géographique (tout tourne autour de cette petite maison et les aller-retours réjouissants de l’amant) et totalement intime et sexuel. Puisque le « pont rouge » est aussi le sexe de cette femme aux fluides miraculeux, soit « l’origine du monde » Imamura prend un malin plaisir à y mêler des visions mystiques et même à la visite du site scientifique d’un grand collisionner pouvant reproduire les effets du big bang. Le film explore alors les sens de la vie, son besoin de surprise, de sentiments et de comportements irraisonnables pour exulter et trouver son propre rythme, avec un équilibre délicat entre un fantastique léger, un érotisme réjouissant (ici c’est madame qui a des besoins) et un réalisme toujours si proche de l’homme moyen, des petites gens. Au-delà de ce couple qui doit réapprendre à se connaitre au-delà du coït, Imamura déploie avec tendresse une galerie de personnages toujours attachants, excessifs, théâtraux parfois, médiocres pourquoi pas, mais qui portent tous un regard très particulier sur le monde que les entoure et la vie en général. A l’instar de ces trois pécheurs, presque des figures de témoins et narrateurs antiques, qui témoignent non sans humour des évènements qui se déroulent devant nos yeux, tout en regrettant la beauté disparue de cette jolie mamie qui attend encore et toujours le retour de son vieil amant.
Fable désuète et légère mais tellement pertinente et véritable, De l’eau tiède sous un pont rouge n’est certainement pas le film d’un vieux réalisateur, mais bien d’un artiste qui a atteint un grand niveau de sagesse, capable de s’amuser avec dérision et gravité de sujets qui nous obsède tous ou presque : l’amour et le sexe.
Image
Copie HD apparue sur le marché il y a deux-trois ans, celle-ci n’a manifestement pas été travaillée à partir de la source initiale ou alors sans véritable scan de la pellicule. Quelques petites fioritures des années restent encore parfois visibles et surtout la patine générale affirme un nettoyage intégralement numérique à cause d’un léger effet de lissage présent tout du long. Certaines scènes où le protagoniste court ou des plans nocturnes laissent ainsi échapper un flou involontaire. Le résultat n’est cependant pas exempt de qualité avec des cadres tout de même essentiellement très propres, une définition tout à fait honorable et une belle restitution des couleurs, contrastée, même si en effet le tout baigne parfois un peu trop généreusement dans les reflets dorés.
Son
Constamment clair, sans perdition aucune et offrant même un léger dynamisme naturel à l’ensemble, la piste DTS HD Master Audio restitue la stéréo d’origine à la perfection. L’atmosphère parfois presque étrange du film est parfaitement rendue.
Interactivité
Sur le disque de Roboto on ne trouve, comme dans les autres éditions sorties aux USA ou en Angleterre, aucun document en provenance du Japon (interviews, coulisses, archives…). L’éditeur français propose donc une conversation entre Mathieu Macheret du Monde et Victor Morozov, un critique roumain, autour de la nature du film et de sa place dans le cinéma d’Imamura. Pistes d’analyses, figures récurrentes, thèmes explorés et tonalité plus légère que dans ses débuts plus frondeurs, sont évoqués autour d’une discussion de cinéphiles passionnés.
Liste des bonus
Livret, Table ronde avec Mathieu Macheret et Victor Morozov (42’), Bandes-annonces.







