MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE 2

The Texas Chainsaw Massacre 2 – Etats-Unis – 1986
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Tobe Hooper
Acteurs : Dennis Hopper, Bill Moseley, Caroline Williams, Bill Johnson, Jim Siedow, Ken Evert…
Musique : Tobe Hooper, Jerry Lambert
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 101 minutes
Editeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 22 janvier 2026
LE PITCH
Douze ans après le massacre d’un groupe de jeunes au Texas, la tronçonneuse vrombit à nouveau dans les mains de Bubba, le tueur masqué, la famille Sawyer ayant désormais trouvé refuge dans un parc d’attractions abandonné. Mais l’arrivée du shérif Lefty Enright, oncle de deux des victimes de Leatherface, va changer la donne, d’autant que l’homme de loi est aussi un maniaque de la scie à moteur.
Une histoire de famille
Boudé lors de sa sortie, régulièrement oublié de la filmographie de Hooper, souvent dédaigné poliment, Massacre à la tronçonneuse 2 est pourtant devenu plus culte que le premier du nom, entré, presque malheureusement pour lui, dans le giron des « grand classiques ».
Personne ne peut nier aujourd’hui que Massacre à la tronçonneuse est une date essentielle dans l’histoire du cinéma. Et si beaucoup le considèrent toujours comme un chef-d’œuvre, la plupart sont toujours persuadés que c’est là l’un des sommets du cinéma gore. Une idée largement répandue et fortement accentuée par le remake de Marcus Nispel qui a dédouané un bon paquet de fainéants. Œuvre phare du cinéma malade, expérimentation dérangée et dérangeante, Texas Chainsaw Massacre n’aura même pas permis à Tobe Hooper de surfer tranquillement sur la vague (même si d’une certaine façon l’excellent Crocodile est comme un fils illégitime). Il lui faudra ainsi attendre plus de dix ans avant de mettre en branle sa suite tant attendue, une aubaine inespérée dans une carrière déjà plombée par les échecs commerciaux de Lifeforce, Invaders from Mars et le vol de la paternité de Poltergeist, mais aussi une aubaine pour les fans qui n’attendaient que ça. Sauf qu’une fois encore, Tobe Hooper va souffrir d’une énorme incompréhension avec son public, persuadé de retrouver là la mise en scène suggestive et l’ambiance glauque qui ont fait le succès du premier film. Bien conscient qu’il ne peut resservir deux fois exactement le même plat, surtout dans le contexte des années 1980, le cinéaste est ainsi bien décidé à en découdre avec ses contemporains et à pousser le concept beaucoup, beaucoup plus loin.
A l’italienne
Sous ses dehors de film d’horreur primaire et révulsant Massacre à la tronçonneuse s’installait dans la droite lignée de productions comme La Nuit des morts-vivants, mélangeant habilement renouvellement du genre et sous-texte politique, mais y apportait curieusement une bonne dose d’humour noir, visible surtout au second degré… Exercice que finalement peu de spectateurs semblaient pratiquer à l’époque. Grand spécialiste du mélange des genres, Hooper s’offre donc l’immense plaisir de transformer le second Massacre en une immense farce malsaine, plus proche du grand guignol que d’un frontal La colline a des yeux de Wes Craven, offrant au passage parmi les scènes les plus gores de l’époque. Un festival d’instants culte, tout aussi impressionnants dans leurs surenchères (l’ouverture où Leatherface sur le toit de la camionnette en pleine course, se cachant derrière le cadavre momifié de son frère, attaque à coup de tronçonneuse deux yuppies décérébrés – au sens propre du terme, met la barre bien haute), leur beauté graphique (toute la dernière partie dans la cache souterraine) et leur humour (ah, le concours du meilleur chili texan), souvent à la limite de l’abject.
« Saw is family »
Moins film-choc que son prédécesseur, Massacre à la tronçonneuse 2 prend d’ailleurs beaucoup plus de temps à approfondir les membres de la fameuse famille que les deux « héros », représentés par un Dennis Hooper en pleine période overdose et une Caroline Williams aux cris hystériques des plus crispants. Notre cher Leatherface montre ainsi une humanité surprenante, pauvre garçon un peu demeuré aux prises avec ses pulsions sexuelles, et se fait par la même presque voler la vedette par l’incroyable Chop Top (interprétation magistrale de Bill « Devil’s Reject » Moseley). Un personnage inédit de vétéran du Vietnam, qui se révèle ni plus ni moins être le frère jumeau de « l’auto-stoppeur » désormais présent uniquement sous la forme d’un cadavre trimbalé partout. Du Vietnam, Chop Top semble en être revenu encore plus taré que le reste de la famille, passant son temps à gratter avec un vieux cintre les restes de chair entourant la plaque en métal rivée sur son crâne. Dérangeant et hystérique, ce bouffon violent est le véhicule idéal permettant au cinéaste de poursuivre sa critique en règle d’un pays doué pour la vindicte et l’oubli.
Taïo!!!
Si en 1974 la guerre du Vietnam battait son plein, en 1986 les Américains la pensaient déjà loin derrière eux. Après avoir fait pour beaucoup la sourde oreille, les habitants du pays de la liberté, désormais représentés par de jeunes winners en Mercedes et Rollex, refont l’histoire en se transformant en machine à gagner comme pour mieux effacer la défaite. Forcément, si Hooper place la planque Leatherface et compagnie dans le décor désaffecté d’un ancien parc d’attraction à la gloire de la défaite d’Alamo, ce n’est que pour souligner cette tendance séculaire (on ne fera pas forcément la morale, la France tente encore aujourd’hui de faire croire que la colonisation était majoritairement positive). Comme toujours personnifié par la famille de cannibales texans, cette Amérique que personne ne veut voir ou entendre (les autorités refusent d’ailleurs de croire que tous les massacres ont un lien entre eux), choisit elle-même la discrétion pour mieux pourrir le monde et dézinguer à tour de bras. Comme disait la promo d’époque, « le buzz est de retour », mais il se fait plus discret, presque plus civilisé. Ce qui ne l’empêche pas d’être toujours aussi violent, aussi mortel, voire bien plus dangereux.
Reprenant à sa façon une part de l’esthétique clinquante, voire aveuglante des années 80, Massacre à la tronçonneuse 2 est une comédie horrifique électrisante qui encore une fois confronte l’ignorance à la barbarie… Ou bien est-ce l’inverse ?
Image
L’ancienne copie HD, distribuée chez nous en son temps par Le Chat qui fume, offrait déjà un sacré coup de fouet à un film souvent dénigré et pas toujours des mieux accompagnés par les éditeurs vidéo. Avec la nouvelle restauration 4K présentée ici, et travaillée à partir d’un scan inédit des négatifs 35mm, on monte encore d’un cran avec cette fois-ci des cadres véritablement sans défaillances du début à la fin, une définition au relief inédit et un piqué particulièrement percutant. Le moindre détail du décor, des costumes mais aussi des maquillages les plus scabreux saute aux yeux, tandis que le traitement des couleurs HDR10 particulièrement vif et puissant accentue encore l’esthétique 80’s et la folie totale du projet. Cerise sur le gâteau, le grain de pellicule, extrêmement présent à l’origine, est restitué ici avec ferveur.
Son
Chanceux, le film évite le remixage 5.1, présenté ici encore et toujours dans son authentique et directe stéréo d’origine. Portées par un DTS HD Master Audio 2.0 équilibré, les versions anglaise (puissante et électrique) et française (plus bourrine et fouillie) n’en ont pas moins été largement nettoyées pour offrir un équilibre tendu entre les dialogues, les musiques synthétiques et les crissements de la tronçonneuse. Du travail de pro.
Interactivité
En rupture de stock depuis des lustres, l’édition Bluray du Chat qui fume est désormais remplacé par cette sortie UHD / Bluray signée BQHL. Si on perd au passage la présentation du film par Julien Sévéan et le documentaire « La maison de la douleur » surtout tourné vers la confection des effets spéciaux, on garde tout de même l’essentiel. A commencer par le making of « It Runs in the Family », découpé en multiples featurettes, presque aussi long que le film lui-même dans lequel on retrouve quasiment toute l’équipe (excepté Dennis Hopper qui ne cache pas son mépris à l’égard du métrage) qui revient avec un plaisir évident sur les ambitions démesurées de cette séquelle. Du régisseur aux acteurs, de Tom Savini au scénariste, le doc nous fait vivre la grande aventure de ce Massacre pas comme les autres en revenant sur des lieux de tournage étouffant, des producteurs qui coupent le budget en deux à une semaine du tournage ou retirent du montage tout un pan du scénario. Un film miraculé en somme. Curieusement, de ces séquences incluant les deux héros « humains », il ne reste plus de trace (on y découvrait un lien de paternité permettant de mettre en place un final famille contre famille) et les scènes coupées proposées ici ont été retirées pour des questions de rythme. Présentées dans un état toujours aussi fatigué (tirées d’une vieille VHS), elles restent indispensables car montrant pour la première fois deux séquences hilarantes et ultra gores (genre bouts de viande qui volent aux quatre vents) lorsque la famille va chercher en ville un peu de matière première pour son chili. Finalement, le grand absent ici reste surtout Tobe Hooper dont il faudra se contenter d’un commentaire audio, très complet certes, mais un peu trop sage. Pour se détendre, le commentaire audio très potache de Bill Mosley, Caroline Williams et Tom Savini est forcément bien plus efficace.
Liste des bonus
Livret, Commentaire audio de Tobe Hooper (VOST), Commentaire audio de Bill Moseley et Caroline Williams, et du responsable des maquillages spéciaux Tom Savini (VOST), 5 scènes coupées (12’), « Le Scénario » (12’), « L’Art du grabuge » (17’), « Une série de personnages » (26’), « Viande de premier choix » : sur le plateau avec Tom Savini (14’), « Le Père de la Tronçonneuse » (8’), Requiem pour une suite (9’), Bande-annonce (VO).







