LES HORDES

France, Luxembourg – 1991
Support : Bluray & DVD
Genre : Série TV, Science-fiction
Réalisateur : Jean-Claude Missiaen
Acteurs : François Dunoyer, Corinne Touzet, Souad Amidou, Simon Eine, Jean-Pierre Kalfon, Philippe Lemaire, Féodor Atkine, Helena Noguerra…
Musique : Bernie Bonvoisin
Durée : 346 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Aucun
Éditeur : Doriane Films
Date de sortie : 28 septembre 2020
LE PITCH
Dans notre futur immédiat, les déclassés et les déshérités rançonnent les automobilistes. Ils forment des groupes paramilitaires afin de conquérir les villes… Ils se structurent en parti politique et deviennent graduellement un état dans l’Etat. Sous une fausse identité, un policier limogé infiltre le mouvement…
Rues sauvages
Apparue brièvement, et partiellement, en prime-time sur une chaine La Cinq en fin de vie, la mini-série d’anticipation Les Hordes est depuis devenue un programme culte. Aujourd’hui toujours aussi détonnant dans le PAF, elle serait même devenue plus pertinente que jamais.
Si on dit de nos jours que la télévision française reste assez frileuse en termes de production de fictions (en dehors d’Arte et Canal + c’est un peu la tristitude), cette homogénéité de proposition visant la sacro-sainte ménagère hypnotisée par la télé poubelle et le déversement publicitaire, était peut-être plus frappant encore au début des années 90. Preuve, la bling-bling Cinq de Silvio Berlusconi, pourtant grande pourvoyeuse de cinéma de genre, bis et pop, croulait sous les dettes et les poursuites du CSA, et cet étrange programme, Les Hordes, commandité juste avant la reprise de la chaine par Hachette, en sera l’une des célèbres victimes. Son quatrième et dernier épisode ne sera même pas diffusé ! Il faudra alors attendre 2011 et une première sortie DVD pour que la série puisse enfin être visionnée dans son entièreté. Presque un cas d’école, et d’autant plus dommageable que Les Hordes était avant tout une proposition inédite et avait nettement l’ambition d’ouvrir la voie à d’autres programmes tout aussi couillus. Certes bricolés avec un budget qu’on imagine trop limité au vu de l’ampleur de l’adaptation du roman musclé de Jacques Zelde, et emballés en quelques semaines malgré une intrigue touffue, une grande variété de lieux, de personnages secondaires et des castagnes de masse, les quatre épisodes frappent toujours par leurs contrastes avec les codes télévisuels. Bien avant les élans prometteurs de certaines propositions d’Arte et Studio Canal, Les Hordes visait clairement et nettement une ampleur cinématographique. D’autant plus courageux qu’elle abordait un genre que le cinéma hexagonal lui-même boude depuis des lustres : l’anticipation, la science-fiction, voir leur branche série B, encore moins glorieuse.
Du noir au vert
Il fallait bien un chef d’orchestre de la trempe de Jean-Claude Missiaen pour réussir à donner une réelle prestance à cette proposition. Critique de cinéma, attaché de presse pour Universal, Woody Allen, Claude Sautet (et beaucoup d’autres) et assistant metteur en scène, il marque définitivement son territoire avec une trilogie de polars urbains et burnés composée de Tir groupé, Ronde de nuit et La Baston. Comme un prolongement direct de ces derniers La Hordes retrouve une même énergie sèche dans la mise en scène, une habilité constante à jouer de cadres resserrés (par nécessité, puis par atmosphère), ainsi qu’une approche au réalisme exacerbé, ultra contemporain, punk et béton comme un rejeton de Métal Hurlant sur petite lucarne. Dans le choix d’acteurs aux gueules marqués, de costumes, évocateurs, faisant cohabiter l’auster rigide et les excès d’un bis italien, on croit parfois reconnaitre une fraternité énervée avec les tentatives sur grand écran d’Enki Bilal, en particulier les deux premiers Bunker Palace Hôtel et Tykho Moon. Un monde proche de manière inquiétante, au bord de l’implosion et qui extrapole les effondrements d’un système sociétal inégalitaire ou émergerait un contre-pouvoir venu des bas-fonds. Les Hordes, symbolisés par un drapeau et des cagoules (et non des gilets jaunes), qui vont peu à peu prendre de plus en plus de place dans le paysage politique du pays et entamer une ascension irréversible. Pour des lendemains meilleurs ? Pas vraiment, puisque comme tout élan populiste celui-ci est déjà téléguidé par une Corinne Touzet glaciale en Elaine Finder, figure quasiment vampirique (au maquillage de plus en plus blafard et malade), symptomatique d’une caste politique cynique, déconnectée et amorale qui s’entredévore sans cesse. Une image immuable qui tranche avec celle de George Frank (François Dunoyer), tout d’abord flic aux méthodes musclées, puis agent infiltré avant de devenir tour à tour moteur de l’accession des Hordes au pouvoir et Robin des bois aux accents improbables de Mad Max 3, héros constamment hésitant d’une mini-série aux quatre épisodes pratiquant allègrement les raccourcis temporels et les ellipses sauvages.
Pas toujours facile de suivre le morceau parfois gavé jusqu’à l’indigestion (les insertions de casques de réalités virtuelles, les trahisons non-stop, les personnages sacrifiés en cours de route) et à la bande son assourdissante martelé par un Bernie Bonvoisin possédé, mais cette politique-fiction apocalyptique qu’est Les Hordes a ces qualités des œuvres uniques, courageuses et ambitieuses qui ne peuvent qu’impressionner trente ans après. Visionnaire certes, mais malheureusement sans progéniture.
Image
Le précédent coffret DVD n’est pas si vieux et pourtant Doriane Films a investie dans une toute nouvelle restauration pour son arrivée sur support Bluray. Une restauration 4K même, qui s’efforce de tirer le meilleur de sources 16mm forcément pas toujours optimale. Un grain parfois très gros, quelques teintes qui bavent un peu, mais au-delà des défauts d’origine le travail est impressionnant avec un nettoyage très poussé sur les cadres, un piqué aux qualités inattendues et une palette de couleurs largement plus soutenue qu’autrefois. Cela n’empêche pas ces masters HD de préserver efficacement la rugosité et la sécheresse du programme.
Son
Développée en DTS HD Master Audio 2.0, la piste stéréo d’autrefois se découvre une jolie clarté et une petite dynamique frontale mieux soulignée et ce malgré quelques effets fragiles et échos hérités de la captation d’origine.
Interactivité
Un nouveau coffret plus épuré dans sa présentation, plus clair, qui comprend dans son fourreau cartonné un petit livret de quelques pages comprenant une évocation libre et lucide de la série par Jean-Claude Missiaen et deux boitiers amaray slim contenant respectivement les deux DVDs et les deux Blurays. On y retrouve la relecture du texte du réalisateur en voix off et accompagné de quelques images de tournages pour l’occasion. Totalement inédit cependant, l’intéressant segment Le Credo de la violence regroupe les interviews des critiques Patrick Brion et Jean-François Giré, ainsi que de l’acteur Féodor Atkine, qui reviennent sur la pertinence inquiétante de la série aujourd’hui, ses ambitions et ses authentiques qualités artistiques (direction d’acteur, décors utilisés, rythme de la mise en scène…).
Liste des bonus
Livret 16 pages, Retour sur les hordes (09’), « Le Credo de la violence » de Dominique Maillet (29’).







