UNE FEMME DISPARAIT

The Lady Vanishes – Royaume-Uni – 1938
Support : Bluray
Genre : Thriller, Espionnage
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Acteurs : Margaret Lockwood, Michael Redgrave, Paul Lukas, May Whitty, Basil Radford, Naunton Wayne, Mary Clare…
Musique : Louis Levy, Charles Williams
Durée : 97 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : ESC Editions
Date de sortie : 02 septembre 2020
LE PITCH
Dans le train qui la ramène des Balkans chez elle, Iris se lie avec une vieille dame, Miss Froy. Or celle-ci disparaît pendant le sommeil d’Iris : à sa place se trouve une autre dame portant les mêmes vêtements. Aucun passager du train ne se souvient de Miss Froy. Assistée par un jeune musicien, Gilbert, Iris mène l’enquête.
« Tu me vois, tu me vois plus »
L’Amérique se rapproche et boosté par le succès de Jeune et innocent Alfred Hitchcock propose pour son dernier film personnel sur le sol britannique un étalage de talent, de maitrise, de drôlerie et de suspens à la limite de l’indécence. Et tout ça dans un train lancé à pleine vapeur.
Maitre du suspens, virtuose de la mise en scène et explorateur de l’outil cinéma, Alfred Hitchcock est aussi l’un de ces génies qui savaient marier une inventivité considérable avec un véritable sens de l’entertainement. Du divertissement purement et simplement que le cinéaste réfléchissait, travaillait et modelait pour plaire à son public. Cela pourrait être une insulte chez d’autres (le fameux nivellement par le bas de la comédie franchouille), c’est un gage de qualité chez lui, car en observant les envies et la réception inégales de ses films au box office, il en profitait pour affiner sa proposition et parfaire son fougueux, et alors assez unique, mélange des genres. Ce qui deviendra la marque de fabrique de ses grandes réussites populaires dans les années à venir trouve ici déjà une forme d’aboutissement avec l’extraordinaire et réjouissant Une Femme disparait. Adaptation assez libre (comme toujours) du roman The Wheel Spins d’une Ethel Lina White manifestement très marquée par Agatha Christie (et Le Crime de l’Orient Express en particulier), le film est l’occasion pour Hitchcock d’entrainer le spectateur dans un étalage de son savoir-faire. Mélange de comédie, de thriller d’espionnage et de film d’action, il pousse les leviers au maximum imposant un rythme effréné, une course en avant sans temps mort emporté par les vibrations du train à vapeur, où toutes les pièces, aussi excessives soient-elles, s’imbriquent avec virtuosité.
Déraillement contrôlé.
Hitch joue avec ses spectateurs, mais s’amuse tout autant à les bousculer, à les surprendre, offrant ainsi par exemple une première demi-heure hilarante enfermant le temps d’une nuit les touristes dans un hôtel, attendant leur train immobilisé par la neige. L’occasion rêvée de faire connaissance avec des dizaines de personnages haut en couleurs, excentriques voir parodiques parfois, terriblement anglais, et de livrer un nouveau numéro assez brillant de screwball comedy avec la toute jeune mais éblouissante Margaret Lockwood (L’Assassin s’était trompé) et un Michael Redgrave arraché aux planches londoniennes. Un duo parfait, chamailleur mais déjà chaleureux, qui donne cette accroche imparable, cette sympathie évidente pour mieux amorcer ensuite l’entrée violente du métrage dans le vif du sujet : Miss Foy disparait et seule Iris s’emble se souvenir d’elle. Le doute s’installe, les regards se troublent, les personnalités lâches, égoïstes émergent derrière la bonhomie de certain, tandis que ces inlassables allers-retours à travers les wagons dérivent vers un délire paranoïaque impitoyable. Twists à foison, indices parsemés dans l’image depuis les premières secondes, quiproquos et parenthèses légères (l’affrontement contre le « magicien »), dangers omniprésents et final en forme de siège digne d’un western, l’exercice est plus que maitrisé, il est sublimé à chaque séquence. Et ce malgré l’utilisation de maquettes bien visibles aujourd’hui et d’un tournage sur un simple décor étriqué. On touche ici au génie du bonhomme, et d’autant plus sans doute que sous cette fantaisie aux accents géopolitiques un peu flous (l’action se situe dans un pays des Balkans fictif) affleure une peinture tout en ombres portés d’une Europe encore trop hésitante, dispersée, face aux agissements de l’Allemagne nazi.
L’une de ses plus belles réussites. L’une de ses plus ludiques aussi.
Image
Le Master HD du film existe depuis quelques années déjà et avait été produit à une époque ou les scan 2K et 4K n’était pas encore d’actualité. Pourtant, et ce malgré un travail effectué à partir d’une copie positive (et non négative) le résultat final est particulièrement solide. Toutes les marques des années, ou presque, ont été nettoyées tandis que les cadres ont été stabilisés. Bien entendu il y a eu ici une utilisation d’un logiciel DNR mais la définition est plus que satisfaisante assurant un piqué bien dessiné, une légère profondeur bienvenue, un petit grain de pellicule visible et les fameux reflets argentiques tant attendus.
Son
Profitant d’un petit coup de jeune dans la foulée, les pistes mono d’origines, en particulier la vo, se découvrent une clarté inédite et un confort d’écoute bien équilibré. Pas de perdition ou autres saturations à noter.
Interactivité
Comme pour les précédents Sabotage et Jeune et innocent chez le même éditeur le seul supplément présent sur le disque est une présentation du film par Christophe Champclaux (la collection Ciné Vintage chez Courrier du Livre). Tout aussi efficace que les deux autres, elle brasse aisément toutes les petites particularités du film et pose le film au pivot de ce futur passage transatlantique, avec bien entendu en ouverture un petit coup de pouce pour ceux qui cherche encore le caméo du réalisateur.
Liste des bonus
Présentation du film par Christophe Champclaux (10’).






