LE TUEUR À L’ORCHIDÉE

Sette orchidee macchiate di rosso – Italie, Allemagne – 1972
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Umberto Lenzi
Acteurs : Antonio Sabato, Uschi Glas, Pier Paolo Capponi, Rossella Falk, Marina Malfatti, Renato Romano, Marisa Mell, Gabriella Giogelli…
Musique : Riz Ortolani
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 92 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 11 avril 2025
LE PITCH
Un mystérieux tueur s’en prend à des femmes, laissant auprès de leur corps un médaillon en forme de croissant de lune. Sa troisième victime, Giulia Torresi, réchappe à la mort dans le train de nuit Paris-Rome. Pour la garder en sécurité, l’inspecteur Vismara, chargé de l’enquête, la fait passer pour morte. Mais un lien entre les meurtres apparaît à Giulia et, aidée de son mari, Mario Gerosa, couturier, la jeune femme décide de mener sa propre enquête.
Floraison saisonnière
Le giallo est définitivement un genre qui convient parfaitement au style sobre et roublard d’Umberto Lenzi. Les fans classent d’ailleurs régulièrement ses propositions comme Si douces, si perverses, Spasmo ou Chats rouges dans un labyrinthe de verre parmi les petits classiques du genre. Sans être renversant, Le Tueur à l’orchidée ne démérite pas parmi ce palmarès.
Si certains de ses collègues, comme Bava Argento, Leone, Fulci, Castellari, ont fait et défaits les modes d’un cinéma italien toujours avide de nouveautés et de rééventions, Umberto Lenzi a construit une filmographie beaucoup plus modeste, se logeant toujours très solidement dans les grandes vagues du moment, passant d’un genre à l’autre sans forcément y apporter une patte redoutable mais tout de même, le plus souvent, avec un soin plutôt appréciable. Si on excepte des années 80 assez tristes ouvertes par L’Avion de l’apocalypse et Cannibal Ferox, ultra opportunistes et parfois aussi Z que Bis, ses approches du cinéma d’aventure (Hercule contre les mercenaires), du Fumeti (Kriminal), du polar (Le Cynique, l’infâme, le violent) et bien entendu du giallo, ont effectivement aboutie à quelques jolis succès et des divertissements on ne peut plus recommandables. Tourné entre le plutôt original Meurtre par intérim et le plus basique Le Couteau de glace, Le Tueur à l’orchidée faisait surtout directement suite à la sortie en salle du fameux L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, soit une totale réinvention d’un genre encore très conditionné par ses origines littéraires. D’ailleurs Lenzi continue de se défendre d’avoir voulu simplement copier le chef d’œuvre du romain, arguant de la présence à la production de la société allemand La Rialto, grande spécialiste des krimis germaniques et des adaptations des romans à sensations d’Edgar Wallace (la distribution allemande utilisera d’ailleurs abusivement du nom du romancier).
Dites-le avec des fleurs
Si effectivement Le Tueur à l’Orchidée fait apparaitre durant son premier tiers un serial killer ganté et vêtu de noir, s’attaquant sauvagement à quelques pauvres femmes avec une vision subjective du meilleur effet, très vite il est évident pour le spectateur que le cinéaste n’en fera jamais le cœur du film, mais bien quelques jaillissements solidement troussés (mention spéciale au meurtre à la perceuse) qui ne font que ponctuer un récit policier à l’ancienne. On n’est pas loin ici du giallo de complot des débuts, avec une police tellement dépassée, voire incompétente, qu’elle oblige les jeunes et beaux mariés Mario (Antonio Sabato) et Giulia (Uschi Glass) à s’improviser eux-mêmes détectives en herbe. Elle se faisant passer pour morte après une première tentative d’élimination esquivée de justesse, lui ruant dans les brancards avec toute la virilité ritale de l’époque, ils découvrent le lien existant entre les victimes du tueur : une liste de sept femmes visées et le lien avec un ancien client d’un hôtel qui aurait été percuté par accident par une voiture. Entre la vision d’un système policier totalement à la ramasse et une visite dans une communauté hippie bien caricaturale avec ses filles faciles et ses homos à tous les étages, Le Tueur à l’orchidée n’est pas plus réactionnaire que la plupart des pelloches de l’époque, et chaloupe surtout entre les indices avec à un pseudo-réalisme qui contraste bien souvent avec l’incongruité de ces derniers et des coïncidences comme s’il en pleuvait. On passera sur l’apparition de jumelles bien pratiques pour s’offrir un petit twist supplémentaire (mais qui nous permet surtout de profiter pour quelques séquences de la superbe Marisa Mell), sans doute un peu moins facilement sur la grande révélation finale que tout le monde ou presque avait vu venir une bonne demi-heure plus tôt.
Mais Lenzi s’applique et soigne ses plans, profite d’une jolie photographie, de thèmes déjà entendus mais toujours efficaces signés Riz Ortolani, d’un casting assez glamour, et mélange allègrement suspens et humour ironique, aboutissant à un giallo traditionnel tout à fait divertissant.
Image
Certains avaient sans doute déjà connu la copie SD, mais de qualité, proposée du coté du regretté éditeur Neo Publishing, et vont certainement prendre encore plus de plaisir à redécouvrir le film avec ce nouveau transfert HD particulièrement réussi. Avec un très beau scope, bien précis et stable, maniant plutôt élégamment le petit grain, les reflets argentiques et quelques retouches plus numériques, le Bluray fait franchement la différence avec son traitement des couleurs, plus contrastées, chaudes et pleines que jamais. On retrouve enfin toute l’esthétique de ces premiers giallos, encore conditionnés par le Technicolor, ses petits excès de teintes et sa suavité.
Son
Solide prestation aussi du coté des pistes sonores, italienne ou française, toute deux très clairs et équilibrés. Quelques petits restes des années se laissent parfois entendre mais vraiment rien de gênant avec des dialogues clairs et des musiques qui savent très facilement s’imposer sur les enceintes.
Interactivité
Boitier scanavo, fourreau cartonné, Le Chat qui fume reprend son habillage habituel, mais aussi son attrait pour les interviews inédites. On commence avec l’actrice Gabriella Giogelli qui joue l’une des premières victimes et qui se remémore le tournage de cette scène légèrement dénudée, mais revient surtout à la fois sur ses ambitions de jeunes starlettes et d’actrices et son amitié pour un Umberto Lenzi qui s’avéra être son voisin. Ce dernier reprend la main pour retracer l’origine du film, son tournage et de nombreux souvenirs de tournage, mais aussi pour s’expliquer quand aux rapprochements faits parfois avec le film d’Argento. Lenzi aime, comme toujours, beaucoup son film et le défend bec et ongle.
Attention, annoncé sur le site et la jaquette du film, le bonus « Le Giallo : une radiographie de l’Italie d’après-guerre » est malheureusement absent du disque.
Liste des bonus
« Les Fleurs de sang » : Entretien avec Umberto Lenzi (24’), « Mémoire d’un meurtre » : Entretien avec Gabriella Giogelli (19’), Bande-annonce (2’).






