DRAGON INN & A TOUCH OF ZEN 4K

龍門客棧, 俠女 – Taïwan – 1967/1971
Support : UHD 4K
Genre : Wu Xia Pan, Action
Réalisateur : King Hu
Acteurs : Hsu Feng, Shih Chun, Bai Ying, Shang Kuan Ling-Feng, Tien Peng, Roy Chiao…
Musique : Chow Lan-ping, Wu Dajiang
Durée : 111 et 180 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Mandarin et français DTS HD Audio Master 1.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 20 mai 2025
LE PITCH
Dragon Inn : Le tyrannique eunuque Cao Shaoqin ordonne l’assassinat du ministre de la Défense Yu Qian, accusé à tort d’avoir aidé des étrangers. Ses trois enfants sont, eux, condamnés à l’exil hors du pays. Mais Cao Shaoqin prévoit en réalité de les exterminer en chemin : il ordonne à ses deux fidèles commandants de préparer une embuscade à l’Auberge du Dragon, située près de la frontière…
A Touch of Zen : Gu Shengzai, vieux garçon exerçant la profession de peintre et d’écrivain public, mène une vie tranquille avec sa mère, laquelle cherche à tout prix à marier son fils. Lorsqu’une nouvelle voisine vient s’installer à côté de chez eux, l’occasion est inespérée. Mais cette jeune fille mystérieuse n’est autre que Yang Huizhen, dont le père a été assassiné par la police politique du grand eunuque Wei et qui est depuis, recherché pour trahison…
La magie du sabre
Ressortis sur les écrans dans des versions 4K au cœur de l’été 2015, Dragon Inn et A Touch of Zen sont venus rappeler avec la beauté éclatante d’une restauration luxueuse toute la maestria et la puissance du cinéma incontournable de King Hu.
Un génie déjà présent dans son premier et énergique Come Drink With Me (L’Hirondelle d’or avec l’incroyable Chen Pei-Pei) pour la fameuse Show Brothers, mais qui va définitivement exploser dans le diptyque Dragon Inn et A Touch of Zen, tous deux tournés à Taïwan dans une industrie alors encore balbutiante. Décors somptueux, paysages renversants de beauté et traités comme des peintures sur rouleaux, chorégraphies pensées comme des ballets à géométries et rythmiques variables, ce sont là deux films d’aventure virtuoses où le cinéaste opère à sa manière le polissage que Hitchcock effectua sur les films à suspens ou Kurosawa sur les chambara : non pas une réinvention des codes d’un genre, mais un encrage définitif dans des origines artistiques nobles (ici l’opéra chinois, la littérature historique…) pour lui offrir une nouvelle grammaire, une forme plus pure. L’un est un excitant film d’exploitation encore marqué par l’école de la chine continentale, le second une fresque totale de trois heures, les deux sculptent une réalité fantastique, spectaculaire et démesurée qui a depuis largement fait école, de Tsui Hark à Ang Lee en passant par Quentin Tarantino bien entendu. Les deux plus belles œuvres d’un géant.
Image
Lors de leur retour en salles voici une petite dizaine d’années, Dragon Inn et A Touch of Zen avaient subjugué les spectateurs par les toutes nouvelles restaurations effectuées par le Taiwan Film Institute en 2013 et 2014. Tout d’abord exposés dans un superbe coffret Bluray, on retrouve à nouveau ici ces scans 4K rutilants admirablement encodés pour un rendu plus sublime encore, extrêmement propre, stable, contrasté, avec un superbe piqué révélant toutes les aspérités initiales de la pellicule. Si parfois la colorimétrie de Dragon Inn peut surprendre via quelques oppositions de valeurs jour / nuit ou intérieur / extérieur, l’image est telle qu’elle fut pensée en 67, l’éclatante précision en plus. Un peu plus marqué, sans doute à cause des nombreux remontages et coupes, A Touch of Zen n’en est pas moins presque aussi beau, même si on ne peut s’empêcher de regretter que quelques manipulations digitales n’aient pas été effectuées sur les différentes traces qui résultent d’objectifs sales, où sur des noirs qui manquent sans doute d’un soupçon de profondeur. Reste qu’avec l’apport de la projection 4K les deux films sont certainement plus flamboyants que jamais.
Son
Les amateurs de films chinois le savent : des années durant l’industrie locale a clairement enregistré et préservé les bandes sons n’importe comment. Ici donc, malgré d’authentiques restaurations des monos d’origines et un DTS HD Master Audio qui assure tout de même une clarté des plus sensibles, la postsynchronisation et son petit écho se laisse entendre, les légers chuintements et effets de saturations restent présents, et bien entendu les musiques manquent d’amplitude. Comme presque tous les films chinois de cette époque donc.
A noter que le doublage français de A Touch of Zen (l’autre n’est dispo qu’en vo), très clair et propre, se révèle très désagréable et anachronique, car sans doute enregistré quelques années plus tard.
Interactivité
Nouveau coffret King Hu donc pour Carlotta films qui délaisse le fourreau rouge vif initial pour un nouvel objet tout à fait réussi mais avec une illustration inédite signée Tony Stella cette fois-ci. L’objet contient même dans le boitier un livret inédit, en provenance à priori des collègues anglais de Eureka, qui compilent documents anciens (interview de King Hu, notes de productions…), analyses sur le style et les deux œuvres en question (les archétypes, la période historique…) et même un préambule signé par un Tsui Hark qui n’aura jamais de cesse de se mesurer au maitre. Du coté des suppléments inédits on découvre aussi un petit segment mélangeant les propos du critique taïwanais Steven Tu et de l’acteur Shih Chun, pour donner quelques informations sur le style et la méthode du réalisateur et une ou deux anecdotes de tournage.
Mais Carlotta Films a aussi la très bonne idée de reprendre tous les suppléments du premier, à commencer par le documentaire King Hu 1932-1997 réalisé en 2011 par Hubert Niogret, journaliste à positif. Un reportage éclairant tourné entre Taïwan et Hongkong avec la participation d’anciens collaborateurs (chorégraphe, acteurs…) et historiens locaux, évoquant avec émotion la place unique de King Hu dans le cinéma asiatique. De ses débuts à son élévation au statut de modèle, le film ne dure même pas une heure mais reste assez dense avec de nombreuses évocations de ses influences, de ses méthodes de travail et de sa recherche constante de perfection. On y retrouve aussi pour chaque film une préface (environ 7 minutes) signée Pierre Rissient, grand défricheur avant l’heure du cinéma asiatique. Il y évoque ses souvenirs personnels, et donc sa confrontation au cinéma de King Hu, tout autant que ses efforts pour présenter A Touch of Zen à Cannes, ou sa redécouverte de Dragon Inn avec de nouveaux sous-titres vraiment fidèles. De la même façon, on peut aussi visionner les modules analytiques enregistrés par David Cairns pour la sortie anglaises. Montés sur des extraits de chaque film, ses commentaires cachent sous un humour très pince-sans-rire (anglais donc) qui n’hésite pas à se moquer un peu de certains effets datés, un regard pertinent. Il tisse des liens avec les westerns de Sergio Leone, souligne les nombreux emprunts de Quentin Tarantino, mais aussi s’efforce constamment d’accompagner les grandes prouesses et inventions des films, décrivant quelques mouvements de caméra, des chorégraphies, des ellipses narratives, des effets de montage, pour constamment porter le cinéma de King Hu aux hauteurs qu’il mérite amplement.
Liste des bonus
Un livret de 80 pages, Entretien avec Steven Tu et Shih Chun (10’), Préfaces de Pierre Rissient, « Hostel Forces » : Essai réalisé par David Cairns, critique (15’), « Actualités » (2’), « Golden Blood » : Essai réalisé par David Cairns, critique (18’), « King Hu 1932-1997 » (48’), Bandes-annonces.








