LE DERNIER MONDE CANNIBALE

Ultimo mono cannibale – Italie – 1977
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur, Aventure
Réalisateur : Ruggero Deodato
Acteurs : Massimo Foschi, Me Me Lai, Ivan Rassimov, Sheik Razak Shikur, Judy Rosly…
Musique : Ubaldo Continiello
Image : 2.35 16/9
Son : Italien, Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 88 minutes
Éditeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 16 janvier 2026
LE PITCH
En route pour l’île de Mindanao, un avion avec quatre passagers, s’écrase dans la jungle. La nuit tombée, les rescapés sont agressés par des cannibales et seuls Robert Harper et Rolf parviennent à s’échapper. Mais très vite les difficultés rencontrées dans cette forêt hostile les séparent et Rolf disparaît. Perdu et affamé, Harper est finalement capturé par une tribu pour être soumis aux pires atrocités…
Au cœur des ténèbres
On a coutume de dire, un peu injustement, que Ruggero Deodatto était le réalisateur d’un seul film, le traumatisant et mémorable Cannibal Holocaust. Pourtant à peine deux ans plus tôt ce dernier signait déjà une première incursion dans le cinéma d’horreur dît de Cannibale avec Le Dernier monde cannibale. Une expérience déjà ténébreuse, terrifiante et malsaine repoussant l’homme civilisé dans ses derniers retranchements.
Non, Deodato n’a pas lancé la mode des films de cannibale avec l’opus le plus célèbre Cannibal Holocaust. D’ailleurs lorsqu’il s’attèle en 1977 au présent Dernier monde cannibale il est censé livré plus ou moins la suite du précédent Au pays de l’exorcisme d’Umberto Lenzi qui faillit d’ailleurs un temps s’en charger lui-même. Un film d’aventure exotique plutôt classique mais marqué pour sa séquence la plus célèbre par une séquence de cannibalisme qui fit grandes sensations à l’époque. Mais a cette vision finalement plutôt timide, Deodato préfère lui répondre par une plus grande proximité avec l’école des films Mondo, ces productions plus ou moins vérités capturant les horreurs du monde aux quatre coins du globe. Le cinéaste embarque donc toute son équipe, réduite, au cœur de la jungle des Philippines, tourne ses scènes dans des conditions parfois aussi rudimentaires que dangereuses, obligeant acteurs et techniciens à subir chaleur, humidité, insectes et autres charmants virus locaux pour obtenir à l’écran une authentique sensation de fièvre, un étonnant aspect cinéma vérité. Pas besoin comme dans Cannibal Holocaust de jouer la carte du film dans le film, l’intensité des traversés de l’enfer vert, l’utilisation très particulière des rares sources de lumières perçant sous la canopée et la réduction à l’extrême de la dramaturgie donnent véritablement naissance à un survival intense et viscéral.
Un ticket pour l’enfer
L’esthétique du documentaire n’est jamais très loin et même si en très bon artisan Deodatto soigne toujours ses cadrages, le montage et la caméra se laissent emporter par une nervosité des plus communicatives. Même lorsque l’atmosphère glisse vers un voyage plus primitif, païen et mythologique, lors de l’emprisonnement du protagoniste dans la grotte de cette tribu restée à l’était de l’âge de pierre, la folie totale de la situation, la bestialité affichée et l’interprétation à fleur de peau de Massimo Foshi (acteur de théâtre qui ne toucha que très peu au cinéma) offre une sacrée épaisseur au spectacle. On peut d’ailleurs louer aussi cette acception de la mise à nu totale (le film fut d’ailleurs tourné en une version plus habillée pour les USA), jamais érotique ni voyeuriste, mais reflétant le dépouillement total et l’asservissement du personnage. Une traversée de l’enfer implacable et étouffante dans laquelle là encore le cinéaste impose sa différence avec les visions plus new age, voir naïve, de l’époque, où la confrontation à une nature immuable et aux profonds instincts de l’homme sauvage étaient censée provoquer une forme de renaissance. Chez lui, l’ordre naturel n’est que violence, dévoration du plus faible par le plus fort, question de remetre effectivement l’être humain au même niveau que l’animal. La scène choquante de la préparation d’un véritable crocodile pour un banquet tribal trouvera ainsi un écho très direct avec la scène finale du meurtre et de la dévoration plein cadre de la pauvre Pulan (Me Me Lai vue dans Au pays de l’exorcisme et L’élément du crime) reproduisant scrupuleusement de véritables pratiques cannibales. Le « héros » Robert Harper ne sortira sans doute pas transfiguré par ces mésaventures, sévices et humiliations diverses, mais tout simplement traumatisé et certainement plus cynique encore que le metteur en scène.
Une œuvre noire, intense et sans pitié, dépassant aisément les petits élans opportunistes de nombreux films d’horreur de l’époque, pour confronter le spectateur à une plongée bestiale dans un monde oublié. Les prémisses de l’opus magnus Cannibal Holocaust sont déjà bien présentes… et bien corsées.
Image
Financé, comme pour La Planète des vampires et autres films cultes, par la société de Nicolas Winding Refn, la restauration de Le Dernier monde cannibale nous offre le film dans une copie UHD étonnante. Un travail effectué à partir d’un scan 4K des négatifs originaux 35mm du montage italien (le montage US n’est disponible que sur la plateforme US de Severin films) suivi d’un nettoyage en règle et extrêmement poussé. Les multiples instabilités d’autrefois, les taches et griffures parfois très visibles, ont totalement disparues laissant une copie immaculée mais qui n’a absolument rien perdu de sa rugosité, de son grain et de son intensité argentique. Comme d’autres avant lui, Le Dernier monde cannibale se sépare de son image bis et fauché d’autrefois pour révéler la puissance de sa photographie et l’intensité de ses couleurs (les scènes au cœur dans la jungle ou dans la grotte sont splendides). Même les inserts de stockshots (diverses vues de la nature et des animaux hérités de documentaires) ont été plutôt joliment harmonisés avec quelques variations de textures persistantes.
Son
Les pistes monos sont délivrées dans des DTS HD Master Audio de très bonne qualité, clairs, équilibrés, sobres mais complets. Le travail de rajeunissement est là aussi manifeste même si quelques variations dans les mixages existent bel et bien. La version italienne assure plus de naturel, la version anglaise manque (comme souvent) de conviction et le doublage français s’en sort assez bien.
Interactivité
Pour son édition 4K / Bluray de Le Dernier monde cannibale, Sidonis Calysta propose un digipak avec fourreau cartonné incluant un nouveau livret making of signé Marc Toullec. Sur les deux disques on découvre un programme plutôt chargé. On choisira de l’ouvrir par une double interview avec le bon client Ruggero Deodato toujours prompt à parler de ses films, à évoquer ses divers souvenirs de tournage, ses collaborations avec les acteurs ou les compositeurs et ses soucis de censure. Il crache aussi un peu, en bon réac, sur l’état de la société actuel et se fait mousser comme il savait si bien le faire. Un peu dans le même genre, l’intervention de Nicolas Winding Refn au Festival de Venise pour la présentation de la nouvelle copie restaurée tourne à l’habituel étalage d’égo et le cinéaste parle nettement plus de sa personne que du film en question. Heureusement, l’accompagnateur Manlio Gomarosca réussit à recentrer la conversation et délivrer quelques infos sur la production.
Il n’empêche que le gros morceau de l’édition est la présentation de plus d’une heure enregistrée par un Christophe Gans toujours aussi loquace, érudit et didactique qui raconte les carrières de Deodato et de ses acteurs, les informations sur le tournage avec de nombreuses réflexions autour des influences du films, la grande mode du cinéma Mondo, son dérivé cannibale et plus généralement un cinéma souvent conspué vécu autant comme une bénédiction qu’une malédiction par ceux qui s’y sont trempé. Passionnant encore et toujours.
Liste des bonus
Livret rédigé par Marc Toullec (52 pages), Présentation par Christophe Gans (72’), Entretien avec Ruggero Deodato (28’), Masterclass avec Nicolas Winding Refn et Manlio Gomarosca (65’).






