LA PETITE

Pretty Baby – Etats-Unis – 1978
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Louis Malle
Acteurs : Brooke Shields, Keith Carradine, Susan Sarandon, Frances Faye, Antonio Fargas, Matthew Anton, Barbara Steele…
Musique : Gerald Wexler
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 110 minutes
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 14 février 2026
LE PITCH
1917, Nouvelle Orléans, dans l’une des maisons de tolérance du quartier chaud de Storyville. Après qu’elle ait assisté à l’accouchement de Hattie, sa mère prostituée, la jeune Violet fait la connaissance de Bellocq, un artiste qui arrache à la patronne de l’établissement où elle vit l’autorisation d’y photographier ses pensionnaires. Bien que celui-ci se lie d’amitié avec Violet, il n’en garde pas moins ses distances avec elle. Tout change le jour où l’adolescente, fouettée pour entretenir une relation trop sentimentale avec un jeune Noir, s’enfuit et se réfugie chez lui.
Belle enfant
Très difficilement visible, en particulier en France, depuis le scandale provoqué par sa présentation à Cannes en 1978, La Petite reste aujourd’hui encore, par son sujet sulfureux, un film complexe à aborder. Et donc forcément passionnant.
Comme d’autres longs métrages qui se refusent à expliciter constamment leur propre point de vue sur le sujet qu’ils abordent, La Petite a très souvent été mal compris, entouré de préjugés et observé par des angles biaisés. Certains y ont vu un étalage de mauvais goût et un traitement bien enjolivé de la réalité de la prostitution infantile dans cette Amérique du début du XXeme siècle, d’autres y ont été ouvertement déçus de ne pas découvrir un spectacle plus démonstratif voir pervers. Naturellement le film de Louis Malle a choisi un entre-deux nettement moins confortable et ambigu qui oblige le spectateur à se confronter à sa propre morale et faire avec ce drame historique des liens constant avec notre réalité moderne.
Animé par la passion du cinéaste pour le jazz, la Nouvelle Orléans et par de multiples recherchent qui lui permirent de nourrir son film de solides bases documentées (quelques noms, personnages et citations sont des éléments biographiques avérés), La Petite est aussi le reflet de son époque de tournage, faisant constamment référence à la passion du monde hollywoodien pour la figure de la « gamine », mignonne et docile, et son rapport souvent limite avec la sexualisation de ces enfants stars. Le choix de la toute jeune Brooke Shields, alors âgée de onze ans, pour le rôle-titre n’a absolument rien d’innocent : elle était déjà une icône du mannequinat et avait posé, sous l’impulsion de sa mère, pour des photos de nu où elle était hypersexualisée.  Violet est ainsi Brooke Shields (extraordinaire actrice pour son âge au demeurant) et beaucoup d’autres, jeunes filles livrée aux regards d’adultes qui confondent souvent tout et projettent sur l’innocence des fantasmes qui ne sont pas les siens.
Photos volées
Souvent coupées mais pourtant nécessaires, les apparitions de l’héroïne dans le plus simple appareil, en particulier un plan frontal reproduisant une photo du véritable Belocq, peuvent choquer certains spectateurs. Elles viennent justement confronter le spectateur à la dichotomie entre l’existence offerte à cette nymphette prépuberte, et la réalité de son corps, non formé (celui d’une enfant donc), qui ne devrait donc pas être l’objet du moindre fantasme. La Petite fonctionne ainsi très souvent en deux temps. En premier lieu, il renoue avec la forme de la chronique, travaillant une reconstitution à l’esthétique presque veloutées, capturant des successions de scènes dans les coulisses du maison close des plus communes, où la gravité est le plus souvent éludée, préférant s’attarder sur les instants de musiques, de rires et de légèreté contrastant avec une réalité bien plus misérable en vérité.
Au milieu de ce petit théâtre de la sĂ©duction, Violet fait comme les autres, et joue les grandes, les sĂ©ductrices, la prostituĂ©e, suivant le modèle de sa mère (Susan Sarandon, magnifique de duretĂ©) qui d’ailleurs n’hĂ©site pas dĂ©jĂ Ă l’utiliser parfois dans certaines prestations mieux rĂ©munĂ©rĂ©es. La grande cĂ©rĂ©monie qui entoure la vente aux enchères de sa virginitĂ©, filmĂ© comme un croisement, non sans ironie, entre une communion et une cĂ©rĂ©monie paĂŻenne, pourrait alors presque ĂŞtre vue comme une fĂŞte. Mais il y a cette nervositĂ©, cette inquiĂ©tude et finalement cette peur visible dans les yeux de Brooke Shields lorsqu’elle est seule avec le client qui rappelle une fois encore que sa place n’ait jamais Ă©tĂ© lĂ . Le deuxième temps finit toujours par dĂ©passer la première impression : un regard camĂ©ra, des rires pour mieux cacher les larmes, une curieuse photo oĂą elle est habillĂ©e comme une poupĂ©e, un contraste dĂ©rangeant entre la fragilitĂ© du personnage et le corps longiligne d’un Keith Carradine qui finira par la marier… Louis Malle (Ascenseur pour l’Ă©chafaud, Au Revoir les enfants, Le Souffle au cĹ“ur…) vient constamment rappeler que Violet est encore une enfant et questionner cette « normalitĂ© » que les autres tentent de faire passer pour acceptable.
Il n’y aura pas de grand discours explicatif, de dénonciation moraliste, de jugement péremptoire, mais simplement une écriture au plus près des personnages et surtout une réalisation délicate et intelligente qui permet au spectateur de faire son propre chemin. Risqué en effet, mais courageux et payant.
Image
Après de longues années d’absence La Petite est à nouveau visible en France et profite, tant qu’à faire, de la restauration 4K produite à la Paramount en 2022. Peu ou pas d’info sur le procédé utilisé mais effectivement le film affiche une propreté, une netteté et une stabilité totalement inédite. La photographie est revivifiée, les ambiances intérieures sont élégamment feutrées, les couleurs délicates bien délimitées… Pas grand-chose à reprocher à la copie, si ce n’est tout de même un petit abus de dégrainage qui rend le film bien plus lisse qu’il ne l’était. Une petite entorse pour les puristes.
Son
Aucuns soucis sur la version originale mono qui propose un DTS HD Master Audio 2.0 parfaitement rafraichi et offre un bel équilibre entre les voix et les ambiances. Tout est clair sans perte audible ou petits accrocs. Le doublage français, à la traduction parfois un peu étrange (pourquoi ajouter des gros mots à la moitié des phrases ?) a, comme c’était souvent le cas à l’époque, tendance à écraser l’arrière-plan avec les voix locales.
Interactivité
Intervenante assez rare du coté des bonus Bluray / DVD, Aurore Renaud se livre à une passionnante présentation du film, brassant les particularités et les évolutions du cinéma de Louis Malle, explorant les outils de représentation du film, soulignant les thèmes et point de vue utilisés, tout en offrant de nombreuses informations et anecdotes sur les coulisses du tournage (pouvant être rocambolesques avec la mère de Brooke Shields) et les diverses sources historiques ou contemporaines qui ont inspiré le film. Presque une heure cela peut paraitre long sur le papier, mais ce petit cour d’histoire du cinéma passe comme une lettre à la poste.
On pourra cependant regretter que Sidonis Calysta ne propose pas ici l’interview inédites de l’actrice principale enregistrée par Kino Lorber pour sa propre édition.
Liste des bonus
Présentation du film par Aurore Renaud, journaliste et critique de cinéma et auteur (48’).







