L’ÉVENTREUR DE NEW YORK

Lo Squartatore Di New York – Italie – 1982
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Lucio Fulci
Acteurs : Jack Hedley, Almanta Suska, Lucio Fulci, Howard Ross, Barbara Cupisti, Zora Kerowa…
Musique : Francesco De Massi
Durée : 93 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français, Italien et Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Éditeur : The Ecstasy of Films
Date de sortie : 19 août 2020
LE PITCH
New York est en état de choc. Une vague de crimes abominables s’est abattue sur la ville. Des jeunes femmes sont retrouvées mortes et mutilées. Le policier Fred Williams, chargé de la douloureuse enquête, est bientôt contacté par un homme parlant avec une voix de canard, et prétendant être l’assassin. Une voix qui défie Williams de le retrouver. Alors que tout est mis en place pour arrêter l’immonde maniaque, les crimes les plus atroces vont se succéder…
En sortant de la mare
Pas forcément le film de Lucio Fulci doté de la meilleure presse ou de la meilleure réputation, le putassier L’Éventreur de New York a su avec les années faire émerger de cette atmosphère sordide, de sa culture du mauvais goût, l’évocation d’une citée en pleine décadence, théâtre de toutes les perversités.
L’Enfer des zombies, Frayeurs, L’Au-delà, La Maison près du cimetière… Lucio Fulci est depuis deux ans le nouveau grand maître du cinéma d’horreur et du gore, lorsqu’il est à nouveau contacté par le producteur Fabrizio De Angelis pour plancher sur un nouveau essai du genre. Léger changement de direction cependant, cet Éventreur se rapproche dans ses grandes lignes beaucoup plus du Giallo, genre transalpin pourtant déjà tombé en désuétude, auto-dévoré par ses propres obsessions stylistiques, que de l’horreur pure et dure. D’ailleurs si le film de Fulci reprend l’idée du whodunnit, de la main gantée et des meurtres sanglants à l’objet tranchant, il n’opte pas vraiment pour la réalisation suave et chaloupée, pour l’érotisme doucereux ou un quelconque fétichisme figuratif. Achevé et réarrangé par le célèbre Dardano Sacchetti (Le Chat à neuf queues, La Baie sanglante, L’Emmurée vivante…), le scénario porte encore énormément la marque du duo de La Longue nuit de l’exorcisme, Gianfranco Clerici et Vincenzo Mannino. Deux films étrangement assez proches, qui certes ne cultivent absolument pas le même paysage (le premier est perdu dans la campagne italienne, le second dans les pires quartiers de la Grande Pomme), mais jouent du même contraste entre une galerie de personnages rongés par les secrets et le vice, se plongeant allègrement dans la fange et le péché, et une icône enfantine : le caneton ou Donald Duck (le mot étant quasiment le même en italien).
Tir au canard
Une incongruité d’autant plus marquante dans L’Éventreur de New York qu’elle devient la voix du tueur, communiquant avec la police d’une voix pincée et ponctuée de « quack, quack » décontenançant. Au départ risible, cet élément sonore s’ajoute rapidement au malaise que provoque le métrage, s’appuyant sur une enquête policière aussi laborieuse que n’importe quel giallo, mais qui sert essentiellement de prétexte à une visite dans les rues les plus mal famée de la ville, les impasses glauques et les cinémas délabrés comme autant de reflet d’âmes viciées, partagées entre les hommes impuissants et apathiques et les femmes pratiquement toute réduites à leur potentiel sexuel ou leurs fantasmes. Fataliste, désespéré, zoom implacable sur une réalité peu avenante, L’Éventreur de New York rejoint clairement toute la vague de thriller urbain crasseux comme Driller Killer d’Abel Ferrara ou Maniac de William Lustig, contaminés par le même décor urbain. La misanthropie noir et frontale de Lucio Fulci est à l’œuvre, et il ne fait aucun effort pour la minimiser déversant avec une vulgarité totalement assumée des scènes érotiques pesantes et tristes avant d’enchaîner par les sévices ultra sanglants et scabreux subits par les victimes. Des effets spéciaux assez mémorables d’ailleurs, tranchant dans la viande glabre des jolies filles, cadrant une énucléation plein cadre, mais dont l’image la plus violente restera sans doute cette petite fille au regard épuisé, aux membres amputés, oubliée dans une chambre d’hôpital alors que le sadique vient d’être révélé, rappelant que personne ou peu ne se préoccupe véritablement des victimes et des innocents.
Arrivé au bout d’un voyage, et déjà marqué par l’effondrement à venir de la richesse du cinéma transalpin, L’Éventreur de New York est certainement la dernière grande réussite de Lucio Fulci, qui va, dès le film suivant Manhattan Baby, devoir de plus en plus composer avec une perte notable d’indépendance et des budgets s’amenuisant drastiquement.
Image
Retirons tout de suite le pansement : non ce n’est pas le transfert 4K des Américains Blue Underground qui est proposé ici mais une copie un poil plus ancienne, 2K moins coûteuse pour un éditeur français indépendant. Pas de perfection à l’horizon donc, mais vraiment pas loin puisque que le master reste d’excellent qualité grâce à une restauration très soignée aboutissant à des cadres parfaitement propres, tout en préservant la nature très marquée du film entre son léger grain de pellicule, ses petits effets vaporeux et sa photographie volontairement froide de jour mais très contrastée de nuit. De quoi dans tous les cas redorer le blason d’un film souvent simplement perçu comme craspec et terne.
Son
Trois pistes sonores sont disponibles : version française aux voix trop en avant, version italienne un peu « en dedans » et version anglaise beaucoup plus équilibrée (malgré quelques doubleurs pas franchement adéquates) et claire. Elle reste de toute façon la seule piste à couvrir le film dans son montage intégral puisque deux séquences de dialogues, furent longtemps invisibles en Europe.
Interactivité
Travail de longue haleine pour The Ecstasy of Films, l’édition de L’Éventreur de New York sent constamment le plaisir du travail bien fait, de la passion pour un film hors-norme. Si l’on retrouve comme les précédentes sorties de l’éditeur deux superbes Mediabook usant de l’affiche italienne ou française (avec 600ex pour chaque), le livret piqué en son centre, réunissant un article complet sur le film signé Lionel Grenier et un rappel de la figure de l’éventreur au cinéma par Alain Petit, est marqué par l’esprit dérangé du tueur. Des pages décorées au stylo bille, croquant des scènes du film ou gribouillant titres et noms qui soulignent clairement l’implication (malade ?) de l’éditeur.
Et au-delà de l’objet, le contenu de la section bonus est à l’avenant avec une sélection imposantes d’interviews, en très grande majorité inédites, donnant la parole à Antonella Fulci qui évoque sans détour le cinéma de papa et la fin du grand cinéma populaire italien, ainsi qu’aux acteurs Almanta Suska, Howard Ross, Barbara Cupisti et Zora Kerowa, ou au coscénariste Dardano Sacchetti, brassant à coup d’anecdotes le portrait d’un cinéaste au caractère très particulier et à l’univers torturé. Plus original Ecstasy a aussi enregistré un petit entretien avec Daniele De Gemini, directeur de Beat Ricords, dont le musicien de père (accessoirement jouant de l’harmonica dans un célèbre western) collabora ici avec Francesco De Masi. Encore mieux, cette section s’achève par une rencontre avec le talentueux Enzo Sciotti, affichiste de génie, collaborateur régulier de Fulci, qui accessoirement sublimait bien souvent les productions qu’il accompagnait.
Question de s’assurer que cette édition est totalement indispensable, l’éditeur propose aussi en lourd digestif le long documentaire 42nd Streets Memories qui retrace avec humour, franchise et anecdotes colorées la grande époque de cette rue aussi cinéphile que crasseuse, croisant le bis de toutes frontières avec les plus belles productions culs, dans un joyeux bordel pas toujours sécurisé. On y croise Joe Dante, William Lustig, Frank Henenlotter et bien entendu Lloyd Kaufman avec énormément de plaisir.
Ah oui, et le Mediabook contient aussi le CD complet de la bande originale de Francesco De Massi, mélange tortueux de pop de mauvais goûts et de moderne-jazz inquiétant.
Liste des bonus
Don’t Fear The Reaper : Entretien avec Almanta Suska (26’), Ripping Rememberances : Entretien avec la fille de Lucio Fulci, Antonella Fulci (22’), The Ripper Files : Un documentaire avec les trois acteurs/actrices, Howard Ross, Barbara Cupisti et Zora Kerowa. (24’), La Musique du sang : Entretien avec Daniele De Gemini, le directeur de la célèbre Beat Records Company en Italie (18’), Deux ou trois choses que je sais de Lucio… : Entretien avec Dardano Sacchetti, maestro du scénario. (20’), Le peintre du diable : Entretien avec le maître de l’illustration, Enzo Sciotti. (17’), 42nd Street Memories : The Rise and Fall of America’s Most Notorious Street de Calum Waddell (82’), Bande-annonce, Inclus le CD de la bande originale du film par Francesco De Masi, Inclus un livret de 40 pages avec une analyse du film par le Fulciologue Lionel Grenier et un dossier sur L’éventreur au cinéma par le spécialiste du cinéma de genre Alain Petit.







