ALPHA

France, Belgique – 2025
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Julia Ducournau
Acteurs : Mélissa Boros, Tahar Rahim, Golshifteh Farahani, Emma Mackey, Finnegan Oldfield, Louai El Amrousy, François Rollin…
Musique : Jim Williams
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 128 minutes
Éditeur : Diaphana
Date de sortie : 6 janvier 2026
LE PITCH
Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule le jour où elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras.
De marbre
Troisième film pour la réalisatrice Julia Ducournau, mais surtout premier après sa Palme d’or obtenue avec l’étonnant Titane. Comme par prudence, celle-ci propose une nouvelle réalisation moins dérangeante, plus calme, voir même plus portée sur le drame classique, mais l’étrangeté de son regard persiste.
Par sa réalisation plus apaisée, voir contemplative par instant, Julia Ducournau semble même revenir à la palette de son premier Grave, et ce jusque dans cette importance du regard témoin. Celui à nouveau d’une jeune fille, plus pré qu’adolescente, mais toujours habitée par une différence si difficile à porter. Alpha, c’est son nom, semble même volontairement les cultiver ses différences, s’opposant ouvertement à ces autres gamines de son bahut et montrant une fascination évidente pour les mondes de la nuit et les expériences « limites ». Sans que cela ne soit jamais vraiment expliqué, Alpha, le film, se déroule dans un monde proche du notre, mais contaminé par une dystopie pleine de grisailles, de vents cendreux et où sévi une terrible épidémie qui transforme progressivement les malades en statues de pierres douloureuses. L’omniprésence des aiguilles (drogues, tatouages…), des secrétions et du sang, ne laisse que peu de mystères sur le renvoi constant à une jeunesse passée durant les années Sida pour la metteuse en scène. Un cadre intéressant et réflectif qui aboutit aux meilleures séquences du film, croisant chronique adolescente avec cauchemars paranoïaques, atmosphères oppressantes avec de légers débordements de body-horror et un certain lyrisme lorsque les chairs deviennent pierres ou s’effritent en poussières rouges.
Le mal du siècle
Il y a avait là un film qui se suffisait à lui-même, onirique et finalement assez universel, mais Julia Ducournau veut constamment y greffer un autre, double plus porté vers le mélodrame et la tragédie familiale, où finalement la contamination se doublerait avec celle des proches. Les hantises d’une mère infirmière qui craint de voir sa fille devenir son nouveau patient et les terreurs d’un oncle qui tente d’oublier la douleur et la mort dans la toxicomanie, qui viennent constamment assommer la protagoniste entre crises de nerfs et explosions de colères. Malgré les très belles interprétations de Golshifteh Farahani et Tahar Rahim (en mode Christian Bale dans The Machinist) la symbiose entre les deux angles ne se fait jamais vraiment, handicapé par des archétypes qui semblent reproduire inlassablement les mêmes erreurs et les mêmes comportements, et une construction chronologique volontairement éclatée et sans repères, qui n’apporte pas grand-chose bien au contraire. Ce poid générationnel tombe à coté, laissant l’adolescente stupéfaite et les bras ballants face à sa solitude, et les deux adultes, frères et sœurs dont la relation semble hors de porté des autres, s’effondrer seuls un peu plus loin.
Les dernières images sont superbement morbides, la jeune Mélissa Boros est formidable de conviction et d’émotion, mais Alpha semble passer à coté de son histoire, créature bicéphale qui ne sait jamais où donner de la tête. Mais comme pour Grave et Titane, malgré les réserves il y a clairement une autrice, intrigante et habitée, à l’œuvre.
Image
Film tourné en numérique, Alpha est cependant habité par une volonté de préserver un certain rendu des matières, un grain et des textures plus sèches renvoyant à certains effets de la pellicule. Le transfert Bluray s’en fait parfaitement l’écho et assure une restitution nette et précise tout en préservant le grain organique et les aspérités régulières de la photographie. Les couleurs sont fermes et contrastées et les noirs apportent une belle intensité à l’ensemble.
Son
Le film est disponible dans deux mixages distincts. Un DTS HD Master Audio 2.0 clair et frontal pour les installations les plus sobres, et un DTS HD Master Audio 5.1 nettement plus dynamique et plus ample, bien plus proche des sensations ressenties en salles. Sans en faire des tonnes, le mixage creuse efficacement les ambiances, appuie sur quelques effets plus organiques, et enveloppe délicatement l’espace.
Interactivité
En plus des quelques bandes annonces du film, l’édition d’Alpha ne propose qu’un seul et unique supplément sous la forme d’une « Masterclass » enregistrée par la réalisatrice à l’issue d’une projection publique du film. Elle y évoque un premier projet totalement abandonné et l’arrivée de celui d’Alpha qu’elle imaginait pour plus tard. Elle y discute de sa vision des personnages et de la famille, de sa volonté de semer le trouble dans la chronologie et l’espace et plus généralement de mise en scène et d’écriture. Pas toujours très claire (comme son film finalement) mais quelques clefs sont données.
Liste des bonus
Masterclass de Julia Ducournau au Pathé Palace (54’), Bandes-Annonces.







