3 FILMS DE ANN HUI : BOAT PEOPLE + THE SECRET + LOVE IN A FALLEN CITY

瘋劫, 投奔怒海, 傾城之戀 – Hong-Kong – 1979, 1982, 1984
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Ann Hui
Acteurs : Sylvia Chang, Angie Chiu, Norman Chu, George Lam, Cora Miao, Season Ma, Andy Lau, Chow Yun-Fat, Chiao Chiao, Wai Yee Chin…
Musique : Violet Lam, Law Wing-Fai, Hako Yamasaki
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonnais DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 85, 109 et 93 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 17 mars 2026
LE PITCH
The Secret : Une affaire de meurtre est compliquée par une relation à trois entre la victime et les principaux suspects…
Boat People : Trois ans après avoir immortalisé la libération du peuple vietnamien en 1975, le photographe japonais Akutagawa revient faire un reportage dans la jeune République Socialiste du Vietnam. Escorté par les membres du Parti, il se rend dans une Zone Économique Nouvelle et découvre les mesures mises en place par le nouveau gouvernement. Très vite, Akutagawa se met à douter de ce qu’il voit…Love In A Fallen City : Shanghai, 1941. Divorcée depuis des années, Pai Liu-su ne se sent plus à sa place parmi les siens. Pour échapper à l’atmosphère pesante qui règne chez elle, la jeune femme n’a d’autre choix que d’envisager le remariage. Elle va se rapprocher du riche et séduisant Fan Liu-yuan…
Traversées d’un cinéma
C’est au tour de la grande Ann Hui d’être célébrée par l’éditeur Carlotta. Au programme son premier long métrage inédit en France, Boat People son œuvre la plus célèbre, un grand mélodrame historique déjà édité il y a cinq ans par le camarade Spectrum Films et même en bonus son dernier film en date en exclusivité mondiale.
Elles sont peu nombreuses les réalisatrices hongkongaises à avoir réussi à imposer leur nom et clairement Ann Hui est leur sainte patronne. Unique femme à apparaitre au sein de la fameuse Nouvelle Vague HK dans les années 80 aux cotés de Tsui Hark, Patrick Tam ou Alex Cheung, elle a plus ou moins connu le même cursus que ses collègues avec un passage pour ses études de cinéma à Londres et de premières armes remarquées à la télévision hongkongaise, mais elle affiche deux spécificités (en plus de son sexe) : un master de littérature et un important intérêt pour la forme du documentaire. De ce dernier la réalisatrice a toujours préservé une quête évidente d’un réalisme stylistique, écartant l’esbroufe et les expérimentations formelles délirantes de certains de ses camarades, pour constamment scruter une certaine vérité dans l’image, quitte à tendre de plus en plus vers une épure du cadre et du mouvement. Certainement son film le plus célèbre, Boat People est une œuvre pivot dans sa carrière qui, en plus de lui offrir une reconnaissance internationale (mais le film sera interdit durant dix ans dans son pays) affirme l’éclosion d’un regard acéré sur le monde. Le film raconte ainsi le retour d’un photographe japonais dans le Vietnam dont il avait accompagné les grandes heures de la révolution. Trois ans plus tard, et malgré les visites guidées orchestrées par les autorités, il découvre peu à peu la terrible existence que promet le régime communiste et s’attache au destin d’une famille orpheline s’efforçant de survivre, quitte à dépouiller les cadavres des nombreux fusillés. Un film dur, noir et frontal qui tout en s’inscrivant dans la continuité des précédents Boy from Vietnam (un téléfilm) et The Story of Woo Viet (avec un tout jeune Chow Yun-Fat) fait directement écho à la menace d’une rétrocession alors en pleine discussion entre Margaret Thatcher et Deng Xiaoping.
Mise à l’eau
Les sentiments de menace et d’oppression sont constants, et cette sensation habitait déjà son tout premier long métrage pour le cinéma, The Secret. L’un des premiers films de la Nouvelle Vague et qui comme beaucoup d’autres réinvestissait un genre parfaitement identifié et plutôt courant dans le paysage du cinéma HK, le polar donc, mais avec une approche beaucoup plus brutale voir désarçonnante. S’inspirant d’un véritable fait-divers qui marqua l’archipel, The Secret remonte le fil de la découverte de deux jeunes gens assassinés dans un parc public en multipliant les points de vue, les personnages, mais aussi les temporalités quand les flashbacks se mêlent au présent. Toujours au bord d’un fantastique surnaturel, croisant la grammaire des thrillers américains (Hitchcock, Spielberg…) avec les coutumes et croyances purement locales, Ann Hui crée un entre-deux constant particulièrement troublant qui lui permet de guider le métrage vers un final aussi sanglant que tragique, mais aussi une réflexion beaucoup plus profonde sur l’oppression de la société chinoise, en particulier sur les femmes, et sa confrontation à une libéralisation des mœurs. On n’est parfois pas loin du nihilisme de ses collègues masculins (L’Enfer des armes, The Happening, Nomad…), lui aussi acte frondeur d’émancipation au cœur de ce nouveau cinéma chinois.
Nouvelle voie navigable
A l’opposé, presque, on trouve alors Love in a Fallen City (un article plus complet à ce lien ) tourné deux ans après Boat People, et qui permet pour la première fois à la cinéaste d’adapter un roman de la grande autrice Eileen Chang. La grammaire de son cinéma s’est largement apaisé, s’approchant d’une forme presque plus académique, plus discrète encore, et le récit prend même des airs de grands mélodrame amoureux à l’orée de la guerre déclarée avec le Japon en 1941. Chow Yun-Fat est superbe en séducteur aristocrate, Cora Miao touchante en femme effacée et peinant à renaitre après son divorce, mais la grande qualité du film est surtout de réussir à capturer l’essence de la société chinoise de cette époque, encore plantée dans son conservatisme, attirée par frivolité occidentale et menacée par l’invasion extérieur. On peut une nouvelle fois y voir des parallèles évidents avec la réalité hongkongaise des années 80, les films de Ann Hui étant toujours traversés par ces réflexions politiques, et féministes, qui l’animent depuis toujours et qui ont fait d’elle effectivement l’une des signatures les plus importance du cinéma chinois.
Image
Trois films pour trois copies assez différentes. Celle de Boat People est sans aucun doute la plus belle avec sa superbe restauration effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm aboutissant à des cadres extrêmement propres mais qui préservent admirablement la nature filmique de l’objet par un grain organique, de très beaux reflets argentiques et des noirs particulièrement intenses. Le travail de restauration fut nettement plus compliqué pour The Secret, dont la source la plus ancienne et utilisable correspondait à une copie d’exploitation excessivement abimée et marquée par les double sous-titres mandarin / anglais. Le nouveau master en est sans doute plus appréciable encore, réussissant miraculeusement à nettoyer, stabiliser et harmoniser l’ensemble tout en insistant sur ses reliefs de pellicule (le grain est là aussi très présent) faisant même de la palette de couleurs légèrement fanée une agréable qualité. Le troisième, Love in a Fallen City reprend le seul master HD disponible actuel et déjà présenté chez Spectrum Films, soit une remasterisation aujourd’hui un peu datée effectuée par le studio chinois Celestial Pictures, détenteur du catalogue de la Show Brothers. L’image est plutôt propre et colorée mais le traitement numérique atténue forcément un peu en cours de route la définition de l’objet.
Son
Tous trois sont proposés dans leur version cantonaises monos. Les dialogues sont toujours clairs et bien posés et les mixages frontaux respectés à la lettre. Celui de The Secret laisse échapper quelques saturations mais rien de véritablement gênant.
Interactivité
Le triple programme est proposé sous la forme d’un digipack avec rabats, fourreau cartonné et un fin livret glissant pour chaque film un petit texte de présentation. L’ensemble est réuni sur deux disques avec pour le premier Boat People et The Secret accompagnés d’un segment très didactique sur la restauration du second et une discussion amicale entre la réalisatrice et le cinéaste Stanley Kwan qui fut alors son assistant. Quelques souvenirs sur leurs collaborations, quelques anecdotes de tournages, quelques réflexions sur la mise en scène et la dimension politique du film font passer un agréable moment.
Le second disque lui contient donc Love in a Fallen City mais aussi un quatrième film bonus, disposé en HD et pistes DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 : Elégies. La dernière réalisation en date de Ann Hui, documentaire mélancolique qui par une succession de portraits de poètes chinois, survivant dans le Hong-Kong d’aujourd’hui, évoque autant une forme d’élévation par le verbe et la pensée que la disparition progressive de la ville dans le régime continental. Un joli essai qui conclu à la perfection le voyage avec la réalisatrice.
Liste des bonus
Livret, Ann Hui et Stanley Kwan : Conversation autour de Boat People (27’), La Restauration de The Secret (8’), le film Elégies (2023, 106’), Bandes Annonces.








