TOMAHAWK

France – 2020
Genre : Aventure
Scénariste et illustrateur : Patrick Prugne
Nombre de pages : 96
Éditeur : Daniel Maghen Editions
Date de Sortie : 03 septembre 2020
LE PITCH
L’histoire de Tomahawk débute un mois avant la bataille de Fort Carillon et s’achève au moment de l’attaque. Nous suivons Jean Malavoy, jeune milicien, dans un combat contre un gigantesque grizzly…
Cris de guerre, Cris d’amour
Après une parenthèse plus « amérindienne » et le récit des survivants de Lapérouse, Patrick Prugne revient à ses grandes fresques indiennes avec Tomahawk, traque vengeresse entre un homme et un grizzly dans une nature menacée par la guerre des blancs.
Dans le prolongement de Canoë Bay, French Men, Pawnee et surtout Iroquois, l’auteur complet revient explorer les frontières canadiennes pour l’un de ces récits d’aventures dont il a le secret. Une bande dessinée aux airs de documentaire historique, de reconstitution minutieuse d’un monde aujourd’hui perdu, celui d’anciennes frontières encore sauvages habitées de trappeurs, d’indiens venant commercer avec l’homme blanc et surtout de troupes françaises et anglaises prêtes à se lancer dans une guerre déplorable pour étendre leurs emprises. Une guerre larvée qui va définitivement éclater avec l’assaut des forces britanniques sur le Fort Carillon détenue par les français. Une bataille meurtrière dont sortiront vainqueurs des tuniques blanches pourtant quatre fois inférieures en nombre. Une guerre qui s’étendra par la suite jusqu’en Europe… Et dans Tomahawk c’est comme si tout le monde le ressentait déjà. Un calme tendu avant la tempête et Jean Malavoy, milicien proche des abenaquis, en profite pour repartir en chasse d’un grizzly presque légendaire qui aurait tué sa mère alors qu’il était enfant.
Terres ennemies
Une nouvelle confrontation entre l’homme et la nature, quelque-chose de simple et sauvage, que vient malheureusement perturber des « civilisations » qui détonnent dans le paysage : des soldats écossais sans respect aucun envers leurs adversaires ou même les peuples qu’ils emploient, et un homme d’église, évangéliste, espérant transfigurer les barbares et ramener ses ouailles sur le bon chemin. Toujours aussi riche et spectaculaire, l’album au format large expose le talent incroyable de l’illustrateur pour faire vibrer des paysages éclatants et une nature omniprésente. Alliant aquarelle, gouache et pastel, variant les matières et les teintes, jouant sur les ombrages et les lumières, il offre à nouveau un voyage temporel sans pareil, donnant même parfois la sensation d’être le témoin privilégié d’un monde à l’affût. Si le découpage n’est jamais en sommeil, ce sont toujours ces grandes constructions contemplatives qui frappent le plus, grands horizons de verts dans lequel le blanc trop vif et le rouge trop violent des colons s’intègrent mal ; et puis ces inserts minutieux d’un cours d’eau, d’un renard ou d’un volatile, semblant observer ce tumulte avec détachement. Une œuvre profondément naturaliste, mais dont les aboutissements de la quête personnelle de Jean Malavoy et son ultime rencontre avec la bête, considérée par les tribus avoisinante comme l’esprit de la foret, va apporter un petit cachet feuilletonnant à l’assemble. Un twist un peu « bis », pas si loin du mythe plus proche de Gévaudan, qui n’est pas pour nous déplaire.
Un travail graphique splendide. Une aventure au souffle sauvage. Et un album toujours aussi soigné par l’éditeur avec un papier épais et un superbe cahier graphique fait de peintures inédites, de croquis, de recherches visuelles et même d’un petit épilogue en prose aux airs de témoignage direct sur la destinée des personnages principaux.



