THESE SAVAGE SHORES

These Savage Shores #1-5 – Etats-Unis – 2018/2019
Genre : Fantastique
Scénariste : Ram V
Illustrateur : Sumit Kumar
Nombre de pages : 176
Éditeur : Hi Comics
Sortie : 19 août 2020
LE PITCH
Deux siècles après l’arrivée du premier navire européen sur les côtes de Malabar et l’implantation des colons à Calicut, la Compagnie des Indes cherche à protéger ses intérêts économiques sur la Route de la Soie. Un vampire embarque sur un bateau de la Compagnie, dans l’espoir de redémarrer de zéro sur ces nouvelles terres prometteuses. Mais il comprendra vite que les rives de l’Indus abritent des démons et des créatures légendaires bien plus anciennes et plus puissantes que lui.
Sur les terres de Kali
Publié en indépendant aux USA sous le label Vault Comics, The Savages Shores est le récit flamboyant de la fin d’une ère, de la fin d’une Inde libre et magique en passe d’être contrôlée par l’empire britannique. C’est aussi le dernier sursaut d’une créature aussi vieille que le monde. Et c’est magnifique.
Imaginé par deux jeunes artistes / auteurs qui commencent seulement à faire leur trou dans l’industrie des comics, These Savage Shores pourrait être l’une de ces petites publications indépendantes comme il y en a tant, un peu astucieuse, plutôt jolie, s’amusant à remanier les vieilles légendes pour se faire remarquer. Un peu d’histoire, des vampires, de la romance… mais ce titre semble prendre un malin plaisir à déjouer les attentes et emporter le lecteur toujours plus loin qu’il l’avait prévu, sur de sublimes et envoutants rivages sauvages. Il faut préciser que Ram V, le scénariste et Sumit Kumar, l’illustrateur, sont comme leurs noms l’indiquent tous deux indiens d’origines et insufflent dans leur récit une authenticité immédiate, que ce soit dans l’évocation d’ancienne légendes primitives qui habitent la jungle de Calicut, la sensualité qui se dégage d’un simple dialogue amoureux, l’omniprésence de cette nature luxuriante ou dans l’installation des enjeux politiques qui agitent les royaumes guerriers de la région. Un monde qui a sa nature, sa philosophie, son équilibre, et que va venir perturber un noble anglais en exil, censé servir d’ambassadeur à la fameuse, et invasive, Compagnie des Indes.
Par vents et marées.
Les premières pages sont absolument admirables, capturant en quelques planches le drame en devenir, cette extinction prévisible et qui va démarrer par la mort de cet anglais trop confiant de sa supériorité, un vampire. La grande force de These Savage Shores est alors de constamment entremêler deux approches d’une même histoire. D’une coté la progression dramatique de la colonisation anglaise qui joue de traitrises, de manipulations et de traquenards économiques, pour retourner les royaumes les uns contre les autres. De l’autre un guerrier millénaire, protecteur de la cité, obligé de laisser échapper sa bestialité pour tenter de protéger ses terres et la femme qu’il aime, Kori. Un voyage personnel, douloureux et dramatique, et une guerre des civilisations brodées avec talent aussi bien du coté d’une écriture forte puisant efficacement dans ses racines littéraires, que dans une approche graphique à la fois fine et robuste, délicate et noble, magnifiquement mis en valeur par les couleurs mauves-rosés de Vittorio Astone. Une œuvre fouillée qui s’emballe vers des élans épiques, et tragiquement romantiques, culminant comme il se doit en terre ennemie : l’Angleterre. Un grand face à face entre Bishan et un seigneur vampire britannique échappé du roman de Bram Stoker, où soudain la catharsis de The Savage Shores ressemble de manière jouissive à une adaptation non officielle des Castlevania de Konami.
Un album riche et enivrant, évocation gothique et crépusculaire parfaitement réussie de la colonisation indienne, de la perte d’un héritage, qui porte la marque des grands classiques.




