ROCKABILLY

France – 2025
Genre : Drame, Policier
Dessinateur : Christophe Dubois
Scénariste : Rodolphe
Nombre de pages : 112 pages
Éditeur : Daniel Maghen Editions
Date de sortie : 10 septembre 2025
LE PITCH
Barbie arrive à Hazard, un coin complètement paumé des États-Unis, après s’être mariée avec Bram. Dans cette nouvelle vie à laquelle elle doit s’adapter, perdue dans cette nouvelle famille un peu détraquée, il y a une lueur d’espoir : c’est le rock’n’roll, passion qu’elle partage avec Hank, son beau-frère. La pin-up, le rock et peut-être l’amour…
Honey don’t
Loin d’un vaste futur où les humains auraient colonisés le étoiles, Rodolphe et Christophe Dubois déjà collaborateurs sur les séries Ter et Terre, se retrouvent pour un drame des plus terriens. Récit d’une famille de l’Amérique profonde, pathétique et inquiétante, sur fond de révolution musicale : celle du Rock’n’roll.
C’est en tout cas la passion de tous les jeunes des 50’s, et celle de Hank en particulier, jeune homme qui oublie son quotidien en grattant quelques couplets sur sa guitare et en espérant un jour rencontrer le vrai Elvis. C’est aussi un moyen d’évasion pour Barbie, belle plante de la ville, venue s’enterrer à Hasard, auprès de Bram, frangin de Hank. Une ville paumée au fin fond des Etats-Unis et une famille plus recroquevillée encore aux abords de la forêt, connue de tous pour leur casse et leur pièces détachées, mais aussi pour être les trafiquants de gnôle du coin et un nid à problèmes. L’un se fera d’ailleurs rattraper pour avoir assassiné une vieille dame pour lui piquer quelques dollars, alors que le plus jeunes mate les filles aux toilettes et revend de la marijuana à l’école et que la seule fille, Ivy, oscille entre phases mutiques et hurlements déchirants. Joyeux tableau auquel le solide Rodolphe ajoute un mystère policier, la disparition lointaine de la mère, et une atmosphère lourde, violente et oppressante prête à faire rejaillir la bestialité de tous… et en particulier du père.
Two Young Fools in Love
Sans jamais trop alourdir l’aspect misérable de la galerie de personnage, Rodolphe dresse un grand roman réaliste et tragique de la misère ordinaire et de l’ostracisme, ne pouvant dès lors compenser la noirceur exprimée que par les feux de la passion interdite et par ceux de la musique, omniprésente. Et si effectivement le Rock endiablé est l’ultime oxygène de nos deux protagonistes, semblant patienter entre chaque bal ou chaque morceaux entendu à la radio, Rockabilly semble bien plus porté par les sombres riffs d’un vieux blues, ou d’une country revisitée façon « True Crime ». Tout semble moite, malade, bancal mais on ressent aussi une constante chaleur envers les personnages, rebelles, paumés ou simplement tristes, et une certaine retenue, en particulier dans l’écriture, touchante et presque naïve, de ce jeune frère au grand cœur, calme, artiste dans l’âme qui finira par échapper à tout cela. Plus étonnant est le destin réservé à la belle Barbie, joliment anti-romanesque.
Une histoire forte, une histoire simple, admirablement mise en image par le compère Christophe Dubois donc, profitant du format large de l’album pour travailler un découpage ample, quelque-part entre la grande littérature américaine et le cinéma classique, célébrant de superbes décors et paysages, travaillant au corps la succession de huis-clos et installant avec finesse toutes les particularités de chaque membre de la famille. Ses dessins sont superbes, précis et réalistes, et son travail sur les ombres hachurés (une marque de fabrique) sont plus que jamais adaptés à cette BD très american gothic.



