PREZ

Prez #1-6 + Sneak Peek : Prez #1 + Catwoman: Election Night #1 – Etats-Unis – 2015, 2016
Genre : Comédie, Politique
Scénariste : Mark Russell
Illustrateur : Ben Caldwell
Nombre de pages : 176
Éditeur : Urban Comics
Date de Sortie : 04 septembre 2020
LE PITCH
Beth Ross est la première adolescente élue Présidente des États-Unis. Dans un pays où n’importe quelle corporation peut se présenter à la présidence, où les plus pauvres peuvent désormais louer leur corps pour afficher les pubs de leurs sponsors et où les tacos sont désormais livrés par drones, le seul espoir serait cette gamine de 19 ans découverte sur Twitter. La question n’est cependant pas de savoir si elle aura les épaules assez larges pour assurer ses nouvelles responsabilités mais si le système politique américain est prêt à passer au crible de cette fausse ingénue.
Change is coming
Création injustement un peu obscure des 70’s Prez s’est offert une seconde vie en 2015 avec une nouvelle courte série imaginée par Mark Russell et Ben Caldwell. Prez, pour Prez’ident, ou un regard acidulé et foutraque sur la gouvernance US et les dégâts qu’elle provoque autour d’elle. Un peu comme Ex Machina… mais en très méchant.
Dans les cartons de DC Comics ne dorment pas que quelques super-héros aux costumes vieillots, mais aussi Prez, jeune adolescent élu présents des États-Unis en 1973 grâce à Joe Simon et Jerry Grandenetti. Une réponse à l’Amérique de Richard Nixon qui ne fera certes pas long feu en librairie avec seulement quatre petits numéros, mais qui marqua durablement ses lecteurs et toute une génération d’auteurs qui ne manqueront pas de lui rendre hommage dont Frank Miller dans son Dark Knight Strikes Again ou Neil Gaiman dans Sandman #54. Un personnage devenu véritablement culte dans le petit milieu bien informé, et qui trouve une résurrection assez logique en 2015, soit un an après l’arrivée catastrophique de Donald Trump au pouviir. Fascinant de voir comment, sous couvert d’illustrations colorées, cartoony et presque fraîches majoritairement signées Ben Caldwell (A-Force, Wednesday Comics), cette nouvelle version décrit un futur proche dramatiquement ubuesque où malgré la montée des eaux et la disparition d’archipels entières (les survivants sont regroupés dans des parcs à thème), une guerre des réseaux sociaux qui a fait des millions de morts (rassurez-vous Twitter à gagné) et une paupérisation dramatique de la population mondiale, les Etats-Unis continuent de se vautrer dans le libéralisme déshumanisé et les politiques jouent leur carrière à coup de pots de vin et de promesses des grandes firmes industrielles.
Smell Like Teen Spirit
Le monde actuel en pire, bien pire, mais dont la farce semble parfois bien trop proche du fonctionnement de l’administration Trump et de la célébration d’une bêtise humaine meurtrière. Les débats télévisés ne répondant qu’aux réactions en directe des spectateurs célèbrent forcément l’opinion de masse (rarement éclairée) tandis que la pandémie de grippe féline, que les politiques minimisent et que les labos pharmaceutiques hésitent à réguler, se retrouve prise entre quelques courant sceptiques et d’une nouvelle croisade d’une religion voyant dans les germes la forme de vie absolue de dieux. La proximité avec la crise actuelle du COVID 19 est carrément troublante. C’est au milieu de ce joyeux bordel, auxquels il faut ajouter des massacres d’innocents à la frontière et des tensions plus acérées que jamais avec le reste du monde, que débarque Beth Ross, jeune employée d’un fast-food, devenue candidate idéale par les malversations de la caste politique et le petit coup de pouce des Anonymous. Un regard jeune, frais, parfois naïf mais incroyablement sincère, qui renverse le système et entend bien changer la donne… au grand damne des puissants trop habitués à ravager le monde à leur façon. Grand spécialiste de la satire et de la comédie ironique Mark Russell (autant connu pour sa relecture de la bible avec God is Disappointed in You que son revamp des Pierreafeu) manie à merveille la comédie noire jouant constamment avec les ingrédients les plus tragiques du monde contemporains (la caricature Smiley d’Amazon est fabuleuse) mais avec un humour ravageur et beaucoup d’optimisme, une ouverture vers les possibles, qui fait beaucoup de bien. Malheureusement faut de lecteurs, cette nouvelle itération a connu une même injustice que le titre original, ne s’achevant qu’au bout de six épisodes (et la dernière page promettait de belles choses à venir) et deux courts bonus, tous réunis ici par Urban Comics.
Prez seconde génération pourrait ainsi devenir à son tour un comic culte qui inspirera de nouvelles générations d’auteur incorrects. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.Â




