MINOR ARCANA T.1: LE FOU

Minor Arcana #1-6 – Etats-Unis – 2024
Genre : Fantastique
Dessinateur : Jeff Lemire
Scénariste : Jeff Lemire
Nombre de pages :
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 29 janvier 2026
LE PITCH
Theresa, la fille d’une voyante aux pouvoirs psychiques bidons, revient sans sa ville natale pour s’occuper de sa mère malade. Mais on ne peut pas dire qu’elle le fait de bon cœur. Lorsque Theresa découvre que la magie pourrait s’avérer un peu plus réelle qu’elle le croyait au départ, elle se retrouve happée par cette ville qui a désespérément besoin de son aide…
Extra-lucide
L’auteur de Sweet Tooth, Descender ou de l’excellente reprise horrifique d’Animal Man, Jeff Lemire revient enfin à la forme longue (les mini-séries s’étaient multipliées) mais cette fois-ci chez un nouvel éditeur US : Boom ! Studios. Changement de crèmerie, mais certainement pas de style avec un drame familial où le fantastique vient, comme il se doit, révéler les cœurs.
Chez Lemire, le genre n’est jamais une fin en soit et que ce soit le fantastique, la science-fiction, l’horreur ou le récit de super-héros, tout concourt toujours à venir scruter de l’intérieur des personnages cabossés en pleine introspection. Pas vraiment de surprises donc lors de la rencontre avec Theresa, jeune femme qui avait coupé les ponts avec son ancienne vie, obligée de revenir dans sa ville natale pour épauler une mère casse-pieds atteinte d’un cancer. Les rues souvent vides, austères et grisâtres sont surtout le témoin de l’état d’esprit de la protagoniste, qui voit ce retour comme une punition, comme un chemin de croix et un révélateur de ses échecs. Les relations conflictuelles avec sa génitrice, les retrouvailles avec son ex devenue mère de famille, la disparition de son grand-père il y a longtemps qui résonne comme un secret de famille… voilà qui installe une ambiance lourde et triste. Mais en voulant rendre service à une cliente en peine (et surtout récupérer quelques billes), Theresa se rend compte qu’elle a sans doute de véritable pouvoirs de voyante. Une porte s’ouvre en elle et la voilà qui accède à un autre plan d’existence, lui permettant d’entrer en contact avec les disparus ou recevoir des messages pour les vivants. Est-ce que cela suffira à la pousser sur le chemin de la guérison, de la paix intérieurs ?
Tirer la bonne carte
Lemire tisse doucement sa toile et dissémine quelques indices à coup de symboles ou de cartes de tarots, distillant un mystère plus épais encore et s’amuse constamment avec la construction de ses pages, faisant glisser les cadrages trop linéaires, compressant les espaces et les temporalités, faisant dominer les fragilités psychologiques sur la structure classiques de la bande dessinée. Avec ses contours rugueux qui insistent sur les corps et les visages fatigués, qui ne recherche jamais la beauté dans les formes mais plutôt des reflets émotionnels, Lemire transporte véritablement le lecteur dans un monde intérieur, intime et fragile. Son style est effectivement très particulier et loin des canons de beauté grand public mais une fois encore sa sensibilité donne un ton et une atmosphère assez unique à sa série. Un soupçon de mélancolie, beaucoup d’étrangetés et encore une fois une belle finesse dans l’exploration de ses personnages à la psychologie jamais caricaturale, plutôt complexe et propres aux évolutions. Les interactions, plus que compliquées mais finalement tellement communes, entre la mère et la fille aussi caractérielles l’une que l’autre, donnent une véracité palpable à ce drame fantastique qui n’hésite pas à passer d’un plan d’existence à l’autre ou à livrer un ultime chapitre flashback en forme de boucle temporelle.
On ne sait pas encore où Lemire veut nous entrainer avec Minor Arcana, mais l’invitation est déjà bien difficile à refuser.




